[critique] La Piel que Habito
Et vous, qu'en pensez-vous ?
Depuis que sa femme a été victime de brûlures dans un accident de voiture, le docteur Robert Ledgard, éminent chirurgien esthétique, se consacre à la création d’une nouvelle peau, grâce à laquelle il aurait pu sauver son épouse. Douze ans après le drame, il réussit dans son laboratoire privé à cultiver cette peau : sensible aux caresses, elle constitue néanmoins une véritable cuirasse contre toute agression, tant externe qu’interne, dont est victime l’organe le plus étendu de notre corps. Pour y parvenir, le chirurgien a recours aux possibilités qu’offre la thérapie cellulaire.
Outre les années de recherche et d’expérimentation, il faut aussi à Robert une femme cobaye, un complice et une absence totale de scrupules. Les scrupules ne l’ont jamais étouffé, il en est tout simplement dénué. Marilia, la femme qui s’est occupée de Robert depuis le jour où il est né, est la plus fidèle des complices. Quant à la femme cobaye…Note de l’Auteur
• Date de sortie : 17 août 2011
• Réalisé par Pedro Almodovar
• Film espagnol
• Avec Antonio Banderas, Elena Anaya, Marisa Paredes
• Durée : 1h57min
• Titre original : La Piel que Habito
• Bande-Annonce :

La Piel Que Habito est, comme la plupart des films du réalisateur espagnol, un film qui ne peut être expliqué en quelques phrases tant les niveaux de lecture sont conséquents, voir inépuisables. Je me souviens de son travail de fourmi architecte dans Parle Avec Elle et Tout Sur Ma Mère. Parle Avec Elle mettait en exergue une histoire d’amour entre une femme dans le coma et son violeur alors que Tout Sur Ma Mère nous contait l’histoire pleine d’émotions et de rebondissements d’une mère prête à tous les sacrifices pour son fils et d’une nonne enceinte atteinte du sida. Toutes ces phrases pour dire quoi ? Les films de Pedro Almodovar paraissent tordus de prime abord. Cela est en partie vrai mais dans les mains d’un maître, ils sont en plus des oeuvres d’art. Ce constat se ressent énormément dans La Piel Que Habito. Pour le résumer avant de rentrer plus en profondeur dans les détails (comme beaucoup de ceux qui n’ont pas vu le film sont prompts à le souligner), le film semble effrayant et cohabite avec une intrigue pour le moins inconfortable, malsaine.
Un chirurgien plasticien, brillamment interprété par un Antonio Banderas en état de grâce, semble sortir du Salo ou les 120 Journées de Sodome de Pier Paolo Pasolini. Il garde une belle femme en esclavage et il essaie de créer un nouveau type de peau. Mais le personnage d’Anaya, qui semble la métaphore majeure du film, conserve sa personnalité intacte indépendamment de ce qui arrive à son corps. Comme dans la plupart des films d’Almodovar, plus le film évolue, plus les couches de lecture deviennent complexes et nous amènent vers une fin que seul Freud aurait pu imaginer.
Sans spoiler le film, il est important de souligner que le réalisateur semble utiliser l’horreur comme un moteur pour explorer la violation de tous les codes moraux incarnés par les personnages. Avec une magnifique composition d’Alberto Iglesias (exceptionnel compositeur qui a déjà travaillé sur Même La Pluie, Etreintes Brisées, La Mauvaise Education…), Pedro Almodovar insuffle une tension permanente qui s’avère payante au final. La mise en scène, comme toujours avec ses films, est superbe.
À noter également, que lors de sa présentation au Festival de Cannes, l’engouement pour ce film a été mitigé et l’on peut aisément comprendre pourquoi. Il n’est simplement pas un film facile à regarder. Pour ceux qui ne semblent pas avoir de problème avec les films d’horreur américain où les adolescents sont traqués, violés et coupés en petits morceaux par une tronçonneuse, mais qui sont dérangés par La Piel Que Habito, une seule suggestion s’impose : Rappelons-nous que la fiction est en effet le seul endroit où l’on peut faire face à l’horreur et où celui-ci apparaît comme une métaphore des vilénies humaines, un lieu où nous n’avons pas à nous cacher de nos démons mais où nous pouvons en parler librement. Comme le disait si bien Alfred Hitchcock : « C’est seulement un film, ma chère ». Une fois de plus, Pedro Almodovar nous sert sur un plateau d’argent un film dur et puissant à la fois, mature et métaphorique, envoûtant et dégoutant qui nous laisse un goût amer en travers de la gorge en nous faisant réfléchir sur notre condition d’Homme.


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