Chu & Blossom, Wayna Pitch
Chu & Blossom, © Wayna Pitch

[CRITIQUE] CHU AND BLOSSOM

Scénario / Implication du spectateur
3.5
Mise en scène
3.5
Idée de départ vs. impression finale
5.5
Sympathie pour les personnages
7.5
Direction d'acteurs / Dialogues
7
Image / Montage / Musique
5
Note lecteurs0 Note
0
5.3

Chu est un jeune étudiant coréen qui a décroché une bourse pour étudier un an aux USA. Il doit réussir son année et revenir au pays pour rendre ses parents fiers selon la tradition. Cette culture millénaire va entrer de plein fouet en collision avec la vision foutraque de Blossom, un artiste maudit qui vivote dans la minuscule ville où Chu débarque. Une amitié les lie d’entrée de jeu, mais des forces supérieures semblent vouloir séparer ces contraires qui s’attirent. Chu est également déchiré entre sa passion pour la photographie et la pression de ses parents à se concentrer sur les études. Une jolie camarade de classe rajoute à sa perplexité, et le jeune homme ne sait plus sur quoi il doit se concentrer.

Couchés sur le papier, les éléments de l’intrigue de CHU & BLOSSOM paraissent parfaits pour raconter une « bromance » (pour « brother » et « romance » une histoire d’amitiés entre hommes adaptée de la comédie romantique) mais le passage à l’écran est clairement décevant. Les personnages sont tous très sympathiques et interprétés par des acteurs qui ne manquent pas de talent et d’enthousiasme. Par delà le manque de rythme et le faible intérêt qu’on trouvera aux péripéties des deux artistes, on reprochera surtout à CHU & BLOSSOM son conformisme absolu et son manque d’originalité formel.

Pour un film dont les personnages passent leur temps à clamer la supériorité de la liberté d’expression envers le carcan social, tout est étrangement froid et lisse. Que ce soit la composition du cadre, le montage, la grande partie de la bande sonore – une soupe informe d’indie-pop – tout est pensé comme le serait n’importe quel téléfilm américain sur lequel vous pourriez tomber par hasard pendant les vacances de Noël. Cet esprit « tout le monde il est beau même lorsqu’il est différent » est sûrement destiné à sur-vendre l’aspect indépendant de la production. Comprenez : « on ferait tout pour être à Sundance. »

Photo du film CHU & BLOSSOM
© Wayna Pitch

La réalisation conformiste pourrait convenir à la première partie de l’histoire, consacrée à dépeindre les habitudes mortifères des habitants « normaux » qui ne comprennent ni Chu, ni Blossom. Dans la seconde partie, les personnages constatent cette apathie et tentent à leur manière de s’y attaquer, mais aucun basculement ne s’opère ni dans la mise en scène, ni dans notre relation aux personnages.

« Par delà le manque de rythme et le faible intérêt qu’on trouvera aux péripéties des deux artistes, on reprochera surtout à CHU & BLOSSOM son conformisme absolu et son manque d’originalité formel. »

Les deux acteurs principaux sont « sympas » et arrivent à nous faire sourire. La véritable surprise de ce film est incarnée par l’actrice Caitlin Stasey, dont la personnalité originale arrive à percer sous le vernis faussement libertaire que le script lui donne.

Caitlin Stasey est surtout connue, en dehors des quelques rôles qu’elle a interprété, pour son site Herself, photos de nus féminins atypiques, assortis d’interviews sur l’image que ces femmes ont de leur corps. Le casting est pour le coup bien pensé, Caitlin Stasey ayant pu s’inspirer de sa personnalité artistique pour nourrir son rôle.

Ce second rôle aurait mieux fait d’être fusionné avec celui de Blossom, le film se serait davantage concentré sur une relation (amoureuse et amicale) plutôt que de se disperser dans plusieurs thèmes survolés. Le film a été co-écrit par Charles Chu (qui interprète… Chu) et Ryan O’Nan (Blossom). Les deux scénaristes et acteurs ont semble-t-il eu du mal à faire la part des choses entre ce qui était essentiel à leur récit et leur désir de comédiens. Le co-réalisateur Gavin Kelly, jusqu’ici surtout chef-opérateur, pourrait n’avoir été qu’une caution pour le volet « technique » de la réalisation (découpage des plans et composition des plans) pour laisser à Charles Chu la partie direction d’acteurs. Une moitié mal assortie qui pourrait expliquer la totale incohérence entre la réalisation et le propos du film.

En dehors de la brillante trouvaille d’avoir casté Caitlin Stasey, CHU & BLOSSOM offre un beau moment d’émotion lorsque les deux artistes finissent par collaborer et montrer leur œuvre commune. Sublimée par la musique Sabali (Amadou et Mariam) le morceau de bravoure ne dure hélas pas assez pour réussir à nous transcender véritablement.

CHU & BLOSSOM tombe dans le travers de beaucoup de premiers films : vouloir tout oser et en même temps ne jamais se donner les moyens pour y arriver. Cependant, comme le locuste, un papillon dont la métamorphose fascine Chu, on devine un talent sommeillant sous terre, n’attendant que le bon moment pour éclore et prendre son envol. Charles Chu et Ryan O’Nan ont vécu une rencontre qui les a transformé, on espère qu’ils trouveront leur chemin en tant qu’artiste pour développer une vision véritablement originale.

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INFORMATIONS

Titre original : Chu & Blossom
Réalisation : Charles Chu et Gavin Kelly
Scénario : Charles Chu et Ryan O’Nan
Acteurs principaux : Charles Chu, Ryan O’Nan, Alan Cumming, Melanie Lynskey, Caitlin Stasey, Richard Kind
Pays d’origine : USA
Sortie : 28/10/15
Durée : 1h38mn
Distributeur : Wayna Pitch
Synopsis : Un jeune étudiant coréen en ingénierie structurelle obtient une bourse l’autorisant à passer un an dans une petite ville aux USA. Il y rencontrera des personnalités qui changeront sa vision du monde.

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