COMMENT JE ME SUIS DISPUTÉ... (MA VIE SEXUELLE)
© Why Not Productions

[critique] COMMENT JE ME SUIS DISPUTÉ… (MA VIE SEXUELLE)

Mise en scène
6
Scénario
2
Casting
5
Photographie
4
Musique
5
Intellectualité
5
Note des lecteurs2 Notes
6.4
4.5

[dropcap size=small]T[/dropcap]rois heures pour un film, c’est à la fois très court et très long. En trois heures, on a le temps de mieux appréhender les personnages, parfois on en vient même au point de pouvoir anticiper leurs réactions et leurs actions. Trois heures ça se justifie quand l’intrigue est béton (Barry Lyndon, Le Loup de Wall Street), quand la psychologie des personnages a besoin d’être développer par touches légères (La Vie d’Adèle, Le Parrain), quand le cadre est tellement riche qu’on ne peut qu’avoir envie d’en poursuivre l’exploration (Lawrence d’Arabie, Apocalypse Now), mais ce n’est pas possible en restant dans un univers semi-clos, où les personnages défilent sans évoluer de leur personnalité originelle et où les dialogues et la voix-off donnent l’impression d’assister à deux versions juxtaposées d’un même film.

Tout n’est pas à jeter dans le troisième long-métrage d’Arnaud Desplechin, loin de là, c’est simplement que le film peine à convaincre sur de nombreux aspects et notamment celui du scénario, passablement long et assommant. On assiste à un empilement de relations humaines à la nature contradictoire qui ne donne en rien la sensation de faire progresser le récit. Tout reste figé, dans l’attente d’un monde qui ne changera pas, de vérités que personne n’est intéressé de découvrir, d’un dénouement qui n’arrivera pas.

Paul Dédalus (interprété par Mathieu Almaric) est prof de philo à la fac de Nanterre et cela fait des années qu’il essaye de terminer sa thèse et de quitter sa petite amie Esther avec qui il est en couple depuis 10 ans pour son plus grand malheur. Le réalisateur tisse l’intrigue autour de Paul et de son groupe d’amis. Entre ses liaisons amoureuses vouées à l’échec et son insatisfaction professionnelle, on se perd rapidement dans le dédale de ses conquêtes.

© Why Not Productions
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Les moments (trop peu nombreux à mon goût) où Esther (touchante Emmanuelle Devos) apparaît à l’écran illuminent le film. Seule et totalement dépendante de Paul, elle n’a pas de vie qui lui appartient, pas d’amis, rien qu’une addiction amoureuse pour Paul qui l’empêche d’avancer. Cette relation aurait mérité d’être exploitée plus en détails. D’ailleurs Arnaud Desplechin y reviendra dans son nouveau film Trois Souvenirs de ma Jeunesse où il filme l’adolescence de Paul et Esther.

« On finit juste par se lasser devant la densité psychologique indigeste du film, qui nous rappelle que le cinéma ne doit pas être seulement intellectuel mais aussi émotionnel. »

Les personnages sont à la fois terriblement vides, et abyssaux de complexité. Figés dans leurs comportements, ils n’existent que sous l’œil de Paul. Ils gravitent autour de lui comme si ils n’avaient pas d’existence propre. Plutôt que de présenter la quête sentimentale sur un ton plus léger, le film se perd dans l’attitude dépressive de son anti-héros. Paul cherche en vain à tourner les pages de sa vie sans se rendre compte qu’en voulant perpétuellement changer, il renie son identité profonde et se condamne à recommencer les mêmes erreurs.

© Why Not Productions
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Très souvent comparé au classique de Jean Eustache, La Maman et la Putain, pour sa longueur et son propos, le film bascule sans cesse à la frontières des genres, entre conte, histoire d’une génération perdue ou œuvre romanesque, le débat reste ouvert.

L’œuvre de Desplechin est impressionnante, je le reconnais volontiers, mais elle est tellement riche, qu’il en devient impossible de l’apprécier vraiment pour sa valeur intrinsèque. On finit juste par se lasser devant la densité psychologique indigeste de COMMENT JE ME SUIS DISPUTÉ… (MA VIE SEXUELLE) qui nous rappelle que le cinéma ne doit pas être seulement intellectuel mais aussi émotionnel.

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• Titre original : Comment je me suis Disputé… (Ma Vie Sexuelle)
• Réalisation : Arnaud Desplechin
• Scénario : Arnaud Desplechin et Emmanuel Bourdieu
• Acteurs principaux : Mathieu Almaric, Emmanuelle Devos, Thibault de Montalembert, Marianne Denicourt, Emmanuel Salinger, Jeanne Balibar
• Pays d’origine : France
• Sortie : 12 juin 1996
• Durée : 2h58 min
• Distributeur : Why Not Productions
• Synopsis : Les histoires d’amour et les histoires tout court de Paul, maître-assistant dans une faculté de la périphérie parisienne où il ne compte pas faire de vieux os.

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https://www.youtube.com/watch?v=4bfcMPyEIec

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Rédacteur depuis le 12.05.2015
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SarahB
SarahB
Membre
18 janvier 2016 21 h 15 min

Ce film à été pendant de longues années mon film préféré , je l’ai vu , revu et re-revu mais je n’ai jamais osé en entamer la critique pour la complexité dont tu parles. Je crois que son intellectualisme exacerbé et sa philosophie en font un film grand , mais absolument pas grand public! La comparaison avec le loup de wall street ou Apocalypse now me parait tout de même un peu décalé , c’est clair que ca n’a rien à voir!!! Ce film est un essai philosophique à l’image de la pratique de Paul et de ses questionnement existentiels et métaphysiques. Tout ce que tu dis dans ta critique est vrai et c’est pour cela que ce film m’a fasciné et me fascine encore. Quand a savoir si on prend du plaisir à le regarder…Oui…. mais uniquement intellectuel. Question de gout! Bravo de t’y être attaqué!

YannL
YannL
Invité.e
Répondre à  SarahB
30 mai 2018 12 h 48 min

Complètement d’accord, ce film est une pure réflexion philosophique sur le thème d’autrui, et elle est brillante !

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