Le lapin-tueur, la sainte grenade, l’infatigable chevalier noir… autant de gags qui sont entrés dans la légende et ont permis aux Monty Python de gagner une audience internationale. Le succès de SACRÉ GRAAL écrit en 1975 par la bande de comiques de la télévision anglaise, permis de faire deux autres films qui devinrent aussi célèbres par la suite : La vie de Brian (1979) et Le sens de la vie (1983). Le film lança aussi la carrière de Terry Gilliam en tant que réalisateur. Avec le recul, on s’aperçoit que les trois films, mais aussi la filmographie séparée de Gilliam, partagent la même irrévérence pour des valeurs considérées comme « sacrées. » La vie de Brian se moque de Jésus et Le sens de la vie pastiche toute position métaphysique, réaffirmant la suprématie de l’absurde et du comique sur le sérieux et la quête d’une signification à l’existence.

Pas étonnant de constater à rebours que les fondations de cet édifice caustique se trouvent dans SACRÉ GRAAL, au titre déjà programmatique : les Monty Python démontent la quête d’Arthur et ses chevaliers, un des fondements de la culture britannique. Le film de 1975 n’est donc pas seulement culte, il est tout aussi mythique que la légende à laquelle il s’attaque. Si il y a quarante ans les gens avaient littéralement l’impression de mourir de rire dans les salles de cinéma en le voyant, qu’en est-il aujourd’hui ? J’ai un rapport particulier avec ce film, que j’ai pu voir adolescent en rediffusion à la télévision. A l’époque j’avais ri sans m’arrêter du début à la fin. Je n’avais tout simplement jamais vu un tel monument de gags absurdes, à la fois totalement débiles et profondément intelligents. Depuis, j’ai vu et revu le film plusieurs fois, mais aussi beaucoup de créations comiques qui s’en sont directement ou indirectement inspiré (de The Dictator à Kaamelott en passant par l’adaptation du Guide du Routard Galactique, South Park, Mais qui a tué Pamela Rose ? Shaun of The Dead ou OSS 117). Il me fut donc difficile de regarder SACRÉ GRAAL en essayant d’oublier le plus possible ce que j’en savais.

Photo du film SACRÉ GRAAL

© Sony Pictures Home Entertainment

Ce qui a le mieux survécu au passage du temps est, selon moi, les animations comiques qui ponctuent le film, ainsi que les gags purement visuels. En connaissant presque par cœur le film, ces moments m’ont tout de même fait rire en dépit de l’effet de surprise qui ne marche plus sur moi. Par contre, tout le méta-humour ne marche plus du tout. Les anachronismes des dialogues étaient totalement novateurs à cette époque, mais ce type de blagues a trop été usé pour me faire rire aujourd’hui. Le comique de situation est également desservi par une mise en scène très vieillotte malgré un grand soucis apporté aux détails (costumes, accessoires, décor naturel). On est loin du découpage ou du montage d’un chef-d’œuvre de Charlie Chaplin qui résiste encore au visionnage des décennies plus tard. Clairement, on voit les deux réalisateurs Terry Gilliam et Terry Jones en train d’apprendre leur métier. Les fulgurances de mise en scène sont davantage liées à des effets que les comiques avaient essayé dans des gags pour la série télévisée Monty Python’s Flying Circus. Cependant, ici ou là, on est surpris devant la composition d’un plan ou le montage d’une scène. Sans être un monument de mise en scène burlesque, le film représente une progression par rapport à la réalisation globale des gags télévisés.

« SACRÉ GRAAL n’est donc pas seulement culte, il est tout aussi mythique que la légende à laquelle il s’attaque. »

Le présent coffret-DVD s’adresse clairement à un public nostalgique de l’émotion liée à la sortie de SACRÉ GRAAL en 1975. Beaucoup de bonus, mais en grande partie anecdotiques : répliques coupées au montage (on comprend pourquoi), quelques animations inédites, un reportage de la BBC sur le tournage (qui n’apporte rien), 3 extraits musicaux qui sont tirés du film (pourquoi en faire des bonus ?), la chanson des chevaliers de la Table Ronde animée en LEGO (pur fan service) et une version japonaise de deux scènes (dont les sous-titres nous apprennent que le sens n’a pas beaucoup été altéré, donc l’effet comique n’est pas aussi surprenant que ce que l’on aurait cru). Le seul élément véritablement intéressant est un reportage sur les lieux de tournage avec Michael Palin et Terry Jones. Le bonus permet de voir avec quelle ingéniosité les réalisateurs ont dû composer les décors du film, permettant de faire exister une demi-douzaine de lieux imaginaires dans un seul intérieur réaménagé scène après scène. La session de questions/réponses avec les Monty Python encore vivants est à l’image du film et des personnages : totalement absurde. On prendra plaisir à voir partir en vrille sur scène ces vieux acteurs, mais en même temps on aura aussi un peu pitié pour eux. Clairement, j’ai ri jaune devant la séquence. Sans savoir si la chose était possible, j’aurais adoré pouvoir visionner à la place le spectacle que les Monty Python ont donné en Angleterre en 2014 (seulement 10 représentations) ou des extraits de Spamalot, la comédie musicale qu’Eric Idle a écrit en s’inspirant de SACRÉ GRAAL. De manière générale, les bonus manquent cruellement d’interviews pour nous expliquer le processus créatif des Monty Python ou leur héritage. Les commentaires et contenus additionnels tendent à donner les mêmes anecdotes, dont il est difficile de tirer un enseignement.

Photo du film SACRÉ GRAAL

© Sony Pictures Home Entertainment

Autant il est évident que le film replacé dans son contexte de sortie a été une énorme claque, autant il est plus difficile de l’évaluer aujourd’hui compte-tenu de l’aura dont il s’est emparé au fil des ans. Le visionnage de SACRÉ GRAAL quarante ans après sa sortie est une expérience étrange, entre révérence et espoirs démesurés d’une barre de rire irrépressible qui ne viendra jamais. Ce DVD est donc paradoxal : surfant sur un sentiment nostalgique, il aura pourtant d’avantage d’effets sur un jeune public qui n’a jamais vu jusqu’à présent SACRÉ GRAAL, pour qui la surprise sera totale. Afin de préserver le plus possible cette expérience, je conseille donc de regarder d’abord le film, puis de consulter selon votre envie quelques uns des bonus. J’ai eu le malheur de les visionner d’abord, ce qui a désamorcé la plupart des gags.

Quelle que soit sa raison de voir aujourd’hui SACRÉ GRAAL, on est forcé de reconnaître l’irrévérence totale envers n’importe quelle forme d’institution. Cet esprit frondeur ne donne jamais l’impression de se moquer d’un type de public au profit d’un autre (tout l’inverse de la tendance française qui adore pointer aux spectateurs des boucs-émissaires, comme dans Les Visiteurs). Les Monty Python essayent plutôt de tourner en dérision la volonté de se hisser au dessus de ses contemporains en vertu d’une autorité morale (religion, idéal, philosophie, logique, aristocratie, etc.). Peu de comédies ont poussé aussi loin le déboulonnage des institutions sociales. En définitive, ce qu’on peut retirer du visionnage de SACRÉ GRAAL quarante ans après, c’est la modernité de son propos : l’absurdité ne se limite pas à une époque barbare, elle s’immisce partout et à tout moment.

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

INFORMATIONS

Affiche du film SACRÉ GRAAL

Titre original : Monty Python and The Holy Grail
Réalisation : Terry Jones, Terry Gilliam
Scénario : Les Monty Python
Acteurs principaux : Terry Jones, Terry Gilliam, Graham Chapman, John Cleese, Eric Idle
Pays d’origine : GB
Sortie : 3 décembre 1975
Durée : 1h30
Distributeur : Sony Pictures Home Entertainment
Synopsis : Série de gags sur la quête du Graal par les chevaliers de la table ronde et le roi Arthur.

BANDE-ANNONCE

 

 

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