[contre-critique] EXODUS

Mise en scène
4.5
Scénario
6
Casting
6
Photographie
8
Musique
5
Note lecteurs3 Notes
7.5
5.5

À LIRE ÉGALEMENT : notre critique positive d’ EXODUS

Ridley Scott est un réalisateur importantissime qui a traversé les trois dernières décennies en laissant derrière lui un nombre affolant de grands films ainsi que quelques œuvres majeures inattaquables. Son retour au péplum, genre qu’il avait magistralement ressuscité en 2000 avec Gladiator, nous donnait envie.

Cette critique fait suite à une projection du film en 3D (non pas inutile, elle sabote complètement le travail esthétique du directeur photo et donc nos yeux) et en version française. La niaiserie de celle-ci lors de certains dialogues accentue bien trop lourdement pour nos oreilles, les carences du scénario. Privilégiez donc, s’il vous plaît une version originale et faites du mieux que vous pourrez pour le découvrir sans cet infâme gadget qu’est la lunette 3D. Vous gagnerez donc en luminosité et en netteté sur tous les plans.

Passé l’aspect technico-commercial qui influencera visuellement votre expérience, intéressons nous maintenant au spectacle bien piètre auquel nous sommes conviés. EXODUS s’ouvre sur une séquence de bataille. Quoi de mieux pour embarquer le spectateur et le faire signer rapidement le pacte tacite censé le lier au réalisateur ? Soit accepter ou non de suivre cette relecture de l’histoire de Moïse, véritable doigt d’honneur aux textes fondateurs, à tout un peuple et, plus cinématographiquement parlant, à l’immortel chef d’œuvre de Cecil B. DeMille, Les Dix Commandements sorti en 1955. Il serait toutefois un peu réducteur et surtout pas fair play de le comparer à cette version puisque nous partions pourtant en terrain connu : le mythique réalisateur d’Alien et Blade Runner est ouvertement athée.

 © 2014 Twentieth Century Fox

Revenons à nos moutons. Si j’ai évoqué Gladiator au début, c’est parce qu’il nous avait impressionné, que nous l’avions aimé pour cela et pour plein d’autres raisons. Il était tout ce que n’est pas EXODUS aujourd’hui, à savoir épique, violent, mis en scène avec souffle et parfaitement écrit. Et ses personnages étaient charismatiques, pour ne pas dire marquants. Ah oui, il se targuait aussi d’une musique originale dont on se souvient encore. Passé cette première scène, donc, on commence à déchanter et c’est de mal en pis. Le principe des multi-caméras pour filmer une bataille peut s’avérer très intéressant pour tout le monde, à condition d’avoir quelque chose à mettre en scène. On assiste complètement étrangers à cette première joute dénuée d’enjeux dramatiques et d’intensité. Le pire, c’est que l’on a pas l’impression d’avoir vu la moindre goutte de sang…Et à une scène près, tout le reste est ainsi. Aseptisé, formaté et calibré pour un public dont Scott s’est majoritairement désintéressé durant sa filmographie : la jeunesse.

L’absence quasi totale de violence graphique dans EXODUS n’est pas un affreux point noir à condamner. C’est une constatation assez triste non seulement au regard de ce à quoi nous avait habitué le cinéaste, mais aussi et surtout un des nombreux éléments qui contribuent à appauvrir dangereusement la crédibilité de l’ensemble.

« Aseptisée et dénuée de souffle épique, une production douteuse, à mille lieues de ce à quoi nous avait habitué le grand Ridley Scott. »

Interprété par Joel Edgerton, Ramsès n’est ni plus ni moins qu’une baltringue, physiquement sympathique à regarder avec son côté androgyne, mais psychologiquement d’une transparence aberrante. Il n’inspire à aucun moment la crainte ou le respect, car finalement bien peu travaillé. Et quand les scénaristes s’attardent sur d’autres personnages, c’est pour nous pondre la femme (mariée après deux tirades risibles) et le fils de Moïse, totalement dispensables au récit. Leur absence aurait d’ailleurs évité deux moments très gênants lors desquels les deux tourtereaux se jurent fidélité et amour avec une naïveté et une mièvrerie confondantes. Tout simplement inimaginable. Christian Bale de son côté, surnage au milieu de cet océan de complaisance.

La partition de Alberto Iglesias est à l’image du film, c’est à dire terriblement impersonnelle. Aussitôt entendue, aussitôt oubliée et ce, malgré sa grandiloquence lors des séquences dites d’action.

Il faut tout de même saluer l’audace du réalisateur. Le buisson ardent se consume à l’éthanol, Dieu est un petit garçon, fruit des visions de Moïse qui ne le voit que lorsqu’il est seul, après s’être cogné la tête et les interventions divines sont des catastrophes météorologiques. Chacun aura son propre avis sur ces questions. Là où l’œuvre risque d’ébranler bon nombre de personnes, c’est lorsqu’elle remet en cause la bible, certes, mais trouvera sans doute son public envers tous les autres, curieux ou ouverts d’esprits.

Assez inconsistant, EXODUS avait pourtant tout du grand spectacle de cette fin d’année. Malheureusement, si l’on excepte le débat religieux qu’il nous impose et que l’on s’intéresse plus frontalement à sa forme attirante, la frustration est de mise. Sans doute aurait-elle été amoindrie à la vue d’un autre nom à la réalisation, moins prestigieux, car c’est peut-être le plus grand problème du film. On en attendait trop. Reste un beau livre d’images, qui nous rappelle à quel point le cinéma de cet immense monsieur pouvait être à la fois raffiné, organique et viscéral. Un cinéma fait de sensations, que l’on éprouvera bien peu devant cette production douteuse.

 

INFORMATIONS

 


CRITIQUE POSITIVE
TRAILER (épique) #1
TRAILER (Hallucinant) #2
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Titre original : Exodus: Gods And Kings
Réalisation : Ridley Scott
Scénario :  Adam Cooper, Bill Collage,  Jeffrey Caine, Steven Zaillian
Acteurs principaux : Christian Bale, Joel Edgerton, John Turturro
Pays d’origine : Espagne, Angleterre, U.S.A.
Sortie : 24 décembre 2014
Durée : 2h30min
Distributeur : Twentieth Century Fox France
Synopsis : L’histoire d’un homme qui osa braver la puissance de tout un empire ; Une nouvelle vision de l’histoire de Moïse, entraînant 600 000 esclaves dans un périple grandiose pour fuir l’Egypte et échapper au terrible cycle des dix plaies.

 

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