Documentaire en forme d’hommage aux victimes des attentats qui ont frappé la France début janvier 2015, L’HUMOUR À MORT alterne entre témoignages de rescapés de Charlie Hebdo, images de mobilisation et d’esprit du 11 janvier, archives et plans inédits d’un précédent film de Daniel Leconte, C’est dur d’être aimé par des cons – tourné au moment du procès qui avait secoué le journal satirique au moment de l’affaire des caricatures de Mahomet.

En faisant revivre Cabu, Tignous, Honoré, Charb et les autres, L’HUMOUR À MORT fait mouche, touche au cœur et bouleverse, rappelant qui étaient ces artistes dont le seul crime aura été de dessiner des petits bonshommes. Les témoignages de Riss ou, Gérard Briard ou Coco, survivants du massacre, rappellent, avec gravité, l’affreuse réalité qui a frappé le 7 janvier dernier. Ces deux aspects : archives et retour au présent, où ceux qui sont encore debout apprennent à se reconstruire et décident de continuer, jusqu’à sortir cette une « Tout est pardonné » iconique, forment les éléments les plus indispensables d’un film qui, par ailleurs, respire l’urgence.

Photo du film L'HUMOUR A MORT

© Pyramide Distribution

En effet, L’HUMOUR À MORT est un geste spontané, un hommage fait à des copains dans les moments qui suivent le drame. C’est à la fois un avantage et une limite. Car avec une voix-off parfois moralisatrice qui décide de qui est Charlie et qui ne l’est pas, et qui dicte ce qui est bien d’être ou non – avec des injonctions étranges faites aux musulmans de France, des témoignages pas forcément utiles (on pense à Philippe Val) et un manque de recul par endroit -, L’HUMOUR À MORT est foncièrement maladroit. Maladroit car Leconte, ayant tourné à chaud, dans l’urgence post-attentat, réussit à saisir une émotion palpable, livrant un film sensible et puissant en ce sens. Mais, en n’accordant aucun crédit aux voix discordantes, il joue la carte d’un « tout le monde est Charlie » un peu fatiguant. Pas parce qu’on n’est pas d’accord, mais parce que prendre un peu de distance aurait permis au film d’échapper à une espèce de « pensée unique » dommageable.

« L’HUMOUR À MORT est un hommage sensible, mais maladroit. »

La présence d’Elisabeth Badinter, salvatrice dans ses propos mesurés, ne suffit pas à sauver le documentaire d’un ton professoral qui le fait glisser de l’hommage à la prise de position politique. Entre deux eaux, on ressort du documentaire à la fois peiné par l’horreur, en résonance directe avec le 13 novembre 2015, et à la fois agacé par ce ton qui voudrait dire au spectateur quoi penser et quoi dire de Charlie. On préférera alors retenir L’HUMOUR À MORT pour son hommage magnifique rendu à Charlie Hebdo, aux victimes de l’hyper cacher et aux policiers morts ces premiers jours de janvier. En se disant qu’une prise de hauteur aurait permis un film plus apaisé.

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

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INFORMATIONS
Affiche du film L'HUMOUR À MORT

Titre original : L’humour à mort
Réalisation : Daniel et Emmanuel Leconte
Pays d’origine : France
Sortie : 16 décembre 2015
Durée : 1h30
Distributeur : Pyramide Distribution
Synopsis : Le 7 janvier 2015, l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo est victime d’une attaque terroriste qui coûte la vie à douze personnes dont les plus grands dessinateurs de presse français, Cabu, Wolinski, Charb, Tignous et Honoré. Le lendemain, une policière est tuée dans la rue. Le 9 janvier, une nouvelle attaque vise des juifs de France. Quatre otages sont assassinés. Ce film est un hommage à toutes ces victimes.

BANDE-ANNONCE

https://www.youtube.com/watch?v=6mOFMyYsYEI

[CRITIQUE] L’HUMOUR À MORT

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