Le journaliste Davy Rothbart a suivi pendant 20 ans le quotidien d’une famille Afro-Américaine dans un quartier pauvre de Washington D.C, il en ressort un témoignage bouleversant qui dialogue subtilement avec l’actualité.

Le contexte actuel de lutte sociale dans lequel sont plongés les États-Unis ne fait que renforcer la force dévastatrice de ce film. Parce que son dispositif fait entrer le spectateur dans l’intimité d’une famille Afro-Américaine, 17 BLOCKS se débarrasse de toute rhétorique et de toute théorie, pour aborder frontalement et sans détours l’implacable réalité. Le film nous démontre en 1h35 ce que crient les manifestants Américains au reste du monde depuis la mort de George Floyd. Il n’est pas ici question de violence policière, mais le film rend compte de ce que cela signifie d’être un.e jeune Afro-Américain.e dans un quartier pauvre de la capitale de la première puissance mondiale au XXIe siècle. Une incroyable ambition contenue dans le plus simple dispositif qui soit, le quotidien d’une famille ordinaire.

La force du film est d’être parvenu à nous faire observer la mécanique des rouages à l’œuvre dans cette tragédie humaine. Les itinéraires qui s’étalent sur trois générations se dessinent clairement, sans fard ni fioriture, pour faire jaillir une éblouissante vérité. On y constate les traumatismes qui se transmettent et la misère qui se lègue en seul héritage. La reproduction sociale, les mêmes schémas qui se répètent inlassablement et les drames qui jalonnent l’existence de cette touchante fratrie.

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La question est posée par le jeune Justin, dont l’éclat du sourire nous rappelle celui de son oncle Emmanuel quinze ans plus tôt. Leur destin est-il inexorablement lié ? Car c’est bien la mort prématurée ou la prison qui semble être le seul horizon pour ces jeunes hommes Afro-Américains. Une vérité pressentie dès le début du film dans l’absence presque systématique des pères. C’est d’ailleurs tout l’enjeu pour Smurf, l’aîné de la famille, devenir un père pour ses enfants sans se faire avaler par la fatalité qui lui est promise. Se battre pour ne pas s’évaporer dans la criminalité, la prison ou la drogue.

C’est aussi le combat de Cheryl, la matriarche, qui a élevé ses trois enfants seule, aujourd’hui dévastée par la toxicomanie. Et c’est au détour d’une dernière confidence qu’une vérité longtemps enfouie ressurgit pour tout éclairer. Un traumatisme originel qui vient illustrer des rapports de classes fondés sur la domination. La violence qu’a subie Cheryl se répercute dans la vie de ses enfants, telles les répliques d’un séisme qui continuent à se répandre vague après vague. Une violence qui s’abat comme une malédiction pour contrarier des aspirations d’émancipation sociale.

L’espoir néanmoins demeure, il transparaît dans les mots de Denice pour ses enfants. “Devenir quelqu’un” et s’arracher à la non-existence de la misère. Nul besoin de discours pour accompagner la clarté de ce témoignage, des chroniques de vie qui portent en elles la tragédie mais également l’espérance, éternellement renouvelées.

Hadrien Salducci

Le film est visionnable sur le site du Champs-Elysée Film Festival

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17 BLOCKS, la vie tragique d'une famille Afro-Américaine - Critique
Titre original : 17 Blocks
Réalisation : Davy Rothbart
Acteurs principaux : Cheryl Sanford-Durant, Emmanuel Sanford-Durant, Smurf Sanford-Durant, Denice Sanford-Durant, Justin
Date de sortie : Prochainement
Durée : 1h35min
4.0Bouleversant
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17 BLOCKS, la vie tragique d’une famille Afro-Américaine – Critique

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