Soutenir Le Blog Du Cinéma ? Cliquez ici !
Années 20
Crédits : Wayna Pitch

ANNÉES 20, ensemble – Critique

L’exercice du plan-séquence est délicat. Surtout quand il représente la totalité d’un film (et que celui-ci consiste en la mise en scène de bribes d’existences). Il peut se déployer majestueusement si tout est maîtrisé, ou plutôt se perdre, écrasé par ses grandes idées…

Et dans ces cas-là, on dira plutôt qu’il s’étire, qu’il s’étale pour cacher un manque de matière. C’est un peu les deux pour ANNÉES 20 qui part littéralement dans tous les sens, la caméra s’élançant dans Paris pour suivre une multitude de moments de vie au rythme des gens qui déambulent dans la ville en ce soir d’été 2020. Mais surtout, en ces temps rendus étouffants par un certain virus, on remarque de plus en plus une envie sincère de retrouver un peu d’humanité, ce qu’essaie de faire le film et son heure et demie pendant laquelle il nous emmène à travers la capitale….

L’idée du film d’Elisabeth Vogler est donc ici de suivre des gens, des duos le plus souvent, pendant plusieurs minutes à chaque fois et d’assister à des tranches de vie de la manière la plus proche de la réalité possible. Et des personnages, donc. On marche avec eux, devant, derrière, on s’approche de leurs visages, on scrute les expressions faciales, puis on les laisse continuer leur chemin pour aller voir quelqu’un d’autre… Le dispositif est assez remarquable et vraiment fluide (le making-of évoque un mois de répétitions et seize techniciens), et on sent l’énergie déployée pour conserver cette envie de suivre le plus de gens possible sans s’arrêter, de capter ces moments tout à fait anodins, banals, pour arriver à une expérience dont l’objectif dans ces cas-là semble souvent être d’atteindre un état de grâce où on se laisse porter pour vivre un moment hors du temps. L’immersion est là, et on se laisse porter au rythme des échanges entre ces hommes, ces femmes et ces enfants, mais une telle proposition est risquée pour parvenir à nous emporter complètement, à toucher cette grâce presque indescriptible qui se trouve dans les détails du quotidien…

Années 20
Crédits : Wayna Pitch

Et ça n’est pas toujours le cas ici (sachant que la nature même du projet suppose encore plus de subjectivité que d’habitude). Car le fait de vouloir se pencher sur les moments les plus simples qui composent notre quotidien est donc très délicat, et nécessite à la fois des personnages (des personnes, ici ?) et des dialogues particulièrement intéressants. C’est le cas pour les premiers, moins pour les deuxièmes. En effet, il y a quelque chose de touchant à déambuler avec tous ces gens et de les voir se confier, car ils sont tous animés de questionnements aussi ordinaires qu’universels. Mais il faut néanmoins reconnaître que la qualité des dialogues varie, et peut parfois donner l’impression de ne pas raconter grand chose, les personnages abordant des sujets complexes écrits un peu maladroitement, rendus à fortiori peut-être plus artificiels par le fait qu’on ne passe que quelques minutes avec chacun. C’est dans une certaine mesure donc tout à fait voulu, l’idée de refaire attention à ses instants en apparence tout à fait banals de nos vie mais qui la composent en majorité étant noble. Mais, à l’instar de certaines propositions d’Edouard Baer qui partagent certains aspects avec ANNÉES 20, un tel dispositif oscille constamment entre le banal qui fait jaillir une certaine grâce et celui qui est plutôt anodin. C’est d’autant plus délicat que même Baer, pourtant hallucinant quand il s’agit de magnifier le réel et d’y apporter émerveillement et sensibilité (on se rappelle le monologue qui l’a rendu encore plus célèbre), n’avait réussi son coup qu’en partie avec Ouvert la nuit et Adieu Paris

Années 20
Crédits : Wayna Pitch

Mais si le film nous laisse donc parfois hésitant quant à ce qu’on doit en penser — mais n’est-ce pas aussi la marque des œuvres réussies ? — l’ambition est donc notable et il est touchant de voir un joueur d’échecs en ligne battre le numéro un mondial, deux adolescentes craindre les réactions de leurs parents pour avoir volé du maquillage ou encore des inconnus se prendre dans les bras les uns des autres…
L’heure est à l’introspection. Avoir été, littéralement, enfermés avec nous-mêmes nous a obligé à regarder ce qu’il y avait à l’intérieur, là où d’habitude on enfouit ce qui nous fait peur. Car comment aller mieux sans ça ? Mais aussi sans se reconnecter avec les autres et ce, dès les instants les plus simples de notre existence que la pandémie mondiale nous a forcé à remarquer à nouveau ? Même à Paris. Surtout à Paris. Là où la vie est de plus en plus difficile…
Il est temps de retrouver une énergie simple, une envie d’aller parler aux autres, d’apprécier à nouveaux les divers moments de la vie et de se laisser porter, car toutes les horreurs du monde ne changeront jamais le fait que quoi qu’il arrive, on sera toujours ensemble pour affronter ça, comme nous le rappelle ANNÉES 20 dans ses tous derniers instants… 

Simon Beauchamps

Note des lecteurs0 Note
Titre original : Années 20
Réalisation : Elisabeth Vogler
Scénario : Elisabeth Vogler, Joris Avodo
Acteurs principaux : Noémie Schmidt, Alice de Lencquesaing, Manuel Severi
Date de sortie : 27 avril 2022
Durée : 1h30min
3
Intéressant

Écoutez-nous !

Soutenez-nous !

Soutenez-nous !
Rédacteur
S’abonner
Notifier de
guest

0 Commentaires
Commentaires en ligne
Voir tous les commentaires
0
Un avis sur cet article ?x