Les deux petits français Alexandre Bustillo et Julien Maury sont aux commandes d’un film qui veut explorer les origines de Leatherface. Disponible en Direct-to-Video à partir du 2 janvier.
Passer après le monumental Massacre à la Tronçonneuse relève de l’impossible. Toute la bonne volonté du monde est inutile, le combat est perdu d’avance. Rien ne l’égalera ou ne pourra lui arriver à la cheville. Car le film de feu Tobe Hooper est profondément indissociable de son époque – les années 70 -, d’un mood qu’on ne peut artificiellement restituer de nos jours. N’oublions pas que sans la crise, sans le Vietnam et l’affaire du Watergate, nous n’aurions peut-être probablement pas eu de Massacre à la Tronçonneuse. À moins de trouver l’idée géniale qui permettra de réactualiser le propos, mieux vaut s’abstenir de commettre une bêtise. Œuvre phare du cinéma horrifique, il est de coutume de dire que le culte qui lui est voué provient de son aura sulfureuse. Il y a de cela (censure et interdiction aux moins de 18 ans) mais désormais on sait qu’il y a également bien plus. Si en 2018 on s’accorde sans une once d’hésitation à encore l’ériger en chef-d’œuvre incontestable de l’Histoire du cinéma, ce n’est pas pour rien. Sa force la plus remarquable, avec le recul, est d’avoir su/pu traverser les époques, d’avoir gardé toute sa puissance formelle intacte. Et ce malgré des conditions de tournage compliquées et un budget dérisoire, deux arguments qui auraient pu l’empêcher de résister à l’épreuve du temps.
Parler de Leatherface, c’est raconter pour la énième fois l’histoire des petits français partis à Hollywood dans l’espoir de connaître une ascension fulgurante. Et cette histoire, si on la connaît si bien, c’est parce qu’elle a la fâcheuse habitude de mal se terminer. On sait très bien que la sensibilité et les envie d’un metteur en scène peuvent très vite être saccagés par les desiderata d’un studio. Le financier ayant toujours le dernier mot. Leatherface en est le parfait exemple : scènes coupées, remontage, reshoot dans le dos des réalisateurs… Tous les chapitres classiques de l’expérience ratée sont présents. Dès lors, il devient compliqué de parler d’un film tiraillé entre deux visions. Impossible de cerner la cohérence, d’attribuer à tel parti les intentions – et par extension les ratés. Mais puisqu’il faut en parler, autant se baser uniquement sur le résultat final.
« Explorer les origines de Leatherface est une fausse bonne idée, un non-événement. »
À l’image de ce qui a été fait par Rob Zombie de façon géniale avec son Halloween, Leatherface a pour projet d’exploiter la seule petite fenêtre de tir qui s’offre à lui : explorer les origines du boogeyman. Seule option viable, sur le papier, pour éviter de se retrouver avec une copie carbone de l’original. Hélas, aller fouiner de ce côté-là est pile la chose à ne pas faire du tout avec un personnage comme Leatherface puisque toute son humanité et son relief psychologique étaient présents mais surtout compréhensibles dans le film de Tobe Hooper. Alors lorsqu’on promet de dévoiler sa jeunesse, il s’agit d’un non-événement, d’une fausse bonne idée. Et nos craintes se confirment dès les premières minutes. Le film s’ouvre sur une scène de repas. Impossible de mettre plus les pieds dans le plat que de cette façon ! Et puisqu’il faut y aller, autant le faire à fond et dégainons directement le tronçonneuse ! En 4 petites minutes ponctuées de plans rapprochés au grand angle (quel mauvais goût…), le long-métrage démontre toute la méconnaissance qu’il a du mythe qu’il aborde en envoyant grossièrement des motifs quasiment sacrés sans chercher à y injecter du sens. Au mieux, il file quelques coups de coude aux spectateurs pour lui faire remarquer qu’il fait référence à l’original. Comme ce moment où la fille du shérif s’approche d’une grange et qu’elle est cadrée exactement de la même manière que Teri (voir ci-dessous). Le miracle n’aura pas lieu. Et le pire est à venir.
Maxime Bedini
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• Réalisation : Julien Maury et Alexandre Bustillo
• Scénario : Seth M. Sherwood
• Acteurs principaux :Stephen Dorff, Lili Taylor, Sam Strike
• Date de sortie : 2 janvier 2018 en DVD
• Durée : 1h25min

