Dans le Venise des Doges, Desdémone épouse en secret le Général de l’ile de Chypre, Othello, le Maure de Venise. Contraint et forcé par l’amour de sa fille et par la justice, son père, Brabantio, n’a pas d’autre choix que de laisser Desdémone quitter la cité italienne pour l’ile de Chypre. Mais une fois sur place, la jalousie et l’envie de Iago, enseigne d’Othello, jettent le doute dans l’esprit du Général sur la fidélité de sa nouvelle épouse.

Plutôt dubitative et hésitante sur le film après son visionnage, je n’ai pas réussi à comprendre mes réticences et mes interrogations. J’étais à la fois obnubilée par la beauté de certains plans, émerveillée par la qualité de certaines idées de mise en scène mais aussi gênée par une « absence » de cohésion de l’oeuvre et le manque du coup de pinceau génial d’ Orson Welles. Des recherches se sont révélées indispensables et utiles pour comprendre mes reproches  et mon embarras face à ce que je considère comme une oeuvre à part dans la filmographie du grand Welles.

Photo du film OTHELLO

Cette version d’OTHELLO est la seconde adaptation shakespearienne du réalisateur après Macbeth, et la troisième version de l’adaptation cinématographique d’ Othello (la première muette est réalisée en 1922 par Dimitri Buchowetzki, la seconde date de 1946 par David Mckane). Ces premières adaptations auraient du ouvrir en grand les portes des maisons de production et des studios de cinéma (l’existence de ces multiples adaptations n’est il pas un gage de qualité de la pièce et d’expérience du réalisateur ?). C’est pourtant l’inverse qui se produit. Connu pour ses « excentricités » et ses rêves de réalisateur, les américains ferment les portes des studios à Orson Welles. Quelle importance ? Le metteur en scène se dirige vers l’Europe pour réaliser son projet. Mais sur place rien ne se passe comme prévu. Alors que le tournage débute, les producteurs décident de l’interrompre pour « manque » de ressources financières à deux reprises. Prêt à tout pour donner vie à son projet Orson Welles retourne pendant ces interruptions aux États-Unis pour faire l’acteur (Le troisième homme, Échec à Borgia, La rose noire). Aussitôt les cachets encaissés aussitôt dépensés pour les besoins de la production d’ OTHELLO. Trois ans sont au final nécessaire pour réaliser cette œuvre herculéenne.

Ce contexte influence du premier au dernier plan cette version d’ OTHELLO. Foisonnant d’idées de mise en scène originales et impressionnantes, Orson Welles les perd en cours de route. Commençant l’œuvre par de larges plans esthétiquement irréprochables, le réalisateur les resserre petit à petit comme l’étau du piège tendu à Othello par Iago. Perdus dans les immensités des décors, les personnages ne voient pas les plus infâmes et basses manipulations du plus parfait des « méchants » de la littérature et du cinéma : Iago. Alors que notre respiration s’accélère au gré des manigances de Iago, que notre rythme cardiaque se précipite avec ces plans de plus en plus serrés qui nous immergent progressivement dans le cerveau diabolique de Iago et la naïveté coupable d’Othello, les plans d’Orson Welles s’élargissent à nouveau nous éloignant du coeur de l’intrigue pour nous perdre dans les lignes architecturales sublimes du décor. Cette distanciation si soudaine avec les personnages, leurs desseins et leurs sentiments nous prive d’une partie du film. La partie qui nous bouleverse au plus profond de notre être, de nos entrailles et de notre cœur. La magie s’évapore.

« Œuvre herculéenne de persévérance et d’obstination, OTHELLO ne peut être qu’une réussite par son aboutissement et qu’un échec par son incohérence. »

Merveilleux par ses décors, ses lignes rectilignes et envahissantes qui affluent à l’image, charismatique par son casting irréprochable qui livre des performances majestueuses, OTHELLO d’Orson Welles n’en est pas moins une petite déception. La patte de génie du réalisateur s’est perdue dans la durée du tournage. Les idées de mise en scène, toujours novatrices et originales, s’éparpillent sur l’ensemble du film sans trouver une cohésion d’ensemble parfaite qui donnerait à l’œuvre son statut de chef-d’œuvre.

OTHELLO est chroniqué par Marie dans le cadre d’une rétrospective consacrée à Orson Welles par l’Institut Lumière, du 3 juin au 12 juillet 2015

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INFORMATIONS

Affiche du film OTHELLO

+ Rétrospective Orson Welles

• Titre original : Othello
• Réalisation : Orson Welles
• Scénario : Orson Welles et Jean Sacha d’après l’œuvre de William Shakespeare
• Acteurs principaux : Orson Welles, Michael McLiammoir, Robert Coote, Suzanne Cloutier, Hilton Edwards, Niholas Bruce, Michael Laurence, Fay Compton
• Pays d’origine : Français, Italien, marocain, américain
• Sortie : 19 novembre 1952
• Durée : 1h35min
• Distributeur : Carlotta Films
• Synopsis : À Venise, des noces ont lieu en secret entre le Maure Othello, général vénitien estimé par ses pairs, et la belle Desdémone, fille du sénateur Brabantio. Au fond de l’église, deux hommes se tiennent en retrait : il y a là Iago, l’officier d’Othello qui voue à son supérieur une haine incommensurable, et Roderigo, amoureux éperdu de Desdémone. Après leur union, Othello s’en va combattre la flotte turque, puis retrouve sa femme sur l’île de Chypre où il est nommé gouverneur. Le fourbe Iago est alors résolu à détruire le bonheur des jeunes mariés et va pour cela s’employer à manipuler leur entourage…

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