JOURNAL D’UNE FEMME DE CHAMBRE – Critique

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Léa Seydoux n’est pas que la fille de son père, et elle le prouve une fois de plus dans JOURNAL D’UNE FEMME DE CHAMBRE.

Elle n’est pourtant que l’atout le plus évident de ce film de Benoît Jacquot dont c’est, j’avoue, le premier que je vois. Je ne peux donc pas le comparer au reste de son oeuvre… Mais en l’état, quel plaisir !

On y suit donc le parcours de Célestine (Seydoux), débauchée de Paris vers la Province, dans la maison des Lanlaire. Une domestique aux motivations troubles, au caractère complexe, évoluant dans un petit microcosme bourgeois.

Célestine, d’emblée, pose son style. Elle est une domestique, donc par définition sert, mais jamais complètement. Elle juge et manipule ses pairs, subtilement. Ses regards en disent tout de suite long sur son caractère indéfinissable, son charisme induisant la méfiance, et son aura séductrice provoquant le trouble chez les autres.
Léa Seydoux fait preuve d’une précision de jeu proprement hallucinante, nous happant immédiatement dans la profondeur de ce personnage, nous incitant à la suivre, à la comprendre, nous séduisant. Génial !

Benoît Jacquot s’amuse par ailleurs, avec notre perception de Célestine, la rendant toujours plus illisible lorsque l’on pensait l’avoir cernée. Il utilise pour cela des flashbacks surprenants, tant par leur longueur variable mais toujours justifiée émotionnellement parlant, que par le rythme étrange qu’ils donnent au film. Ils s’intègrent en tous cas parfaitement dans ce petit quotidien, façonnant par effet de vignettes, un portrait complet de femme ainsi qu’une description singulière d’une époque. Pas qu’elle soit particulièrement originale cette description, mais elle marque, grâce au regard désabusé de Célestine.

Vincent Lindon, comme d’habitude est ultra-charismatique par son minimalisme, servant également un personnage beaucoup moins prévisible qu’imaginé.
Les autres protagonistes ne sont pas en reste ; la qualité d’écriture de Jacquot n’est jamais prise en défaut, capable de passer d’un comportement à la limite de la folie, à une émotion dissimulée dans le passif… Toujours avec la même crédibilité.
Saluons à ce niveau, l’ensemble du casting, adéquat au delà de l’interprétation, dans l’incarnation de chaque personnage.

Léa Seydoux est l’atout n°1 d’un film qui n’en manque pas, de son casting, à sa narration intelligente, à son regard cynique sur une époque.

Parisiens, province, bourgeoisie, classe ouvrière, savoir, domination, soumission… Rien n’est jamais défini comme tel ; Jacquot s’amuse à mixer ces notions dans chaque personnage, recréant une toile reflet de notre France moderne, ou mesquineries, manigances et opinions respectives donnent à voir une singulière lutte de classes. L’humiliation y est un moyen de communication comme les autres, et les à-priori définissent les interactions lorsque l’individu étonne régulièrement par sa complexité.

Un récit se brosse malgré tout à travers l’observation distante et cynique de ces quelques-uns remarquables, de ces instants de vie – c’est peut-être la limite du film: vouloir à tout prix opposer la péripétie à la description du quotidien. Le « complot » entraperçu dans la bande-annonce paraît ainsi bien trivial en comparaison et frustre plus qu’il ne stimule, nous laissant sur une toute petite note négative.

Mise-en-scène
Scénario
Casting
Photographie
Musique
Note lecteurs8 Notes
3.7

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