Carlotta Films ressort PHASE IV, le film mystique de Saul Bass, en édition collector et augmentée.

Œuvre unique, méconnue et perdue dans les abysses de la science-fiction alarmiste du Nouvel Hollywood, PHASE IV est à ranger aux côtés de Silent Running, THX1138, Soleil Vert et 2001 : L’odyssée de l’espace. En ces temps confinés, Carlotta Films nous redonne le sourire et nous propose de replonger au cœur de l’angoisse lilliputienne de Saul Bass, connu pour ses nombreuses affiches et génériques. Il vous sera en effet possible de vous ruer dans votre Fnac préférée pour acquérir le master restauré de PHASE IV, sorti en 1974, accompagné d’un livret de Frank Lafond, de nombreux bonus et, cerise sur le gâteau, enfin, s’émerveiller devant la fin oubliée et imaginée par le réalisateur, retirée du final cut original par les producteurs.

Avec son scénario développé sur deux micro lignes – des fourmis se comportent bizarrement à la suite d’un événement cosmique et deux scientifiques, interloqués, les étudient – qui se déploie sur 80 modestes minutes seulement, PHASE IV tient à son commencement davantage de la petite série B sans prétention que du film expérimental, avant-gardiste et visionnaire. Alors le film démarre dans l’antre des rouages d’une fourmilière parfaitement huilée, et d’emblée, l’ouvrage se pare d’une atmosphère inquiétante, dérangeante qui lorgne à la limite du malaise. Jamais, dans l’histoire du cinéma, on aura filmé des insectes – des êtres d’une immense insignifiance – mais dotés d’une rare intelligence collective. Cette mécanique organique épouse la promesse apocalyptique de se propager sans contrôle à la surface du globe. Dès lors, le bras de fer entre l’Homme et la Nature, vacillant dans un faux rythme crescendo, s’opère sous l’œil médusés des spectateurs. Saul Bass filme ainsi ce duel dans un instinct de survie primaire et la domination des fourmis, se fait sentir dans un aveu d’impuissance évident.

Ils ont été nombreux, dans les années 70,  à dissimuler sous le genre de l’anticipation, les cygnes noirs des maux à venir. Et quand le film se propose de ponctuer, dans son final psychédélique (à découvrir dans le bonus du coffret), virtuose, gigantesque, c’est Stanley Kubrick qui est convoqué en personne. Ce final renversant redonne une autre couture au film pour mieux en saisir sa grandeur. Et du cœur des tumultes traversés par l’Amérique post-hippie, les préoccupations écologiques et le Viêt-Nam s’invitant dans tous les débats, Saul Bass nous rappelle que l’harmonie qui règne sur la vie dépasse allègrement l’effroi de l’holocauste nucléaire.

PHASE IV frise le mysticisme éclairé.

La Terre n’est pas qu’une mine géante truffée de ressources profitables, elle ne nous appartient pas. C’est un système à l’équilibre précieux qu’il nous faut comprendre pour pouvoir espérer le conserver, quel qu’en soit le coût, avant que l’espèce humaine, aveuglée par sa toute puissance technologique ne fasse preuve d’une atroce arrogance et d’un trop plein de suffisance. Fable écologique, diront certains, film visionnaire voire prophétique pour d’autres, PHASE IV frise un mysticisme éclairé avec brio. Le péril écologique est bel et bien à l’ordre du jour. Nous retrouver, en un clin d’œil, à genoux devant un micro-organisme couronné, en est la preuve irréfutable.

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Sofiane

PHASE IV, l'unique film de Saul Bass - Critique
Titre original : Phase IV
Réalisation : Saul Bass
Scénario : Mayo Simon et Barry N. Malzberg
Acteurs principaux : Nigel Davenport, Michael Murphy, Wesley Jonathan
Date de sortie : 1974
Date de sortie Blu-Ray & DVD : Juin 2020
Durée : 1h24 min
5.0VERTIGINEUX
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PHASE IV, l’unique film de Saul Bass – Critique

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