Un an après La Bandera, Julien Duvivier retrouve Jean Gabin pour mettre en scène LA BELLE EQUIPE. Sur le papier, les deux films n’ont pas grand-chose en commun ; abandonnant l’étouffante fatalité qui pesait sur ses personnages lors de son précédent film, le cinéaste réalise ici ce qui est présenté comme un film assez gai, un film de copains, comme pourront l’être certains films de Verneuil plus tard.

Cependant, les thématiques de Julien Duvivier reprennent vite le dessus et oriente le synopsis de base pourtant assez simple (une bande d’amis, l’un d’eux devient riche, ils décident de mettre en commun et d’investir dans une guinguette) dans une direction plus cruelle que prévue.

LA BELLE EQUIPE, voilà un terme qui correspond parfaitement au casting du film. Encore une fois bien entouré, le cinéaste français retrouve donc Jean Gabin, mais également les grands Charles Vanel et Raymond Aimos. Si, dans son précédent film, les personnages féminins étaient assez pauvres et presque accessoires, ici c’est pourtant Viviane Romance qui tire son épingle du jeu au milieu de toute cette grande distribution. Objet de désir, et finalement sujet de la discorde finale entre Charles et Jean, elle campe admirablement son personnage et apporte une sensualité nécessaire au récit. Et puisque nous parlons du récit, ne tournons pas autour du pot ; il y a une spécificité qui fait de LA BELLE EQUIPE un film rentré dans l’histoire. Nous connaissons le pessimisme de Duvivier, marque de fabrique du réalisateur. Cette fois, les producteurs ont décidé de censurer une fin jugée trop sombre, et de la remplacer par une fin constitué des mêmes plans, mais montée différemment, qui bouleverse complètement la puissance de l’épilogue.

Ce qui est notable dans LA BELLE EQUIPE, c’est le charme d’un film qui s’ouvre sur un discours aux antipodes de celui auquel nous avait habitué Duvivier. Dans La Bandéra, il n’y avait ni valeurs ni morales ; ici, on présente en quelques minutes les bienfaits de l’amitié, de la solidarité, par une bande de copains qu’on va prendre plaisir à voir évoluer…Jusqu’à ce que le cinéaste détruise allègrement tout ce qu’il avait introduit, en renversant les situations et les discours. A travers une mise en scène bien géré et quelques plans bien sentis sur la vie parisienne de l’époque, le réalisateur construit une ambiance particulière, assez chaleureuse et rempli de moments cultes (la chanson de Jean Gabin sur les bords de Seine), mais laisse planer en toile de fond ce propos sur la désillusion et l’échec des relations humaines.

Le réalisateur construit une ambiance particulière et laisse planer en toile de fond ce propos sur la désillusion et l’échec des relations humaines.

Une chose est certaine, c’est que Julien Duvivier ne se contente pas d’être un technicien hors-pair ; tout dans LA BELLE EQUIPE est affaire d’écriture, d’ambiance, et de direction d’acteur. Un film aussi agréable sur la France d’avant-guerre, c’est assez rare pour être signalé. Le cinéaste adopte un point de vue parfois sympathique, souvent critique sur ses personnages, sans pour autant les mépriser, et cela fait de LA BELLE EQUIPE un quasi-ancêtre du buddy-movie.

LA BELLE EQUIPE a été chroniqué dans le cadre d’une rétrospective consacrée à Julien Duvivier par le Festival Lumière 2015, à Lyon.

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LA BELLE ÉQUIPE - Critique
3.8Note du rédacteur
Mise en Scène
Casting
Scénario
Photographie
Musique
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