Troisième film de Lucien Jean-Baptiste après La première étoile et 30° couleur, DIEUMERCI ! est à l’image de son réalisateur : attachant, pudique et sympathique. C’est normal, il reconnait avoir mis 90% de lui-même dans le scénario, inspiré de « Intérim » de Grégory Boutboul. Comme le héros qu’il incarne, Dieumerci, il a eu une vie avant de réaliser son rêve de gosse et de devenir comédien. Comme lui, il est antillais et a la quarantaine. Comme lui, il a rencontré des artistes et des directeurs de cours de théâtre étonnants. Comme lui, un élément déclencheur tragique (que nous ne révélerons pas) a été à l’origine de sa reconversion.

Le réalisateur, que nous avons rencontré avec son interprète Baptiste Lecaplain (Clément), ne souhaitait pas à tout prix faire rire ou pleurer le public, ni que DIEUMERCI ! dégouline de bons sentiments. Il voulait toucher le spectateur par l’histoire et les personnages et lui offrir une palette de réactions diverses. Et ce but est atteint puisque, même si nous n’éclatons pas souvent de rire, les mises en situation et les dialogues rythmés parviennent en effet à nous émouvoir et à nous faire réfléchir. Et bien que les dialogues ne soient pas écrits en prose, Lucien Jean-Baptiste semble avoir construit son scénario comme une fable, nous livrant plusieurs leçons de vie assez humbles mais un tantinet faciles. La première leçon, qu’il a d’ailleurs accolée au titre du film, peut en ces termes ainsi être dite : si on croit à son rêve de gosse, on peut tous l’atteindre !

Photo du film DIEUMERCI !

© Wild Bunch Distribution

Dieumerci est ainsi repéré en prison par un professeur de théâtre qui l’encourage à passer le concours des Nouveaux Talents. On comprendra que les raisons de sa présence en prison sont essentiellement fiscales et le film eût sans aucun doute pris un autre tournant si le héros avait été condamné pour « pire » que ça (agression ou meurtre par exemple). Le film met donc en scène la rencontre de nos deux héros solitaires (Dieumerci et Clément) qui, pour être admis au fameux concours, doivent préparer ensemble une scène originale de « Roméo et Juliette ». Le problème, c’est qu’ils sont à l’opposé l’un de l’autre, thématique source de malentendus et d’incompréhensions. D’un côté, Dieumerci doit bosser comme un dingue pour rembourser ses dettes et payer ses cours de théâtre. Presque dans la misère, il vit dans dans un hôtel de passe minable de la Goutte d’Or, dont on regrette le trait un peu forcé de la part Lucien Jean-Baptiste.

De l’autre, Clément, au comportement très inconséquent, squatte chez lui et foire les petits boulots d’intérim que Dieumerci lui trouve. Car Clément est un sacré boulet ! Et il s’accroche à Dieumerci comme une moule à son rocher. On lui mettrait des baffes tellement il est fatigant. Baptiste Lecaplain, plutôt convaincant dans ce rôle (après Nous York et Libre et assoupi), a dit avoir pris du plaisir à faire de ce « mec », qu’il n’aimerait pas dans la vraie vie, un personnage attachant. Clément va bien sûr évoluer, prendre ses responsabilités, devenir adulte et un véritable ami pour Dieumerci. Et c’est la deuxième leçon de vie que nous offre DIEUMERCI ! : l’amitié peut parfois pousser sur un terreau improbable, mais c’est grâce à elle que l’on peut grandir dans la vie.

« Malgré un propos un peu tiède, DIEUMERCI ! est une comédie douce-amère touchante qui laisse un sourire aux lèvres et donne du baume au cœur. »

Ce qui est intéressant, c’est la manière dont le réalisateur s’y prend pour amener le spectateur, l’air de rien et par touches subtiles, sur le terrain des réflexions profondes. Ainsi est abordé le sujet du racisme, auquel est confronté à plusieurs reprises notre héros. Les deux précédents opus du réalisateur traitaient déjà du problème, aussi bien en métropole (La première étoile) qu’aux Antilles (30° Couleur). Tandis qu’on se remet doucement de la polémique OscarSoWhite aux États-Unis, Lucien Jean-Baptiste  disait vouloir, grâce à ses films, continuer à casser les codes, changer les imaginaires et garder espoir. Le rapport à la religion, ou à la foi, est quant à lui abordé par le biais de la mère de Dieumerci, interprétée par l’impayable Firmine Richard, dans un rôle de grenouille de bénitier. Compréhensive, elle sera d’un grand soutien, aux côtés de Daniel, l’avocat qui a transformé sa bagnole en bureau (le très juste et trop rare Michel Jonaz, dont la présence est encore plus justifiée par une réplique qui fera date).

Enfin, en filigrane de DIEUMERCI ! sont évoquées les difficultés à percer dans le métier de comédien, surtout si on n’est pas tout jeune. Il décrit la vie et les cours dans une école de théâtre et brosse les portraits réalistes mais peu reluisants du directeur blasé (Jean-François Balmer) et du prof frustré de ne donner que des cours (Olivier Sitruk). Le réalisateur a donc fait de Dieumerci un héros en galère bien gentil et bien élevé, qui ne proteste pas vraiment face à ses mésaventures. Qui passe son chemin mais garde espoir. On comprend à la fin les raisons de cette attitude quelque peu passive. Malgré ce choix manquant de piquant allié à une mise en scène un peu tiède, DIEUMERCI ! est une comédie douce-amère touchante qui laisse un sourire aux lèvres et donne du baume au cœur.

Sylvie-Noëlle

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

INFORMATIONS

Affiche du film DIEUMERCI !


Titre original : Dieumerci
Réalisation : Lucien Jean-Baptiste
Scénario : Lucien Jean-Baptiste, sur une idée de Grégory Boutboul
Acteurs principaux : Lucien Jean-Baptiste, Baptiste Lecaplain, Firmine Richard
Pays d’origine : France
Sortie : 9 mars 2016
Durée : 1h35min
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Synopsis : A sa sortie de prison, Dieumerci, 44 ans, décide de changer de vie et de suivre son rêve : devenir comédien. Pour y arriver, il s’inscrit à des cours de théâtre qu’il finance par des missions d’intérim. Mais il n’est pas au bout de ses peines. Son binôme Clément, 22 ans, lui est opposé en tout. Dieumerci va devoir composer avec ce petit « emmerdeur ». Il l’accueille dans sa vie précaire faite d’une modeste chambre d’hôtel et de chantiers. Au fil des galères et des répétitions, nos deux héros vont apprendre à se connaître et s’épauler pour tenter d’atteindre l’inaccessible étoile.

BANDE-ANNONCE

[CRITIQUE] DIEUMERCI !

0