[critique] Un Tramway Nommé Désir

Rédigé par Wesley

Publié le 22 novembre 2012     Critiques, [critique] Drame Aucun commentaire |     2 707 lectures

Affiche du film UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR

Après une longue séparation, Blanche Dubois vient rejoindre sa soeur, Stella, à La Nouvelle-Orléans. Celle-ci vit avec son mari, Stanley, ouvrier d’origine polonaise, dans le vieux quartier français. Ce dernier n’apprécie guère les manières distinguées de Blanche et cherche à savoir quel a été le véritable passé de sa belle-soeur.

Note de l’Auteur

★★★★★★★★★★

Date de sortie : 1951
Réalisé par
Film américain
Avec , ,
Durée : 2h 02min
Titre original :
Bande-Annonce :

Réalisé en 1951 d’après une pièce de qu’ a lui-même monté à Broadway en 1947, s’est rapidement élevé au rang de mythe cinématographique. Du texte controversé à la mise en scène étouffante en passant par la performance au bord du gouffre de et l’explosion du jeune et très sexuel , il s’agit bel et bien d’un des films les plus marquants de l’âge d’or hollywoodien. au cinéma, c’est le résultat d’une longue collaboration entre , et . D’abord monté à Broadway avec grand succès par lui-même en 1947, avec et dans les deux rôles principaux, le projet a fini par intéresser l’industrie hollywoodienne qui avait flairé le potentiel cinématographique de ce projet, même s’il fallait passer par certaines concessions pour satisfaire une censure plus puritaine que jamais.

Photo (1) du film UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR

Ce Tramway Nommé Désir, c’est celui qui mène la délicate Blanche DuBois () chez sa sœur Stella (), mariée depuis peu à Stanley Kowalski (), un homme d’une bestialité inhabituelle, étrange mélange d’émotivité et de brutalité. Ce séjour, d’abord temporaire, s’éternise à mesure que l’on prend conscience des problèmes que Blanche cherche à fuir (la perte de la maison familiale, une liaison avec un de ses jeunes élèves qui lui a valu d’être renvoyée de l’école où elle enseignait) en se réfugiant dans un romantisme outré et luxueux qui ne tarde pas à agacer son nouveau beau-frère. D’abord plus ou moins tolérant, celui-ci finit par persécuter la visiteuse, lui demandant sans cesse des comptes sur l’argent de l’héritage et divulguant à son entourage masculin la sordide réalité de sa nymphomanie. Comme prise au piège dans cet appartement qui, par sa promiscuité et sa moiteur ambiante, traduit clairement les pulsions qu’elle cherche à occulter, l’héroïne tente néanmoins de se faire passer pour une jeune femme vertueuse sur qui le sexe et le temps n’ont aucune prise. Souhaitant par-dessus tout rencontrer ce grand amour qui la lavera de son passé, elle trouve en Mitch (), un vieux garçon étouffé par sa mère mourante, le compagnon idéal, attentif et attentionné.

Si le film n’a rien perdu de son statut mythique, c’est avant tout pour la performance époustouflante du jeune . L’acteur, alors inconnu de l’industrie cinématographique, se posait pour la première fois comme objet sexuel, capable de susciter du désir, ou du moins un trouble, chez les personnes des deux sexes. En remettant clairement en question les stéréotypes de l’époque parce qu’il dépossède l’homme de cette neutralité qui rassure en devenant un condensé d’émotion et de bestialité, devient le symbole de cet érotisme homosexuel si prégnant dans l’univers de , et que incarnera également quelques années plus tard dans . Pourtant, reste avant tout un troublant portrait de femme, celui de Blanche, perdue entre un idéal de virginité et le sordide d’une réalité qui la fait peu à peu basculer dans la folie.

Si la production n’a pas proposé à de reprendre le rôle parce qu’elle était trop peu connue à Hollywood, fut un temps pressentie mais l’actrice, réputée pour son conservatisme, refusa net en affirmant qu’il lui serait impossible de s’associer à un tel projet. C’est donc qui hérita de ce rôle qui prit une place très particulière au sein de sa carrière. L’histoire et les origines de son personnage (une femme élevée au sein d’une certaine bourgeoisie, propriétaire d’une demeure dans le sud des États-Unis) n’est pas sans rappeler celui qui fit sa gloire, dans , comme si le spectateur la retrouvait, quelques années plus tard, après qu’elle ait tout perdu. D’un point de vue personnel, le personnage de Blanche DuBois aura durablement affecté l’actrice qui souffrait, comme elle d’une certaine manière, de maniaco-dépression et dut faire quelques séjours en psychiatrie. Ce n’est donc pas une simple performance d’actrice récompensée par un , mais bien le lent naufrage d’une femme troublante et ambiguë, d’une humanité bouleversante, qu’ nous expose avec une acuité assez stupéfiante.

Photo (2) du film UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR

Si le film n’a rien perdu de son statut mythique, c’est avant tout pour la performance époustouflante du jeune .

Si vous êtes fans de ce film mythique, sachez que l’édition dvd offre quelques pépites. Les bonus, outre un passionnant portrait d’ d’une heure trente qui revient sur l’ensemble de sa carrière, offrent de nombreuses informations sur le projet, de ses débuts à Broadway jusqu’à sa consécration aux Oscars. L’un d’entre eux, Un tramway à Broadway, revient sur le montage de la pièce qui connut un succès considérable en tenant le haut de l’affiche plus de deux ans. Les interventions de et de (encore vivante lors de la réalisation de ces reportages) sont ponctuées d’anecdotes passionnantes, notamment sur l’explosion de qui, craignait-on, risquait d’éclipser tout le monde, y compris l’actrice principale, . Un tramway à Hollywood revient quant à lui sur l’intérêt qu’Hollywood porta au texte pour l’adapter au cinéma. Se posèrent alors le problème du choix de l’actrice principale, de la présence des acteurs de second plan ( et , inconnus du grand public, décrochèrent pourtant l’ tous les deux), mais aussi de l’adaptation pour répondre aux fortes exigences de la censure.

Cette question fait d’ailleurs l’objet d’un bonus à part entière, Désir et censure, probablement le plus passionnant de tous. On y apprend que le projet cinématographique posait trois problèmes majeurs. Le premier portait sur le passé de Blanche DuBois, nymphomane notoire et renvoyée de l’école où elle enseignait pour avoir eu une relation avec un élève mineur : sur ce point, le dramaturge et le réalisateur durent édulcorer certains dialogues et couper certains plans (rajoutés dans la nouvelle version proposée en 1993), notamment celui où elle demande à un jeune garçon de bien vouloir l’embrasser. Le second point concernait les raisons pour lesquelles le jeune premier mari de Blanche s’était suicidé : dans la pièce, il est clairement dit que celui-ci a mis fin à ses jours parce qu’il ne pouvait assumer son homosexualité ; pour l’adaptation, Blanche dit seulement (dans une scène d’une très grande beauté par ailleurs) que le jeune homme était d’une délicatesse qu’elle n’avait pas su comprendre, le mot « homosexualité » étant tout simplement proscrit par la censure. Le troisième point concerne enfin la scène de viol entre Blanche et Stanley, qu’on devine avant tout par le symbole du miroir brisé lorsque les deux personnages luttent, et par le refus final de Stella de retourner vivre avec son mari.

Même jusque dans la musique, à la fois moite et vénéneuse, d’ (qui fait également l’objet d’un autre bonus), la censure est intervenue, rappelant combien cette œuvre a du faire preuve d’une étonnante inventivité pour ne pas édulcorer le texte de , ce que ne parviendra pas à faire , quelques années plus tard, dans son adaptation nettement moins réussie de .

Photo (3) du film UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR

Auteur de l'article : Wesley

Né le 14.10.1989 | Profession : Clown triste | Réalisateurs préférés : Kubrick, Fincher, Aronofsky et plein d'autres... | Films préférés : Pi, L'Exorciste, Fight Club, American History X, Tueus-Nés, Submarino, Braveheart, American Beauty, Cannibal Holocaust, L'Autre Rive, Ip Man...

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