PÉPÉ LE MOKO, merveille visuelle – Critique

Nous l’avons vu à maintes reprises, Julien Duvivier accorde une importance primordiale à ses décors et aux ambiances qu’ils transmettent. Que ce soit l’Espagne, ou le Paris d’avant-guerre, il sait mettre en valeur les lieux par sa maîtrise technique et sa mise en scène. Avec PÉPÉ LE MOKO, il atteint cependant une maturité totale dans ce domaine, et ce dès les premières minutes ; le cadre algérien est posé en quelques séquences, et il va tirer vers le haut un film majeur dans le cinéma français et la filmographie de son réalisateur. La puissance d’un casting irréprochable, avec une nouvelle fois un Gabin dirigé d’une main de maître, et d’un cinéaste dont le style s’affirme toujours plus, achèvent de faire de cette œuvre un incontournable.

Disons-le d’emblée ; PÉPÉ LE MOKO est probablement parmi les meilleurs films qu’ait réalisé Julien Duvivier. Il suffit, pour s’en convaincre, de s’immerger totalement dans la formidable proposition d’atmosphère que nous livre le réalisateur ; plaçant son film dans un décor de kasbah dans laquelle règne une bande de voyous sans foi ni loi dirigée par un Jean Gabin une nouvelle fois admirable, le metteur en scène transforme les lieux en une sorte de labyrinthe sinueux, capte toute l’atmosphère du pays d’Alger, sans chercher à éviter un petit côté carte postale loin d’être déplaisant. Rarement l’exotisme n’aura été aussi bien retranscrit à l’écran. Dans un cadre aussi bien utilisé, le scénario de Duvivier prend un intéressant parti pris ; il assume tous les clichés dans la caractérisation et dans les actions. Et cela est d’une étonnante pertinence, permettant au cinéaste de raconter son histoire en toute simplicité. Il n’en faut pas plus, d’autant plus que les dialogues sont tous écrits à la perfection, bien plus encore que dans les précédents Duvivier.

La fidélité quasi-documentaire et le profond amour que semble éprouver le metteur en scène pour la kasbah algérienne transpire aussi à travers sa réalisation plus admirable que jamais. Merveille visuelle, PÉPÉ LE MOKO est pour l’instant le film le plus maîtrisé de Julien Duvivier, celui où la célèbre exigence technique du cinéaste prend tout son sens. A travers une photographie à tomber et un découpage faisant des lieux une succession de labyrinthes sinueux parmi lesquels se trouvent quelques grands espaces, le réalisateur crée à la fois une chaleur étouffante et quelques séquences d’un onirisme très appréciable, jusqu’à cette fin tragique d’une beauté ahurissante. Rendant totalement justice à son casting, Julien Duvivier crée une galerie de personnages attachants et parvient à les faire vivre en quelques plans. Un tour de force qui place l’œuvre de l’artiste à un niveau que je n’aurais pas soupçonné avant de m’y attaquer.

Le réalisateur crée une chaleur étouffante et quelques séquences d’un onirisme très appréciable, jusqu’à cette fin tragique d’une beauté ahurissante.

Il est possible de considérer PÉPÉ LE MOKO comme un film concentrant toutes les qualités cinématographiques de son auteur au profit de l’ambiance. Les dialogues, la technique, les compositions, rien n’est laissé au hasard. Le film reste en tête pour son atmosphère mais aussi pour ses personnages. Décidément, Julien Duvivier est un metteur en scène exceptionnel, et je ne peux que vous conseiller de vous jeter sur cette restauration.

Louis

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Rédacteur depuis le 12.07.2014
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