Photo du film COURSE À LA MORT
Crédit : Universal Pictures International France

COURSE À LA MORT, tout ce que le remake de 2008 a raté – Critique

Lily Rédactrice

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Basé sur le film culte La Course à la mort de l’an 2000, le remake de W.S. Anderson n’en est qu’une pâle copie sans âme. Vidé de toute la violence absurde de son aîné, il ne parvient jamais à en saisir toute la teneur cynique et critique.

Tout commence par un film culte. La Course à la mort de l’an 2000 – longtemps titré Les Seigneurs de la route dans les pays francophones – fait partie de ces incroyables productions du cinéma bis de Roger Corman. Il y est question d’une course automobile sur le territoire américain, la transcontinentale, où tous les coups sont permis. Le but du jeu ? Écraser le maximum de victimes sous ses pneus. Le conducteur engrange alors plus ou moins de points, selon l’âge ou le sexe des malheureux. Et il n’est pas interdit de s’en prendre également à ses concurrents… Joyeux bordel.

Un beau gâchis

Amoral, le film de 1975 l’est profondément. Tout y est gratuit. La course n’a d’autre sens que d’amuser la plèbe, qui réclame toujours plus de violence, de sang et de mort. Elle permet seulement de canaliser, une fois l’an, la sauvagerie humaine – que l’ère moderne a visiblement décuplé au centuple. Pour ses concurrents, elle est un exutoire, mais aussi et surtout un moyen d’accéder à la gloire, quel qu’en soit le prix. Ainsi, Sylvester Stallone y campe un jeune arriviste, cigare aux lèvres, prêt à tout pour détrôner Frankenstein, la gloire du circuit, interprété par David Carradine.

Photo du film LA COURSE À LA MORT DE L'AN 2000
David Carradine sur le tournage de LA COURSE À LA MORT DE L’AN 2000 en 1975 – Crédit : D.R

Malgré ses kitscheries et son cachet visuel extrêmement vieillissant, La Course à la mort de l’an 2000 de Paul Bartel n’en demeure pas moins un film cynique et critique, mené avec une grande efficacité, ainsi que beaucoup d’audace et de second degré. Il appelait volontiers un remake, car cela va s’en dire, son faible budget rend ce qui était acceptable à sa sortie, risible et poussiéreux à notre époque. Malheureusement, COURSE À LA MORT, son remake de 2008, passe complètement à côté de son sujet. Pire : il vide l’œuvre de Paul Bartel de toute sa sève et de son impertinence.

Plus d’euthanasie sur la piste…

En effet, le film de W.S Anderson – déjà coupable des adaptations de Mortal Kombat et de Resident Evil – commet en premier lieu l’outrage de trouver une justification à la course. Cette fois, il s’agit de rentabiliser le système carcéral. Les concurrents sont désormais de dangereux détenus, assassins de surcroît, roulant pour le prix de leur liberté. On décèle derrière tout cela un vague relent de morale judéo-chrétienne. Comme si l’absurdité d’une course à la mort menée uniquement pour le goût du sang ne pouvait être acceptée du public.

Photo du film COURSE À LA MORT
Crédit : Universal Pictures International France

D’autant que ce remake choisit de contourner ce que son ancêtre avait de plus jouissif : les massacres d’innocents. Aux oubliettes, le système de points ! Quoi que… si. On observe ça et là un panneau des scores, mais difficile de comprendre à quoi ces chiffres peuvent bien être rattachés. La déception est grande. Car le film de 1975 avait sciemment misé sur un humour noir décomplexé. On attribuait, par exemple, 100 points pour le meurtre d’un enfant. Par le prisme de l’humour, Paul Bartel osait aussi des scènes burlesques et loufoques, comme ce « jour de l’euthanasie », où l’on voyait des infirmières aligner des personnes âgées en fauteuil sur la route des concurrents… Trop poussif pour 2008, visiblement !

Sauver la morale

À la place, on s’ennuie devant des scènes de course entre détenus, où l’on se contente de se pousser au cul et de se tirer dessus. Ça cogne, ça explose dans tous les sens, ça va vite… Ça dégorge de pixels moches aussi, si bien que l’action en devient très peu lisible. Tout ça, pour une histoire de vengeance personnelle. Car cette fois, le personnage de Frankenstein n’est plus ce type détruit mentalement et physiquement par la course, rafistolé de partout et contraint à porter un masque pour camoufler sa laideur répugnante…

Photo du film COURSE À LA MORT
Crédit : Universal Pictures International France

On préfère plutôt nous refaire le bon vieux coup du pirate Roberts, en la personne de Jason Statham – beaucoup moins magnétique que Carradine. Le bougre est forcé à remplacer incognito sous son masque feu le précédent Frankenstein, pour qu’ainsi le grand gagnant demeure invaincu. Et qu’aucune peine de prison ne soit jamais levée. Un Jason Statham jeté là grâce à un habile coup monté, le rendant injustement coupable du meurtre de son épouse. Allons, donc… Rassurons-nous. Le héros est, en réalité, innocent et les perdants massacrés d’ignobles criminels, qui l’avaient finalement bien cherché. Ouf ! L’honneur est sauf.

Sous-Fast & Furious sans âme

Sauf qu’à trop vouloir policer le propos, on en perd de vue l’essence même de La course à la mort de l’an 2000. Dont l’avidité de ses personnages secondaires, poussés par leurs rêves de grandeur ou tout simplement par leur sadisme. Il faut désormais justifier d’une raison logique à leur motivation : la liberté. Exit aussi, les femmes pilotes. Notamment la blonde nazie, qui hurlaient : « Blitzkrieg ! » à chaque victime – comme pour signifier que la féminité n’est pas nécessairement affaire de compassion. Non. Dans ce remake, les femmes sont uniquement copilotes, désignées d’office comme faire-valoir du héros.

Photo du film COURSE À LA MORT
Crédit : Universal Pictures International France

Héros qui, lui aussi, perd grandement au change. Le ralliement de Frankenstein à la cause résistante n’est plus. Il n’est effectivement plus question de saborder la course pour rendre aux Hommes leur part d’humanité. Le nouveau Frankenstein n’est là que pour sauver sa peau et récupérer sa fille. Faisant ainsi de COURSE À LA MORT le début d’une saga de sous-Fast & Furious, sans la moindre ambition, de plus en plus fauchée et tristement oubliable. Qui sait ? Peut-être qu’un reboot viendra un jour raviver la flamme. En attendant, il ne nous reste plus qu’à pleurer des larmes amères sur tout ce que ce projet aurait pu être.

Lily Nelson

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Titre original : Death Race
Réalisation : Paul W.S. Anderson
Scénario : Paul W.S. Anderson, Robert Thom
Acteurs principaux : Jason Statham, Tyrese Gibson, Joan Allen
Date de sortie : 15 octobre 2008
Durée : 1h45min
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Gros navet
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