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‘après Matrix a été compliqué pour Andy et Lana Wachowski. On a bien cru qu’ils n’allaient pas se relever du régressif et tellement généreux Speed Racer, la critique lui ayant réservé un accueil mitigé doublé d’un score au box-office plus que décevant. Jamais on n’aurait soupçonné qu’ils allaient sortir, 4 ans après, l’un des films de SF les plus réjouissant des années 2000 avec Cloud Atlas. Là aussi, c’est un échec au box-office, rentrant à peine dans ses frais. Qu’est ce qui cloche alors avec les Wachowski ? Pourquoi n’arrivent-ils pas à retrouver le chemin du succès ? Pourtant Cloud Atlas, à l’ambition démesurée, surfe sur la même vague d’exigence que ce qu’a pu être la trilogie Matrix en son temps. Quel crève-coeur de ne pas les voir réussir alors que leur cinéma propose un travail sortant des sentiers battus, où on voit un univers fabriqué de A à Z prendre vie sous nos yeux tout en étant soutenu par une narration réussie. La succession de désillusions ne les empêche pas, aujourd’hui, de se relancer dans la SF avec Jupiter : Le Destin de l’Univers, film à 175 millions de dollars où Channing Tatum (actuellement dans Foxcatcher), l’une des stars du moment, côtoie un casting d’envergure. Enfin le retour du succès pour les Wachowski ?

S’il y a bien une chose qu’on ne peut pas leur reprocher, c’est leur capacité à bâtir un univers, à soigner les détails pour le rendre crédible. Ils ne dérogent pas à cette bonne habitude avec Jupiter : Le Destin de l’Univers, bourré d’idées, de petites attentions, de consistance. Tout ce dont on est en droit d’attendre lorsqu’on paye sa place pour un space opera. On se met à croire à un Cloud Atlas bis, à un film ample, audacieux et surprenant. Puis on revoit vite notre jugement à la baisse au fil des minutes. Jupiter : Le Destin de l’Univers ressemble davantage à un produit formaté comme on en voit fleurir trop à notre goût depuis quelques années. Le scénario propose des bonnes idées à droite et à gauche (le concept des moissons) sans arriver à en tirer une trame intéressante échappant au joug de la prévisibilité. On a déjà vu et revu les scènes de ce film, on connaît sa construction. Les studios ne se seraient-ils pas interposés ? La question se pose à la vue du montage bancal, n’aidant pas le film. Les coupes se font sentir, l’enchaînement de diverses scènes se fait avec une précipitation inadéquate, décridibilisant certains rebondissements déjà peu couillus. Et ne parlons même pas de la dilatation du temps dans les moments cruciaux (le mariage, la signature de l’héritage), frôlant le grotesque dans son désir trop voyant d’instaurer du suspense au sein de scènes dont l’issue est bien trop prévisible. Le film applique la recette du bon blockbuster réussi. Engendrant logiquement une attention amoindrie de la part du spectateur, regardant le film se dérouler en mode pilote automatique. Terrible désillusion, les Wachowski avaient pour habitude d’accoucher de films plus complexes (ou à l’allure plus complexe) nous plaçant en alerte sans cesse. Les scènes d’action sont réussies, y a pas à tortiller, elles font le job. Sous un beau déluge d’effets spéciaux, la mise en scène et le montage consolident ces instants tenant en haleine sans aucune difficulté. D’un point de vue technique, le film livre son lot de belles images et de décors réussis. A de rares instants, la toute dernière scène notamment ou celle avec les abeilles, un onirisme bienvenu vient nous enchanter. Globalement on manque de rêve, de poésie, d’émotions tout simplement.

© Warner Bros

© Warner Bros

On manque aussi de personnalité dans les protagonistes. Le duo Channing Tatum/Mila Kunis fonctionne, à défaut de provoquer des éclats mais ces personnages, on les a déjà connus. Ils sont dessinés avec des gros traits, caractérisés superficiellement et donc bridés. Le chasseur bestial, l’humaine qui se découvre des pouvoirs qu’elle ne soupçonnait pas, l’histoire d’amour qui part mal pour bien finir, le méchant en concurrence avec sa famille, que des ingrédients qui ont du mal à susciter l’adhésion. Les seconds rôles connaissent un destin plus cruel. Au lieu d’enrichir l’univers, ils sont réduits à des instruments pour articuler le scénario. Excepté pour l’univers, pourquoi les Matrix ou Cloud Atlas fonctionnaient ? Pour leurs personnages. En se permettant de les snober, Jupiter : Le Destin de l’Univers rentre dans la case des blockbusters sans âme. On reconnaît de temps à autres la patte Wachowski avec des scènes d’actions ponctuées de ralentis pas dégueulasses, l’envie presque vitale de proposer un univers ample et aussi la petite touche de naïveté. Les influences visuelles se font ressentir et se mélangent admirablement. J’insiste pour reconnaître leur beau travail de conception artistique. Dans ce sens, le film mériterait d’être un peu plus long pour bien enraciner tous les éléments qui le compose. L’ensemble est trop compressé et le résultat est bancal. Ou il fallait plus développer ou s’imposer d’être moins gourmand.

Jupiter : Le Destin de l’Univers ressemble à un produit formaté comme on en voit fleurir trop depuis quelques années. Une déception en connaissant l’audace des Wachowski.”

Voilà peut-être le film qui va les réconcilier avec le succès commercial et public. A l’heure où n’importe quel blockbuster bien fait cartonne en salles, on n’a du mal à douter de la future réussite du film. Il se peut que je me trompe mais il me semble que le cahier des charges est rempli convenablement pour que le film rencontre son public. On ne sait pas quelle a été l’influence des producteurs sur le film, à quel point, en état, il correspond aux désirs des Wachowski. Dans quelques mois, ça ne sera pas une surprise si un director’s cut pointait le bout de son nez. Alors nous le réévaluerons. Ou pas. Ce ne sont que des spéculations. Jupiter : Le Destin de l’Univers a tout du film derrière lequel le duo de réalisateurs s’est effacé. Leur générosité est bien présente, elle. Si c’était le prix à payer par les Wachowski pour se racheter une crédibilité ? Après Matrix, ils jouissaient d’une liberté totale, on leur aurait donné un budget pour n’importe laquelle de leur folie. L’histoire pourrait se répéter. Espérons que ce ne soit qu’une parenthèse et qu’ils auront encore le cran de proposer des œuvres radicales capables de s’inscrire au panthéon de la science-fiction. Parce qu’ils sont de ceux qui peuvent lui écrire ses plus belles pages.

INFORMATIONS

Jupiter Le destin de l'Univers

 

  

 
 
 
 
 
 

TRAILER SPECTACULAIRE 

Titre original : Jupiter Ascending
Réalisation : Andy Wachowski, Lana Wachowski
Scénario : Andy Wachowski, Lana Wachowski
Acteurs principaux : Mila Kunis, Channing Tatum, Sean Bean
Pays d’origine : U.S.A.
Sortie : 4 février 2015
Durée : 2h5min
Distributeur : Universal Pictures International France
Synopsis : Née sous un ciel étoilé, Jupiter Jones est promise à un destin hors du commun : grâce à son empreinte génétique, elle doit bénéficier d’un héritage extraordinaire qui pourrait bien bouleverser l’équilibre du cosmos…

BANDE-ANNONCE

[CRITIQUE] JUPITER : LE DESTIN DE L’UNIVERS

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