Acacias Films

[CRITIQUE] L’IMAGE MANQUANTE

Dispositif filmique
3
Narration
5.5
Cohérence du propos
8.5
Montage
5
Informativité
8.5
Implication du spectateur
3
Note lecteurs0 Note
0
5.6

L’IMAGE MANQUANTE pose dès le départ la question de comment filmer ce qui a disparu. Souvenirs lointains ou archives lacunaires, extrêmement peu de choses semblent avoir traversé le temps. Pourtant l’Histoire a marqué le Cambodge à tout jamais, et le réalisateur Rithy Panh sera toujours porteur de cette blessure. Un récit sur une dictature absurde peut-il se faire sans image ? Au contraire des Nazis, les Khmers rouges n’ont pas archivé leurs massacres avec la même rigueur. Si les grandes réunions des cadres du parti ont bien été filmées, il n’en est pas de même pour les exactions qu’ils ont commises.

Commence un fastidieux cheminement dans la mémoire du réalisateur, pour trouver la meilleur façon d’évoquer ce passé révolu et le faire revivre grâce à des figurines de terre cuite. Unique témoin interrogé par lui-même, Rithy Panh nous livre un monologue en voix-off d’1h32, uniquement illustré par les figurines figées ou par quelques images d’archives (dont certaines déjà vu plusieurs fois). Des plans métaphoriques (le reflux de la mer, des silhouettes floues ou la fabrication des figurines) viennent donner un sentiment de rêverie à cette quête mémorielle.

« Une fois le film terminé, on se demande en quoi ce récit devait prendre nécessairement la forme d’un film. »

Une fois le film terminé, on se demande en quoi ce récit devait prendre nécessairement la forme d’un film. Son matériau est d’essence littéraire, on aurait imaginé lire ce récit plutôt que de nous être laborieusement illustré à l’aide de figurines statiques. Le projet de Rithy Panh dans L’IMAGE MANQUANTE, à l’inverse de S21, la machine de mort khmère rouge, a une très faible portée documentaire. La vertu de L’IMAGE MANQUANTE est d’apporter une synthèse informative aux spectateurs, mais le film ne propose aucun témoignage en dehors de celui du réalisateur. Force est de constater, qu’on tourne vite en rond. A l’opposé du diptyque réalisé par Joshua Oppenheimer sur les massacres en Indonésie dans les années 60, L’IMAGE MANQUANTE ne donne la parole à aucun survivant ou famille de survivant, ne cherche pas à confronter les bourreaux à leur héritage sanglant. On ne doute à aucun moment de la sincérité de Rithy Panh, mais le film manque tout simplement d’intérêt. La quête d’une « image manquante » devient très vite abstraite et déconnectée des sources historiques. Le montage passe du coq à l’âne sans véritablement marquer le spectateur.

Photo du film L'IMAGE MANQUANTE
© Acacias Films

On ne peut en aucun cas reprocher à Rithy Panh un manque de cohérence : son propos est en totale adéquation avec sa forme. Mais le résultat est tout simplement pénible à voir. Un usage des figurines sous forme d’animation aurait rendu à cette entreprise un véritable sens cinématographique. On regarde L’IMAGE MANQUANTE comme les scènes figées de Crosswind (je ne partage pas du tout l’enthousiasme de mon confrère Loris sur ce film). Le rendu esthétique ne séduit que quelques minutes, avant de laisser place à l’ennui.

Le documentaire appartient également au cinéma, il doit donc donner au spectateur l’illusion du mouvement et du temps qui passe. En se privant de ces deux dimensions, Rithy Panh reproduit inlassablement la même idée. Plus qu’une « image manquante », il nous donne à voir une image en trop.

INFORMATIONS

Affiche du film L'IMAGE MANQUANTE

Titre original : L’image manquante
Réalisation : Rithy Panh
Scénario : Rithy Panh
Acteurs principaux : La voix de Rithy Panh
Pays d’origine : France / Cambodge
Sortie : 2013 (nouvelle sortie en salle : 21/10/15)
Durée : 1h
Distributeur : Acacias Films
Synopsis :Le documentariste Rithy Panh revient sur sa jeunesse dans les camps des Khmers rouges, tentant de cerner grâce à ses souvenirs « l’image manquante » de cette époque. Au travers d’archives et de reconstitutions à l’aide de poupées d’argile, le cinéaste raconte son enfance.

BANDE-ANNONCE

Zeen is a next generation WordPress theme. It’s powerful, beautifully designed and comes with everything you need to engage your visitors and increase conversions.

Plus d'articles
L’ENNEMI, l’amour à mort – Critique