© Ascot Elite Filmverleih

[CRITIQUE DVD] Ordure !

Mise en scène
5
Scénario
4
Casting
8
Photographie
6
Musique
7
Note lecteurs3 Notes
8.6
6

L e cinéma aime l’univers trash d’Irvine Welsh puisque c’est la troisième fois qu’une de ses œuvres est adaptée. La plus connue reste évidement Trainspotting par Danny Boyle, dont l’univers déjanté et politiquement incorrect a séduit nombre de cinéphiles, au point de demeurer aujourd’hui une œuvre culte. A l’heure de parler d’Ordure ! (Filth, en VO), inévitablement le film de Boyle nous vient à l’esprit et la comparaison est obligatoire tant les deux métrages restent très ancrés dans l’univers de Welsh. D’ailleurs la promo du film en profite puisque l’affiche française reprend le bandeau orange de celle de Trainspotting pour encadrer le titre. Ce n’est jamais très rassurant lorsqu’on tente de vendre un film sur le dos d’un succès passé, d’autant plus que malgré un casting loin d’être dégueulasse, la sortie s’effectue directement en DVD dans nos contrées. Alors Ordure ! dispose-t-il d’assez d’arguments pour se démarquer ?

Tout part d’une enquête. Un chinois est tabassé à mort par une bande et la police se doit de retrouver les coupables. Cette enquête est l’occasion pour une petite poignée de flics de montrer leur valeur et obtenir une promotion. Très vite, on fait connaissance avec Bruce Robertson, l’un de ces prétendants et également « l’ordure » du titre. La voix-off nous plonge directement dans le cerveau de ce personnage, complétement barré et vulgaire. L’occasion de se laisser aller à des gags visuels ou des petits apartés. La scène, vers le début, avec le briefing du boss de la police en présence de tous les détectives, synthétise l’esprit déjanté de l’oeuvre. Directement, le film arrive à attirer la sympathie du spectateur, d’autant plus que son rythme tonitruant ne nous laisse pas l’opportunité de décrocher. On frôle parfois l’overdose de vulgarité car il est difficile de déceler où va le film, il y a cette sensation de suite de petites scènes présentes juste pour montrer à quel point le personnage est un enfoiré. Si bien qu’on commence à se demander si le film n’a pas déjà atteint sa limite passé les 20 premières minutes.

21030048_20130822113805034.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx On découvre alors que ce qui commençait comme un scénario banal de film policier se dirige inexorablement vers la descente aux enfers de Bruce. Peu à peu, les failles du personnages se dévoilent et le métrage glisse doucement vers le pathétique. Sans non plus faire preuve d’une finesse folle lorsqu’il s’agit de rentrer dans le côté psychologique du personnage, ce changement de cap du récit a le mérite d’arriver à faire naître le malaise. Car ce n’est pas de l’empathie qui va se créer pour le personnage de Bruce, c’est de la pitié pure. Impossible pour nous d’oublier qu’il se tape la femme de son collègue, qu’il se moque d’un clochard, qu’il fasse un double doigt d’honneur à un gamin. Odieux fut-il, odieux reste-t-il, comme une barrière pour se protéger du monde. La scène où il s’effondre en larme devant Amanda avant de la couvrir à nouveau d’insultes en témoigne. Tout ce qui lui arrive semble bien mérité, c’est du moins ce que le spectateur ressent. Le semblant de trauma distiller dans le film n’arrive pas à nous placer du côté du personnage. Voilà un endroit où déjà le film manque de finesse (et le bouquin probablement, du coup). Il ne sait pas opérer ce petit basculement qui va nous toucher, le mal-être de Bruce reste cliché car on l’expose tout en ne restant qu’à la surface. Est-ce voulu par le matériau de base ? La difficulté de la critique vient de ce point.

” Voilà un film qui se consomme comme une friandise piquante. Un peu excitant lors des premiers instants, pas désagréable à déguster sur le coup mais assez limité.”

Le pathétique évoqué un peu plus haut rappelle, toutes proportions gardées, la scène du procès dans M le Maudit. On aurait presque envie de venir en aide à Bruce comme on veut stopper l’humiliation du criminel chez Fritz Lang. C’est dans le « presque » que ce situe toute la nuance puisqu’on regarde au final le film d’un air détaché. On est dans le trip pour ce qu’il a de délirant, en passant à côté de ce qu’il a d’humain. La générosité et l’énergie déployée sont louables mais ne suffisent pas à porter l’œuvre dans son intégralité. Le casting fait de son mieux, James McAvoy est excellent, il en fait des tonnes et arrive à passer d’un registre à l’autre avec brio. Et toute la galerie de personnages est bien constituée. En plus du talent en termes de jeu pur, il faut souligner que le choix facial des acteurs alimente bien l’univers délirant du film. Au final on retiendra qu’on a souri, au mieux un peu rigolé devant ce film se voulant trash et excentrique. On ne lui en voudra pas de faire des caisses, surtout lorsque ça fonctionne. Il ne faut pas le cacher, bien sûr que le film arrive à être drôle, si tenté qu’on soit client d’un humour un peu gras. Voilà un film qui se consomme comme une friandise piquante. Un peu excitant lors des premiers instants, pas désagréable à déguster sur le coup mais assez limité.

CASTING
Titre original : Filth
Réalisation : Jon S. Baird
Scénario : Jon S. Baird
Acteurs principaux : James McAvoy, Jamie Bell, Eddie Marsan, Imogen Poots
Pays d’origine : Angleterre
Sortie : 24 SEPTEMBRE 2014
Durée : 1h37mn
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Synopsis : Le sergent-détective Bruce Robertson veut une promotion et son patron veut des résultats. Pas de problème pour Bruce. Quand un meurtre est perpétué, il prend le contrôle de la situation. Et quand il résoudra l’affaire, il gagnera la promotion. Mais la vie n’est pas aussi simple. Bruce est-il l’homme de la situation ? Les réponses vont être tragiques, hilarantes et outrageantes.

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