Affiche du film TAXI DRIVER

Synopsis : Vétéran de la Guerre du Vietnam, Travis Bickle est chauffeur de taxi dans la ville de New York. Ses rencontres nocturnes et la violence quotidienne dont il est témoin lui font peu à peu perdre la tête. Il se charge bientôt de délivrer une prostituée mineure de ses souteneurs.

Note de l’Auteur

[rating:9/10]

Date de sortie : 2 juin 1976
Réalisé par Martin Scorsese
Film américain
Avec Robert De Niro, Jodie Foster, Harvey Keitel
Durée : 1h55min
Bande-Annonce :

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=BC-FCb_Izzo[/youtube]

Martin Scorsese fait partie de ceux vivant à l’ombre de leur propre icône, de ceux dont on dit « qu’il n’est plus besoin de les présenter ». Avant d’être une figure imposante et incontournable du cinéma américain, Scorsese est ce réalisateur d’un talent dingue et révélateur d’acteurs et d’actrices géniaux. Taxi Driver est la deuxième rencontre cinématographique de Scorsese et de celui qui deviendra son alter ego dans le champ, Robert de Niro. Le film remporte la Palme d’Or à Cannes en 1976 et reçoit 4 nominations majeures aux Oscars. Enfin, dernier élément d’avant-propos (fondamental pour s’approprier le film) Taxi Driver est l’adaptation de La Prisonnière Du Désert de John Ford (1956).

Photo (1) du film TAXI DRIVER

Scorsese pulvérise le mythe national du melting-pot, du « faire-nation ».

Le point commun principal des deux films est assurément la figure du vétéran. Lorsque John Wayne campait un ancien combattant de la Guerre de Sécession (côté confédérés), De Niro est un ancien du Viêt Nam. Scorsese est radicalement plus âpre que Ford. Insomniaque et drogué médicamenteux, Travis Bickle est chauffeur de taxi de nuit dans New York. Il déambule littéralement dans les différentes couches sociales des Etats-Unis d’alors.

Nous retrouvons en Taxi Driver l’une des obsessions de Scorsese : comment s’est constituée la Nation américaine ?

C’est ici que le génie véritable de Scorsese opère. Robert De Niro campe un jeune homme perdu et à fleur de peau. Le réalisateur plombe de silence le sujet de la guerre du Viet Nam, tant est si bien qu’elle est présente à chaque plan. Scorsese pulvérise le mythe national du melting-pot, du « faire-nation ». La violence apparait comme seul ciment de la Nation américaine (à titre d’illustration, revoir le dernier plan de Gangs Of New York). Le vétéran est symptomatique d’une société à la fois bercée d’une violence absolue et d’une mythologie du héros cowboy/marines. Une société aussi frustrée, inégalitaire et multiraciale que le New York des années 70 est dans l’incapacité de constituer une nation pacifiée. On devine dès lors le bain de sang final.

Photo (2) du film TAXI DRIVER

Davantage que la scène (trop ?) célèbre You talkin’ to me ?, nous préférons celle de la rencontre d’un candidat aux présidentielles et du chauffeur de taxi. Bien qu’en contact visuel permanent par le rétroviseur, un monde les sépare. Le politicien, représentant du peuple, prendra peur de l’extrême violence et frustration dudit peuple. Il faudra aux politiques nier ce qu’est le peuple américain pour l’amener à évoluer. Martin Scorsese emploie son plus grand talent pour rendre compte du gouffre séparant le roman national de la réalité.
Scorsese clôt son film en une séquence qui n’en finit pas d’opposer les critiques. Assistons-nous à la réalité ou au fantasme de Travis ? Finalement, peu importe. Scorsese y démonte la figure du héros américain, surtout basée sur une justice individuelle et violente.

Il y a tant à dire sur ce film qu’une critique est surtout un exercice de frustration. Nous pouvons prolonger le propos en commentaires, notamment la place de la télé, des médias en général, la solitude, l’amoralisme scorsesien, la sexualité, la deux figures de Travis (à la fois cowboy et iroquois), la méthode de montrer la grande Histoire par la petite histoire…

[critique] Taxi Driver

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