Life of silence est un court-métrage nous parlant d’homosexualité qui, d’un atour racoleur et peu convainquant, se redéfinit en cours de route comme subtil et intelligent.

Life of Silence semble d’abord nous crier haut et fort : « JE PARLE D’HOMOSEXUALITÉ« , en surlignant au jaune fluo la singularité de son histoire. Par une inutile sur-esthétisation, une allégorie pas foncièrement subtile, une représentation racoleuse de la passion. Un piano mélodramatique comme pas possible, des regards langoureux et des main-dans-la-main vraiment appuyés, une scène de sexe frontale et sans équivoque.

L’ennui est que cette ostentation tend plutôt à déréaliser ce qu’il peut y avoir de sensible, de sensuel et de sentimental dans une histoire d’amour, pour n’en garder que ce qu’il y a de racoleur. L’homosexualité ainsi montrée n’apparaît pas comme normale mais comme idéalisée, voire érigée en porte parole d’une cause – une idée à double tranchant puisqu’elle en fait finalement quelque chose de marginal. Jusque là, Life of silence peine à convaincre.

photo de Life of Silence

Puis il y a une cassure dans ce programme. Au sens émotionnel, puisque le couple se sépare subitement, puis d’un point de vue formel puisqu’un inattendu naturalisme vient remplacer la démonstration esthétique dont nous étions témoins jusque là;

Nous assistons ainsi, à une banale discussion entre une mère et son fils, l’un des garçons du fameux couple gay. Une discussion à propos de choses du quotidien (une lessive ou des courses à faire, la visite d’une jolie voisine), mais qui en filigrane laisse entrapercevoir les idées de déterminismes sexuel et/ou social, remettant alors en perspective le fantasme que nous avons [subi] quelques minutes plus tôt. Cette présentation de l’homosexualité que nous pensions racoleuse et peu crédible, nous apparaît alors plutôt comme une sorte d’exutoire à une vie relativement balisée, ou les questions d’identité sexuelle ou même d’amour hors-limite, n’ont pas leur place. Le reste du film prend ensuite un atour plus expérimental, pour explorer avec une certaine mélancolie la tragédie d’une existence où l’amour doit céder face aux conventions.

Life of silence se redéfinit à partir de cette scène, en un film suggestif et subtil, interrogeant intelligemment ce que représente réellement l’homosexualité pour les taïwanais – question qui à défaut de trouver une résonance universelle n’en reste pas moins intéressante, si tant est que l’on arrive à dépasser l’impression première.

Un court métrage à voir aux Rencontres du cinéma taiwanais, le 10 février 2017 à 21h50

 

 

[CRITIQUE] LIFE OF SILENCE (court-métrage)

0