Expert dans ce que l’on appelle le cinéma d’anticipation, Andrew Niccol revient avec un nouveau projet qui n’est pas sans rappeler le magnétique Bienvenue A Gattaca. Imaginez un monde où l’on ne sait jamais si nous serons vivants à la fin de la journée. Imaginez un monde dans lequel le temps a remplacé toutes formes de monnaies, un monde où chacun travaille pour survivre, un monde où l’on ne vieillit plus à partir de 25 ans. Bienvenue dans Time Out. Il faudra faire le tri pour apprécier à sa juste valeur un film d’anticipation divertissant mais qui ne possède pas la force de ses aînés.

Critique ouverte d’une société perdurant grâce aux inégalités sociales, Time Out exploite merveilleusement sa forme pour traiter habilement le fond. Les dialogues s’adaptent judicieusement à l’importance du temps dans cette société délimitée par des « péages du temps », l’arrêt de la vieillesse à 25 ans donne naissance à des séquences très imaginatives (la présentation de la famille Weis restera mémorable) et cette pensée folle d’immortalité propre à l’Homme revient de plus belle. En fait Niccol a su transformer un concept darwinien (l’évolution des espèces) en une course-poursuite contre la montre à travers un couple inattendue car socialement opposé qui emprunte avec intelligence à ses modèles comme Robin Des Bois, Le Riche Et Le Pauvre ou encore Bonnie And Clyde avec lequel il possède de nombreux points communs. Ajoutons à cela une photographie pertinente et Time Out apparaît comme une belle réussite.

Il faudra faire le tri pour apprécier à sa juste valeur un film d’anticipation divertissant mais qui ne possède pas la force de ses aînés.

Malheureusement c’est du côté du rythme et de l’action que Time Out laisse apparaitre ses limites. Plutôt radin en scènes mouvementées, Andrew Niccol ne semble jamais vraiment savoir sur quel pied danser. Faire un film indépendant et donc se fermer les portes de nombreuses entrées en salles ou faire un film grand public quitte à édulcorer le propos ? Telle est la véritable question à propos de ce film. Là où un film comme Bienvenue A Gattaca avait réussi le pari osé d’avoir ce petit côté avant-gardiste et intimiste tout en étant compréhensible au plus grand nombre, Time Out se perd dans ce manichéisme propre aux blockbusters américains. Et le casting est à l’image de ce constat. Les têtes d’affiches ont clairement été mises en avant grâce à leur plastique et leur popularité (bien que je concède volontiers que Justin Timberlake n’a pas à pâlir de sa prestation) et les seconds couteaux (Cillian Murphy et Vincent Kartheiser)apparaissent comme des choix très judicieux. Les très/trop rares scènes dynamiques manquent le coche avec des effets visuels décevants (la course-poursuite molle se finira en un accident aux ficelles plus qu’énormes). C’est là que l’on sent la pression de producteurs ayant sans doute poussé Andrew Niccol à incorporer de l’action dans un film qui n’en avait nullement besoin.

Au final, il faudra faire le tri pour apprécier à sa juste valeur un film d’anticipation divertissant mais qui ne possède pas la force de ses aînés.

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