[critique] Slumdog Millionaire

Jamal Malik, 18 ans, orphelin vivant dans les taudis de Mumbai, est sur le point de remporter la somme colossale de 20 millions de roupies lors de la version indienne de l’émission Qui veut gagner des millions ? Il n’est plus qu’à une question de la victoire lorsque la police l’arrête sur un soupçon de tricherie.
Sommé de justifier ses bonnes réponses, Jamal explique d’où lui viennent ses connaissances et raconte sa vie dans la rue, ses histoires de famille et même celle de cette fille dont il est tombé amoureux et qu’il a perdue.
Mais comment ce jeune homme est-il parvenu en finale d’une émission de télévision ? La réponse ne fait pas partie du jeu, mais elle est passionnante.

Note de l’Auteur

[rating:3/10]

Date de sortie : 14 janvier 2009
Réalisé par Danny Boyle
Film américain, britannique
Avec Dev Patel, Mia Drake, Freida Pinto
Durée : 2h00min
Titre original : Slumdog Millionaire
Bande-Annonce :

Ma première expérience avec le cinéma de Danny Boyle se fit au travers de Petits Meurtres Entre Amis (1994), petit bijou engagé (sens cinématographique, non politique !) au scénario cisaillé avec une précision chirurgicale. Ce métrage dévoilait les capacités d’un nouveau réalisateur ; Trainspotting (1996), diatribe envers une certaine jeunesse héroïnomane, viendra confirmer ce talent.

La suite s’avère moins concluante, avec des essais non transformés, et cet intérêt croissant pour des aventures épiques futuristes, au style assez formaté. Partir à l’aventure est louable, s’éloigner des critères fondamentaux qui font la qualité d’un film devient suicidaire !

Avec ce Slumdog Millionaire, Danny Boyle prend d’assaut les banlieues miséreuses d’une mégalopole indienne pou réaliser une chronique tiers-mondiste (il existera toujours une minorité pour exploiter la pauvreté d’une majorité, ceci est écrit dans l’Histoire Monsieur Boyle – it is written !).
Fort de ses huit Oscars, cette reconnaissance ‘suprême’ présageait du meilleur, et du meilleur il n’en a absolument rien été, ce fut au contraire le pire !

Le scénario nous contraint à croire à ces coïncidences qui vont au-delà de toute compréhension humaine, le comble du ridicule étant atteint lors de l’épisode du petit enfant en Dieu Rama ! On ne frôle pas le ridicule, on nage en plein dedans !
Danny Boyle utilise l’ellipse temporelle, la vie des deux enfants est transposée sur 3 périodes différentes, le clou du spectacle se situe dans la deuxième, lorsque les deux chérubins parlent un anglais digne d’étudiants en interprétariat (rappelons qu’ils viennent d’un bidonville, qu’ils ne savent ni lire ni écrire !). Nous ne somme plus dans le ridicule, mais dans un foutage de gueule indécent ! Oui, j’oubliais, ce sont de vrais petits guides touristiques, aussi !
Ces invraisemblances scénaristiques décrédibilisent ignoblement le ‘scénario’, Danny Boyle jette en pâture ces deux gamins sans aucune approche de fonds, utilise les clichés habituels de la pauvreté, de l’exploitation en termes d’images chocs, mais quid de la genèse de cette situation ?
Danny Boyle
ne nous épargnera pas non plus ce manichéisme estampé hollywoodien, cette lutte primaire du bien contre le mal.

Esthétiquement surfait, angéliquement sur-stylisé, on se croirait parfois dans un film New Age pour ados pré-pubères. Ses effets n’arrivent même pas à convaincre, ce plongeon de Jamal dans le caca est d’une bouffonnerie nauséabonde ; la scène de la baignoire avec ces liasses d’argent est d’une médiocrité abyssale (pourquoi Salim ne fuit-il pas ?!) ; la réponse laissée sur la glace embuée des toilettes est d’un prévisible absolu ; la scène du pourboire de 100 Dollars est d’une mièvrerie débile !
Cette surenchère d’effets et d’invraisemblances provoque des aigreurs d’estomacs à n’en plus finir, STOP !

Encensé par une critique quasi unanime, bien-pensante et conformiste, Slumdog Millionaire recueillera la consécration de ses pairs, cette Académie prestigieuse, qui lui décernera, entre autres, l’Oscar du Meilleur Film (en compétition avec notamment The Reader, Harvey Milk et Frost / Nixon – L’Heure De Vérité). Cette récompense constitue un parjure de la plus vile espèce, et institutionnalise une frange croissante de cinéastes investis d’une seule mission : faire de pognon au mépris de l’intelligence du spectateur !
Souvenons-nous qu’un film aussi profond et sincère que Salaam Bombay ! (Mira Nair), traitant du même sujet, n’ait même pas obtenu l’Oscar du Meilleur Film étranger en 1989 : incohérence, corporatisme, incompétence, tricherie ? Faites votre choix, il vous reste un appel a l’aide… Celui du public !

  1. Perso j’ai bine aimé le film. Ce n’est certainement pas le meilleur de Danny Boyle mais je l’ai trouvé plutôt bien réalisé… Je vis à Bombay depuis bientôt deux ans et je peux vous dire qu’ici le film a reçu un accueil absolument désastreux. La première critique fendant l’air étant celle du parfait anglais que parlent les deux frangins… Pourtant je peux vous dire que j’en ai croisé des gamins qui n’ont pas l’air comme ça mais qui parlent rudement bien l’anglais… Je me suis fait avoir avec une bouteille d’eau au bouchon recollé, j’ai vu les gangs de gosses-mendiants – souvent avec des handicapés aux croisements des rues, je vois chaque jour le comportement des policiers… Non, franchement, la vision que porte Danny Boyle sur Mumbai est très réaliste et ses personnages sont bien élaborés. Ensuite tout le monde à craché sur l’histoire du film. Je pense que le problème vient du fait que le film navigue entre deux eau. Moi je lai vu comme un conte pour adultes (pas porno, hein). Je veux dire quele film raconte simplement comment le prince a retrouvé la princesse, avec une part de vraissemblable et une part de fantasme… Comme dans une légende. Et comme le sont beaucoup de contes et légendes, Slumdog n’est ni plus ni moins qu’une parabole de la vie. Au final, j’ai trouvé le film très positif. Contrairement à beaucoup d’Indiens gravitant dans la sphère Bollywoodienne, je n’ai pas trouvé que Danny Boyle tombait dans le misérabilisme. Au contraire il montre que savoir tirer profit de chaque expérience que la vie nous fait traverser est la clé pour trouver le bonheur. Et il a raison. J’ai constaté qu’ici en Inde les plus pauvres ne sont pas toujours les plus malheureux.

    0
    0
  2. @ The Photographer

    Je rebondis sur ton argument concernant l’anglais: je veux bien faire preuve d’une largesse d’esprit phenomenale quand Jamal et Salim parlent un anglais presque ‘fluent’ lorsqu’ils s’adressent a des touristes US en mal d’exotisme, je veux bien…mais la ou Boyle fait a mon sens une grave erreur, (une digression scenaristique digne d’un amateur), c’est lorsque Jamal et Salim, deuxieme generation, parlent entre eux l’anglais…Boyle deshumanise completement ses deux personnages, les expurge de leur propre culture, de leurs racines, Dieu sait si la langue maternelle est un ancrage essentiel lorsque de tels themes sont abordes, je l’ai vecu comme une trahison par rapport a ses deux ‘heros’, sont-ce les reminiscences d’un colonialisme toujours bien present dans certaines pratiques, ou n’est-ce que du lobbying strictement commercial?

    0
    0
  3. Oui, tu as raison sur ce point mais il faut le nuancer. De ce que j’ai constaté ici, les gens d’une même famille, lorsqu’ils sont entre eux, parlent leur langue maternelle – souvent entrecoupée de mots anglais. Le problème c’est qu’en Inde, l’hindi est certe la langue nationale mais une grande majorité de gens parlent le dialecte de là où ils viennent. Du coup, dans le film l’hindi en tant que langue d’échange entre Jamal et son frère semble tout aussi mal choisie que l’anglais. Très peu de gens ont l’Hindi pour langue native et la plupart de ceux qui le parlent « naturellement » sont éduqués. En admettant que les deux frangins et leur famille soit originaire de Bombay même, il devraient parler marathi.

    Cela dit, je te rejoins tout de même et j’aurais trouvé plus réaliste que les scènes où les deux frères parlent ensemble soient dans un dialecte particulier et sous-titré (j’ai écrit et réalisé un court métrage à Bombay et c’est cette formule que j’ai adopté).

    Enfin, il me semble que le film a été tourné en Hindi, puis doublé en anglais, ou le contraire, quoi qu’il en soit les deux versions éxistent mais je n’ai vu que l’anglaise. Je ne sais donc pas si sur ce point le film est plus crédible en hindi.

    0
    0
  4. As-tu vu le docu-film ‘Born Into Brothels’?! Si oui, je suis curieux de connaitre ton ressenti par rapport a ce pays que tu parais bien connaitre!

    0
    0
  5. Comme tu m’as mis l’eau à la bouche, je me suis empressé de trouver ce documentaire, je viens de le voir, je l’ai trouvé très fort… Il aborde des thèmes qui me sont très chers : l’enfance, l’éducation et l’évolution de notre société. Le par le biais de la photographie. Très fort ! Ca m’a fait penser à Between The Lines, un documentaire sur les hijras (transexuels) de Mumbai.

    J’ai rédigé une petite critique sur le film dans le forum : https://www.leblogducinema.com/forum/viewtopic.php?f=10&t=126

    Enfin, merci beaucoup de m’avoir conseillé ce film que je ne connaissait pas du tout, je l’ai trouvé vraiment passionnant et pertinant. Dernier point intéressant, il semblerait que la réaction de la communauté indienne à son sujet soit à peu près la même que pour Slumdog… Comme quoi : autre endroit, autre vie, autres vues.

    0
    0
  6. Heureux que tu aies apprecie, je trouvais effectivement l’approche par le biais de la photographie interessant (renvoi de son image, etc..).
    Concernant le « rejet » de la communaute indienne, que ce soit pour Slumdog ou Brothels, je pense que c’est inherent au fait que ces films soient realises par des ‘etrangers’, et non par des autochtones pure souche (Salaam Bombay a recu un tres bon acceuil, realise par une hindoue Mira Nair!), surement un rejet communautariste s’agissant de themes difficiles abordes par des Occidentaux…peut-on leur en vouloir…j’irai voir ta critique sur le Forum!

    0
    0
  7. Non, on ne peut pas leur en vouloir et on ferait même bien de garder nos leçons de morale (occidentale) pour nous même. Nos ancêtres ont une grande part de responsabilité dans tout ça et notre propre génération est bien trop contente de faire du business avec des pays émergeants tels que l’Inde. Pour de l’argent on se contente au mieux de fermer les yeux et au pire d’exploiter la situation… Bref, on a pas de quoi être fiers.

    Pour en revenir au film, malgré les critiques émise par certains locaux, je pense que Zana Briski était sincère dans sa démarche (d’ailleurs c’est curieux mais mon court métrage traite justement de cette frontière qu’il y a entre l’information et le business pur et dur).

    0
    0
    1. Pas tout à fait d’accord. J’ai mal placé ma réponse à votre commentaire, en le plaçant en réponse à un autre de vos commentaires. Vous le retrouverez facilement sur cette page :-)

      0
      0
  8. Je te rejoins 100%! Dans cet ordre des choses, si tu n’as pas deja vu, je ne peux que te conseiller un doc absolument ahurissant, Le Cauchemar de Darwin…et un livre (apres j’arrete de t’embeter!), Le Temps Scelle, d’Andrei Tarkovski, veritable testament sur sa profession de cineaste, et veritable decryptage de l’ame humaine!

    0
    0
  9. Le docu j’en ai déjà entendu parler, il faut que je le trouve. Quant au livre je te remercie, je viens juste d’en finir un (Doctor No, Ian Fleming… Je me suis dit « tiens ça ressemble à quoi James Bond en bouquin » mais c’est pas le sujet). Je suis donc en quète de mon prochain compagnon d’insomnies ;)

    0
    0
    1. « Non, on ne peut pas leur en vouloir et on ferait même bien de garder nos
      leçons de morale (occidentale) pour nous même. Nos ancêtres ont une
      grande part de responsabilité dans tout ça et notre propre génération
      est bien trop contente de faire du business avec des pays émergents
      tels que l’Inde. Pour de l’argent on se contente au mieux de fermer les
      yeux et au pire d’exploiter la situation… Bref, on a pas de quoi être
      fiers. » : Euh… Je ne vois vraiment pas pourquoi je devrais être tenu pour responsable des actes de nos ancêtres, surtout qu’a priori mes ancêtres n’ont jamais eu quoi que ce soit à voir avec l’Inde, et que l’époque était totalement différente, la juger au regard de notre morale actuelle est un anachronisme. C’est bizarre cette mode de repentance qui sévit en ce moment. Une repentance légère, je veux bien, il faut toujours compatir avec les victimes, cela s’appelle l’humanité, la fraternité, l’empathie, et cette capacité de nous remettre parfois en cause, de douter de notre comportement, est aussi une de nos qualités. Mais il ne faut pas non plus exagérer notre sentiment éventuel de culpabilité, je pense…

      0
      0

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Zeen is a next generation WordPress theme. It’s powerful, beautifully designed and comes with everything you need to engage your visitors and increase conversions.

Plus d'articles
MICHEL-ANGE, cathédrale de mise en scène – Critique