France, ouvrière, vit dans le nord de la France, à Dunkerque avec ses trois filles.
Son ancienne usine a fermé et tous ses collègues se retrouvent comme elle au chômage. Elle décide de partir à Paris pour trouver un nouveau travail. Elle va trouver un stage pour devenir femme de ménage. Assez rapidement, elle se fait engager chez un homme qui vit dans un univers radicalement différent du sien. Cet homme, Steve est un trader qui a réussi, il travaille entre la City de Londres et le quartier de la Défense à Paris.

Note de l’Auteur

[rating:4/10]

Date de sortie : 16 mars 2011
Réalisé par Cédric Klapisch
Film français
Avec Karin Viard, Gilles Lellouche, Audrey Lamy
Durée : 1h49min
Bande-Annonce :

La première raison qui me fait aller voir un film au cinéma est son réalisateur. Ici donc, malgré une bande-annonce qui laissait craindre de très grosses ficelles, la présence de Klapisch aux manettes augurait de quelques scènes finement observées derrière les clichés annoncés. Son cinéma a toujours été bourré de défauts mais son humanisme les a toujours rendus plaisants.

Le générique, à l’instar de celui de 127 Heures, fait défiler de jolies images urbaines en accéléré, aux trois quarts hors sujet. Tape à l’œil mais creux. Populaire, quoi. Et s’achève par un gâteau qu’on découpe : subtile métaphore, non ? On y trouvera également l’apparition hitchcockienne de Klapisch (on n’aura donc même pas le loisir de la guetter dans le film, ce qui aurait pu maintenir un soupçon de suspense).

L’histoire étant censée opposer le bien et le mal, ou plutôt le monde ouvrier et celui de la finance et destinée à un public large, les personnages n’ont pas été écrits avec le dos de la main morte. Le trader, forcément une crevure, est irrécupérable : requin spéculateur dont la spécialité est d’enfoncer les boites ayant des problèmes, il jette les femmes comme des mouchoirs, a un appart avec vue sur la Tour Eiffel et ne sait évidemment pas s’occuper du fils qu’il garde en alternance (quand il s’en rappelle) puisque séparé de la mère de l’enfant pour cause de connardite aigüe. Il est également fils de nazi et mange des chatons. Bon là j’en rajoute mais on a dû y échapper de peu.

Il est joué par Gilles Lellouche, parfait comme souvent. Très bonne idée monsieur Klapisch… mais elle vient de Krach, spécimen rare de thriller français réussi avec qui la comparaison sera douloureuse. La vulgarisation du monde de la bourse était une louable intention mais trop maladroitement réalisée. Ce genre de trader ne lit pas les journaux à la recherche d’entreprises sur le point de délocaliser pour se goinfrer et augmenter le malheur des ouvriers licenciés mais recherche plutôt, à l’aide d’outils purement mathématiques, des signaux d’achat ou de vente, comme Krach le montrait plus finement. Mais ici, on est dans le gros film grand public, pas le temps de parler de maths qui emmerdent tout le monde, mieux vaut mâcher le travail du spectateur et lui montrer que le boulot d’un trader, c’est de faire perdre le leur aux ouvriers.

En face, Karin Viard, toujours pleine de bonne volonté et jamais avare d’en faire trop, incarne une ouvrière au chômage à cause du requin susnommé qui, magie du cinéma, va se retrouver femme de ménage de ce dernier. Une porte ouverte ne s’enfonçant jamais seule, elle s’appelle France (sic). Très volontaire, un peu cruche : la brave femme par excellence. Le reste du casting, surtout l’entourage de France à Dunkerque, est juste digne d’un téléfilm.

Les deux extrêmes vont donc cohabiter, apprendre à se connaitre, bla bla bla… et ce qui doit arriver arrivera puisqu’il est dit depuis le début que le film devait enfiler sans surprise tout ce que la bande-annonce laissait supposer. La fin est totalement grotesque et Lellouche étant suffisamment charmeur, on a de l’empathie voire de la sympathie pour lui, ce qui provoque l’effet inverse de celui escompté : on comprend plus ses agissements que ceux de cette « saloperie de brave femme », comme dirait le Vilain Dupontel. Alors que la loi s’est rangée derrière le trader, les ouvriers crient « France, France !!!» pour la sauver… Au secours

Le naufrage total est évité par les dialogues parfois bien sentis et qui font sourire, la mise en scène de Klapisch toujours agréable formellement et sa BO (il a le chic pour choisir les bons morceaux et les faire partir au bon moment). Les intentions étaient louables mais finissent écrasées sous le manichéisme.

La phrase qui définirait le mieux le film pourrait être « fin comme du gros sel dans une poivrière à sucre » : c’est imagé, certes, marrant pourquoi pas mais surtout tellement lourd.

[critique] Ma Part Du Gâteau

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