[CRITIQUE] BLACK SWAN

black swan
• Sortie : 9 février 2011
• Réalisation : Darren Aronofsky
• Acteurs principaux : Natalie Portman, Mila Kunis, Vincent Cassel
• Durée : 1h43min
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note du rédacteur

Il y a encore peu de temps, James Gray vomissait sur la médiocrité du cinéma américain contemporain, son manque de véritables storytellers aux commandes et cette glorification niaise de la technologie. Il regrettait amèrement la perte du soin artisanal accordé aux vrais films, le sens de l’effort et du perfectionnisme. L’art simple et complexe de raconter une histoire. Dans ces mauvaises conditions, James Gray ne peut qu’adorer son compatriote new-yorkais, Darren Aronofsky, lequel troue en un seul film, BLACK SWAN tous les pessimismes et toutes les prophéties sur la mort de l’excellence en art.

BLACK SWAN est une merveille. Une gifle à la face du cinéma paresseux. Blockbusters inutiles, petits films tristes, délires sanguinolents, horreur gratuite, comédies stupides. Peut-être est-ce la rinascita qui commence, un retour aux fondamentaux du conte. Décryptage.

Nina Sayers est une ballerine de talent, rongée par le fantasme de la perfection. Comme toute les danseuses de sa compagnie, elle rêve d’incarner le rôle principal du Lac des Cygnes, celui de l’oiseau bicéphale, à demi-bon, à demi-mauvais. Thomas Leroy, le tortueux chorégraphe français de la compagnie, lui confie donc le rôle légendaire mais la met en garde contre son obsession du contrôle.

Il l’oblige à lâcher prise, à accepter la part d’impudeur et de spontanéité du cygne noir. Cette épreuve de conciliation des extrêmes mènera Nina tout au fond d’elle-même, à portée de main de la folie…

BLACK SWAN met en lumière les tourments d’une artiste monomane qui lutte pour se transcender et sait combien le tribut du sacrifice sera lourd. L’une des qualités principales du film est sans conteste la prestation hantée de Natalie Portman, que Wong Kar Wai avait fait progresser du temps de My Blueberry Nights, et qui explose ici dans un registre éminemment difficile. Elle a mérité son Golden Globe.

« Black Swan est une merveille. Une gifle à la face du cinéma paresseux. Blockbusters inutiles, petits films tristes, délires sanguinolents, horreur gratuite, comédies stupides. Peut-être est-ce la rinascita qui commence, un retour aux fondamentaux du conte. »

Son rendu de la paranoïa et de la fébrilité associé à la transformation de son corps ne peut qu’émouvoir. L’hostilité qu’elle fermente face à Mila Kunis, son double érotisé, sa rivale pour le rôle du cygne noir, et le charme venimeux que Mila Kunis lui oppose forment une poignante allégorie des deux faces de la même pièce. Portman doit devenir Kunis pour être un cygne complet et séduire son metteur en scène, ce gentleman brusque appelé Vincent Cassel. La dimension sexuelle de l’initiation est omniprésente, elle guide la ballerine vers la connaissance de son vrai potentiel. Le renoncement de l’enfance tardive dans laquelle sa mère l’a encastrée est obligatoire. En fin maître d’œuvre, Darren Aronofsky sème le doute sur l’identité de Lily, la sensuelle opposante, il baigne son spectateur dans une atmosphère oppressante de mirages héritée d’un Kafka et d’un Dostoeivski. Ces grands écrivains pragois et russe, de l’aveu même du cinéaste, ont soufflé à son travail ce surgissement du paranormal dans un quotidien froid, mécanique et dur.

Photo du film BLACK SWAN

Aronofsky procède par touches pour épouvanter, déconcerter, éberluer. Son film devient proprement inclassable à force d’osciller franchement entre plusieurs genres. Inclassable ne signifiant pas confus mais étendu. La liberté de ce voyant New-Yorkais  lui permet d’étudier une famille fermée tel que le ballet classique, d’en récolter assez de matière universelle pour nourrir les gens au-delà du cercle des spécialistes, d’y apposer le sceau du fantastique et de créer l’angoisse.

BLACK SWAN vous happe. Le parcours cahotant de Natalie Portman suscite malaise et envoûtement. On a peur d’elle, on a peur pour elle. La musique viscérale participe de cette peur et de cette féérie. Le Lac des Cygnes ici présenté est à mille lieux de l’imagerie naïve, pompeuse, obsolète que chacun pouvait se faire de la danse en tutu, nous sommes là dans une arène. Il n’y a rien de léger sinon le poids des jeunes femmes.

Darren Aronofsky n’avait pas besoin de ce film pour se faire remarquer, il comptait déjà parmi les membres de la cour des grands. Ce film le hisse au-dessus de ses collègues. La minutie et le mystère de BLACK SWAN, son pouvoir de fascination et ses multiples lectures possibles rappellent au moins Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick. C’est un choc.

Ewan

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pmspotcinema
pmspotcinema
Invité.e
17 avril 2011 20 h 08 min

Ce film est beaucoup plus profond que les gens le pensent et qu’en grande majorité on décrit ce film comme étant un film de schizophrénie et ça me dégoûte. Je crois qu’il s’agit d’un chef d’oeuvre peu reconnu pour le moment, mais comme les bons classiques du cinéma, il prendra quelques années avant d’être louangé pour de bon!

nanaouet
nanaouet
Invité.e
2 mars 2011 12 h 01 min

Black Swan est une belle réussite tant sur le plan de la réalisation que sur le jeu des acteurs. Ce que j’ai vraiment bien aimé c’est que Darren Aronofsky sait parfaitement, et avec subtilité, mener le spectateur dans la folie du personnage principal à ne plus savoir ce qui est vrai ou pas.

Nathalie Portman joue à la perfection et même si on dit que les oscars ne veulent rien dire et bien je pense qu’elle a largement mérité son oscar de meilleure actrice.

Pour ma part c’est le film le plus abouti de Darren Aronofsky, même si ses autres films sont très bien aussi.

Ewan Lobé Jr
Ewan Lobé Jr
Invité.e
1 mars 2011 10 h 27 min

Salut Julien,

Je voulais réagir à ton opinion sur Black Swan et au fait que mister Darren prend le spectateur pour un imbécile quand il lui montre la transformation physique de Nina. A mon sens, le film est un mélange de genres auquel le fantastique fait parti intégrante. La force de ce genre là est de concurrencer le réel par un réel étrange et palpable. Je te citerais Dorian Gray, par exemple. A la fin du roman, comme tu le sais sans doute, le visage défiguré de Dorian apparaît sur la toile. Il s’agit d’une métaphore de nos vices d’êtres humains mais cette métaphore n’en ai pas moins charnelle. La toile est vivante. Le fantastique, c’est vrai, ne s’embarrasse pas de suggestion. Il expose. C’est un genre concret. Aronofsky voulait attribuer le mythe du loup-garou à un autre animal,le cygne. Il a pleinement réussi la gageure.

A plus!

Ewan

Julien
Julien
Invité.e
28 février 2011 21 h 52 min

— SPOOOIIILER ALERT —
Attention, je spoile Black Swan + Fight Club + Perfect Blue
Vraiment un bon film, ceci étant dit pour moi ce n’est pas tout à fait le chef d’œuvre absolu que la plupart des gens semblent y voir. Je trouve tout ce trip schizophrénique franchement bien foutu, d’autant que c’est psychologiquement et cinématographiquement intéressant de voir que non seulement le personnage a un gros dédoublement de la personnalité, mais qu’au lieu de projeter son autre personnalité en face d’elle dans le vide (comme dans Fight Club), elle la projette sur une personne déjà existante (Mila Kunis). C’est vraiment la grande classe d’avoir réussi à tenir ça pendant deux heures, tout en transposant avec le Lac des Cygnes, en revanche, et c’est là que ça devient dommage, je trouve que ça casse vraiment la subtilité de la chose d’avoir traduit ça en termes de changements physiques (les ailes, la métamorphose, tout ça), comme si le spectateur était trop con pour comprendre qu’elle s’identifiait au cygne si on ne lui montrait pas à l’écran. Sérieux, Darren, tu nous balance un truc bien ficelé, intelligemment présenté, et tu te chies dessus avec une vulgarité pareille ? Tragique.
D’ailleurs j’aimerais attirer l’attention sur un point qui n’a pas été évoqué dans la chro (mais que je n’ai vu évoqué dans aucune chro jusqu’à présent, de toute manière, sûrement parce que ça ne vaut pas le coup d’en parler), qui est la parallèle à tracer entre Black Swan et Perfect Blue, un putain de chef d’œuvre du cinéma d’animation japonaise de 1998 (je cite la date de mémoire, elle peut être un peu approximative), adapté du bouquin éponyme. On y retrouve des thématiques terriblement similaires : le monde du spectacle, la perte de l’innocence sous le feu d’une sexualité mal gérée, la fragilité d’une jeune artiste féminine, mais surtout le thème du double et des projections, même si les dénouements se révèlent très différents. On y retrouve même une scène où le personnage principal est persuadé d’avoir tué quelqu’un a grands coups de tournevis comme Nina pense avoir buté l’autre avec un bout de verre, pour qu’au final on se rende compte que ce n’était qu’une hallucination… Coïncidence ? Pas vraiment, vu que c’est ce cher Darren Arnonofsky qui est détenteur des droits d’adaptation de Perfect Blue aux US – il les avait acheté spécialement pour pouvoir plagier légalement (en plan pour plan) une scène du film d’animation dans Requiem For A Dream (celle où Jennifer Connelly est dans sa baignoire). Du coup si Black Swan vous a plu, je ne saurais que trop vous conseiller de mater aussi Perfect Blue, c’est vraiment intéressant de mettre les 2 en regard.

Ellen
Ellen
Invité.e
24 février 2011 11 h 32 min

C’est la première fois depuis au moins 20 ans que je retourne voir 3 fois un film. Black Swan est un morceau d’orfevrerie cinématographique. Certaines séquences sont a elles seules des chefs d’oeuvre: quand Nina scrute dans les coulisses le regard de Thomas pour son approbation et qu’il lui renvoit une expression dubitative…. Les mouvements de caméra lorsque Nina tombe sur scène.. … Magnifique jeux d’acteurs et mise en scène! Merci Darren Arronofsky et Nathalie Portman.

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