[critique] Funny Games U.S.

Rédigé par Wesley

Publié le 28 octobre 2012     Critiques, [critique] Thriller 1 commentaire |     2 718 lectures

Affiche du film FUNNY GAMES U.S.

Ann, George et leur fils Georgie sont en route vers leur résidence secondaire pour y passer l’été. Leurs voisins, Fred et Eva, sont déjà arrivés et ils décident de se retrouver tous le lendemain matin pour une partie de golf. Tandis que son mari et son fils s’affairent sur leur voilier récemment remis en état, Ann commence à préparer le dîner. Tout à coup, elle se trouve face à face avec un jeune homme extrêmement poli, Peter, un des invités de ses voisins, venu, à la demande d’Eva, lui emprunter quelques oeufs. Ann s’apprête à les lui donner quand soudain, elle hésite. Comment Peter est-il entré dans leur propriété ? Les choses prennent vite un tour étrange et débouchent sur une explosion de violence.

Note de l’Auteur

★★★★★★★★☆☆

Date de sortie : 23 avril 2008
Réalisé par
Film américain
Avec , ,
Durée : 1h 51min
Titre original : U.S.
Bande-Annonce :

Que concoctait ce bon vieux depuis (2005) ? La réponse réside dans cet étrange U.S.. Un remake ? Non, tout simplement une réplique, pratiquement au plan près, du film qui avait suscité une belle polémique au festival de Cannes 1997. Honteuse imposture ou objet conceptuel d’un cinéaste qui a l’habitude de l’être (en même temps qu’inconstant) ? La démarche a de quoi désarçonner et poser quelques questions abyssales à la critique. Mais elle permet aussi de s’interroger aussi sur les possibles de l’émission et de la réception de ce copier-coller dix ans après.

Souvenons-nous d’un même film tourné deux fois : d’ en 1934 puis en 1956, pour un résultat très dissemblable. Ou plus encore de la reprise plan par plan de du même Sir Alfred par un autre cinéaste : . La démarche n’est donc pas tout à fait unique, mais face à une telle entreprise, il convient néanmoins de poser quelques jalons pour décider d’un angle. On pourrait, par exemple, comme avec les Picsou Géant estivaux de notre enfance, s’adonner au jeu des 7 différences. Ou bien entamer un grand concours des comédiens. Qui est le meilleur dans le rôle des tortionnaires, du fiston, de la mère, du père ou du chien ? Il est possible de s’autoriser une réponse, certes un peu facile, simple et limpide : dans l’un comme dans l’autre, tous sont excellents.

Cela ne fait aucun doute, Haneke est un très bon directeur d’acteur. Ces « enfantillages » n’ont pas été jugés utiles ici, pas plus que de tomber dans une exégèse comparatiste avec l’acte I, tout au moins pas au premier degré. Pour être tout à fait honnête, c’est avec un œil un peu moins distrait que l’on parcourt le dossier de presse, mais pas grand grain à moudre dans celui-ci. La seule justification, formulée brièvement, du cinéaste réside dans le fait que le premier visait le public américain et, sans vedette et en langue « étrangère », il n’a logiquement pas atteint le public. C’est alors qu’intervient, en 2005, le producteur britannique qui propose « de le refaire en anglais ». Haneke saute sur l’occasion et exige, au passage, . Euh… c’est quand même un peu maigre… Voilà que le cinéaste autrichien, passant plutôt pour un froid cérébral, serait atteint d’un idéalisme pas loin d’être naïf, ou cynique.

Photo (1) du film FUNNY GAMES U.S.

Au cas où certains auraient raté le premier opus, voilà de quoi il s’agit. Anna (), George () et Georgie (Devon Gearhart) forment une bien belle famille avec tous les attributs de l’aisance bourgeoise : musique classique, grosse bagnole traînant un beau voilier et splendide résidence secondaire au bord d’un lac, où tout ce petit monde se rend. Un jeune homme obséquieux vêtu et ganté de blanc se pointe, en quête de quelques œufs pour les voisins qui chez qui il passe, croit-on, quelques jours. Le malaise s’installe rapidement et Peter (Brady Corbet) est rejoint par un acolyte dominateur : Paul (). Débute alors un terrible jeu de massacre auquel le spectateur est convié par le biais de quelques adresses du regard. Le public est même apostrophé en complice par Paul : « vous en avez assez ? ». Point d’échappatoire donc, pas plus pour le spectateur (qui peut néanmoins quitter la salle) que pour la famille torturée. Dès le début, la figure paternelle, masculine et virile, est laminée. La jambe brisée, immobilisé, culpabilisé et pleurnichard, George est un corps non agissant. Comme à son habitude, le réalisateur dynamite les valeurs bourgeoises et la famille, mais son objet est ici la représentation de la violence.

Dans , Haneke entend placer le spectateur face à la responsabilité de son regard sur la violence, devenue un objet de consommation parmi d’autres, notamment par le biais de sa banalisation à la télévision placée ici sur le banc des accusées. Lorsque Anna parvient à se saisir du fusil et à tuer l’un des ravisseurs, le second saisit une télécommande et rembobine le film pour annuler le happy-end. Un procédé pour lequel le cinéaste fut très sévèrement jugé par certains. Autre exemple, alors que son fils baigne dans une mare de sang, la mère, sévèrement ligotée, entreprend un effort surhumain pour éteindre la télévision qui émet un son insupportable. Le cinéaste entend par là restituer la réalité de la violence, de la douleur et des blessures (physique et psychologique) infligées par un être à un autre. Le film est ainsi un discours sur la chosification et l’inertie du regardant confrontée à elle. Or, les codes de la représentation « classiques » sont ici modifiés, ceci en usant de deux procédés filmiques. Le hors-champ est par excellence l’arme à double tranchant du cinéaste : à la fois répit (ne pas voir) et frustration (bis) pour le spectateur. Puis l’étirement des durées jusqu’au malaise sert de révélateur pour montrer « la violence telle qu’elle est vraiment : une chose difficile à avaler ».

Photo (2) du film FUNNY GAMES U.S.

Avec son U.S., ne devient pas un mauvais cinéaste. Il s’impose simplement, au moins provisoirement, comme l’observateur des désastres du siècle dernier.

Un tel questionnement est évidemment des plus salutaires, les moyens mis en œuvre par le cinéaste sont discutables, mais produisent un certain effet. D’ailleurs, le postulat de l’austro apparaît aujourd’hui comme excellent. L’évolution déjà bien entamée à la fin des années 1990 est allée dans le sens de cette chosification et de l’humiliation, la télé réalité en tête, mais aussi le cinéma, entre autres la série . Sans parler des « images du réel » (ou de leur absence) : 11 septembre 2001, guerres, décapitations et pendaisons filmées, Guantanamo, Abu Ghraib. Tout cela rend, si on peut dire, justice à et à son brûlot de 1997.

Mais cette réplique pose d’autres problèmes. En dix ans, l’eau ne s’est pas arrêtée de couler sous les ponts, elle a même fait plutôt vite, et le fait de ne pas en tenir compte pourrait être légitimement être pris comme un gros coup de flemme d’un cinéaste un peu dépassé par les événements, en quelque sorte rattrapé par la réalité. Et dans ce contexte, il est assez légitime de lire dans le Chicago Sun-Times la phrase assassine suivante : « si vous avez aimé les images d’Abu Ghraib, vous aimerez ».

Avec son U.S., ne devient pas un mauvais cinéaste. Il s’impose simplement, au moins provisoirement, comme l’observateur des désastres du siècle dernier.

Photo (3) du film FUNNY GAMES U.S.

Auteur de l'article : Wesley

Né le 14.10.1989 | Profession : Clown triste | Réalisateurs préférés : Kubrick, Fincher, Aronofsky et plein d'autres... | Films préférés : Pi, L'Exorciste, Fight Club, American History X, Tueus-Nés, Submarino, Braveheart, American Beauty, Cannibal Holocaust, L'Autre Rive, Ip Man...

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  • Kezir

    rhoo putin c’est chiant à lire cette critique mon dieu