Photo du film ABIGAIL
Crédits : Universal Studios.

ABIGAIL ou l’adorable rejeton de Lestat – Critique

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Embauchés pour enlever la fille d’un homme fortuné et se partager la rançon, les ravisseurs d’Abigail deviennent ses proies lorsque la jeune fille révèle ses crocs. Sympathique huis clos horrifique, ABIGAIL rend un hommage inventif et fun aux films de vampire des années 90-2000.

Vampire 2.0

Après avoir fortement attisé la curiosité avec la toute jeune ballerine ensanglantée sur son affiche, ABIGAIL divise le public depuis sa sortie. Certain.es le fustigent et d’autres, tout au contraire, l’acclament. En toute objectivité, on ne qualifiera pas ABIGAIL de chef-d’œuvre. Il n’en demeure pas moins un huis clos horrifique assez surprenant et jouissif pour qui apprécie ce type de divertissement. Réalisé par le duo Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett, déjà à l’œuvre sur les deux derniers opus de la saga Scream, le film réfère à tout un imaginaire du vampire moderne, des adaptations d’Anne Rice aux plus hasardeux Underworld, tout en se nourrissant des classiques du genre, Nosferatu en tête.

ABIGAIL remet effectivement au goût du jour une pratique courue dans les années 90-2000, qui aimait à placer la figure du vampire millénaire dans un environnement moderne et contemporain. Dans cet objectif, il mise sur les règles établies dans la mythologie classique, mais se permet d’en contredire certaines pour réactualiser le propos et mieux surprendre son spectateur. Libre adaptation de La Fille de Dracula de 1936 – suite du Dracula de Tod Browning – il en conserve essentiellement les dons de manipulation mentale. Un procédé éculé, mais qu’il distord d’une manière suffisamment intelligente pour créer suspens et rebondissements.

La vengeance de Claudia

Le lien de parenté avec Entretien avec un vampire et consorts se révèle ainsi bien plus évident qu’avec La Fille de Dracula. On peut effectivement voir en ABIGAIL une sorte d’hommage aux films de vampire de cette période. Une période débutée avec sobriété, qui culminera pourtant avec des monuments du kitsch, tels que La Reine des Damnés, ou dans un climat de guerre urbaine, comme dans la trilogie des Blade. Le kitsch est effectivement présent, compte-tenu de la proportion d’Abigail à attaquer ses proies dans des grands élans de danse classique, sur fond de Tchaïkovski. De même, l’aspect gros bras nous est servi par la galerie de personnages que constituent les ravisseurs de la jeune fille.

Anciens militaires, flic ou hacker, les protagonistes sont avant tout présents pour servir de chair à canon à la petite vampire en tutu. Il s’agit, en l’occurrence, du concept même du film, qui entend là appâter le chaland grâce à cette inversion des rôles. Au fil du récit, Abigail évoque, évidemment, le personnage de Claudia dans Entretien avec un vampire. Une enfant maudite, en recherche désespérée d’affection. Or, là où Entretien avec un vampire mettait fin à ses tourments, ABIGAIL nous donne à voir ce qu’il aurait pu advenir d’un tel monstre de roman si elle avait pu poursuivre sa macabre existence. Un postulat jubilatoire, servi par des mises à mort et des effusions de sang spectaculaires.

Le Piège

Car ABIGAIL reste avant tout un divertissement à sensation. Le décor, un immense manoir aux fenêtres occultées, emprisonne les personnages avec leur bourreau, mais offre un espace suffisant pour créer un jeu de cache-cache, où les différentes pièces se muent tantôt en pièges, tantôt en refuges. Autant d’aspects hérités des actioners en huis clos engendrés par Die Hard. De même, ABIGAIL parvient à ménager ses effets grâce à l’esprit malingre de son antagoniste, qui ne dévoile l’étendue de ses pouvoirs qu’avec parcimonie. Rythmé et efficace, le film va droit au but, mais se ponctue d’instants d’accalmie pour mieux réengager ensuite le spectateur dans sa chasse à l’homme. 

Astucieux et justement dosé, ABIGAIL se consomme pour ce qu’il est. Et l’on ne boude pas son plaisir. Ceci, malgré une photo parfois de mauvais goût et des personnages archétypaux sans grande consistance. Néanmoins, le film ne manque pas de dérision et s’amuse à appuyer certains clichés, quitte à grossir le trait. Peut-être qu’il vieillira et assumera mal le poids des années, à l’instar d’un Underworld. Il n’empêche qu’en ce printemps 2024, il apparaît comme un délicieux film d’horreur à pop-corn. Une jolie surprise, là où le film de vampires grand public commençait sérieusement à s’enliser.

Lilyy Nelson

Auteur·rice

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