L’histoire : Vivant depuis toujours dans un village gangréné par la mafia, Léa se laisse séduire par l’une de ses petites frappes, avec qui elle a une fille. D’abord obéissante vis à vis des règles du clan, Léa va prendre progressivement son indépendance et chercher à fuir le piège qui se referme sur elle.

Film historique sur la mafia ou drame familial ? LEA oscille entre les deux genres pour montrer les intrications du crime organisé avec le quotidien d’une famille « ordinaire. » Les affranchis présentés dans le film sont très éloignés des gangsters de Scorsese ou Coppola. Ils préfèrent porter des bleus de travail que des costumes trois pièces, et prennent pour couverture un garage ou la location d’un immeuble pourri à Milan plutôt qu’un grand casino tape-à-l’œil. Mais s’ils sont normaux en surface, les mafiosi de LEA n’en sont pas moins cruels. Obéissant au code immuable de la vendetta, les criminels mettent au-dessus de toute Loi, la suprématie de la famille en tant que clan.

Photo du film LEA

Léa refuse que sa fille grandisse dans ce milieu anxiogène, elle tentera alors de le fuir pour la protéger. Ce sont bien deux visions de la loyauté familiale qui s’opposent dans le film de Marco Tullio Giordana.

Cette opposition suffit en soi à susciter l’intérêt du spectateur, mais pourtant mon implication fut fluctuante durant le visionnage. Le film essaye de couvrir sur trois décennies l’évolution de cette femme hors-norme. Pour palier à la fois au côté répétitif de la fuite de Léa et à la nécessité de couvrir beaucoup d’évènements infimes mais nécessaires, le réalisateur emploie un montage très sec. Ce rythme est assez artificiel pour retranscrire l’atmosphère sensée être pesante, mais se relève efficace pour maintenir un intérêt le temps de retrouver une situation véritablement prenante. Selon moi, LEA souffre des mêmes défauts consubstantiels à presque tous les films « tirés d’histoires vrai » : le récit qui nous est proposé, véridique, heurte notre sens commun de la dramaturgie. LEA comme bien d’autres biopics, échoue à rendre palpitant un enchaînement de péripéties pas forcément cohérent avec le thème central du film. Le film est prisonnier de son argument de véracité.

« Film historique sur la mafia, portrait de femme forte italienne ou drame familial ? Lea oscille entre les genres pour dépeindre le quotidien du crime organisé italien. »

Pour donner à LEA une ampleur de fiction, Marco Tullio Giordana semble avoir sur-investi le traitement de ses personnages. Plaçant dans leur bouche des dialogues percutants, souvent d’une intelligence comique malgré le tragique de la situation (ils ont tous un formidable sens de la répartie), choisissant une direction d’acteurs proche du théâtre populaire, le réalisateur de LEA flirte avec des modes antiques, voire peut-être une réminiscence de l’opérette italienne. Sans y voir un dispositif frontal, j’ai ressenti le découpage de chaque scène comme si elle avait été écrite pour le théâtre. Pourtant le réalisateur a apporté une grande attention aux détails : costume, accessoires, coupe de cheveux… On croit sans problème à l’existence réelle de ces personnages, même s’ils sont interprétés avec un mélange troublant de panache et d’extroversion.
Avec ce choix particulier d’un jeu à la limite de l’outrancier et un montage enlevé, LEA se révèle une expérience assez troublante : l’impression d’être entraîné dans un manège glauque, accélérant puis décélérant, puis d’en être recraché. La tête tourne un peu, on est pas totalement déçu, mais on a pas forcément envie de refaire un tour. Paradoxalement, je ne suis pas sûr d’aimer le film pour de bonnes raisons, mais ce qui s’apparentent à des défauts formels donnent finalement à l’œuvre une cohérence et une singularité.

Thomas Coispel
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