[CRITIQUE] WILLY 1ER

WILLY 1ER
• Sortie : 19 octobre 2016
• Réalisation : Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma, Marielle Gautier, Hugo P.Thomas
• Acteurs principaux :Daniel Vannet, Noémie Lvovsky
• Durée : 1h22min
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Note du rédacteur

Sélectionné à l’ACID au Festival de Cannes 2016, WILLY 1ER  a été présenté au Festival international du film de La Rochelle, en présence du quatuor de jeunes réalisateurs. Les jumeaux Ludovic Boukherma et Zoran Boukherma, Marielle Gautier et Hugo P.Thomas se sont librement inspirés de la vie de Daniel Vannet (qui interprète Willy) rencontré grâce à un documentaire sur l’illettrisme. Autant prévenir de suite : on a adoré le film ! Une pépite de tendresse, drôle, émouvant et surprenant.

Les jumeaux et leur opposition ont souvent inspiré le cinéma, de Faux Semblants  (1988) de David Cronenberg au récent Legend de Brian Helgeland. Mais même si Daniel Vannet n’a pas de jumeau, la gémellité est un thème que les réalisateurs ont souhaité creuser de manière originale, par le biais du manque. A cinquante ans, Willy ne s’était jamais posé trop de questions jusqu’au décès de son frère Michel. Ils étaient ensemble, et puis c’est tout. Willy pensait qu’ils étaient heureux. Son absence soudaine va bouleverser l’équilibre protecteur dans lequel il était maintenu. Car Willy, comme le dit son père, est fragile.

Photo du film WILLY 1ER

Willy est encouragé à être plus autonome par Catherine (Noémie Lvovsky, aussi touchante que dans Rosalie Blum), sa curatrice. Il refuse de quitter ses parents pour aller dans un centre spécialisé. Déterminé, il se fixe alors des objectifs crescendo : « À Caudebec, j’irai. Un appartement, j’en aurai un. Des copains, j’en aurai. Et j’vous emmerde ! ». Le film raconte la façon dont il s’y prend pour chacune de ces étapes. Willy est un grand enfant dans un corps d’adulte, qui s’exprime sans filtre. Sachant à peine écrire, il ne connaît pas les codes d’une vie sociale dite « normale ». Il va connaître pour la première fois la solitude et la tristesse, car Michel était sa béquille, son autre moitié, son double. Il va donc se confronter, espérer, se tromper, être humilié, souffrir. Il va faire l’apprentissage de la vie et s’y faire une place. Il apprendra, parfois à ses dépends, à choisir ses vrais amis, à dire ce qu’il pense, à s’excuser aussi. Et il sera le roi de son nouveau monde.

Les réalisateurs de WILLY 1ER ne jugent jamais leur héros et ne se contentent pas de le mettre dans la case du simplet ou du handicapé. Jamais ils ne se moquent de son attachante naïveté. Leur regard est bienveillant. Certes un peu brut de décoffrage, Willy est très instinctif et trouve souvent les autres plus « maboules » que lui. Jamais dans la plainte, il est dans l’action et a la volonté de parvenir à son but.

« Première œuvre réussie, Willy 1er est une pépite de tendresse drôle, émouvante et surprenante ! »

Par l’image et les effets kitsch à souhait, on se plonge avec plaisir dans l’expérience de Willy et la découverte de sa capacité d’humanité. Les décors renvoient en effet à la misère sociale et à la précarité dans lesquelles vivent Willy et sa famille. On voit sur certains des compagnons de Willy les dégâts provoqués par l’alcool et la vacuité de leur existence. Mais pour autant, les réalisateurs ont relevé la gageure de ne pas faire dans le misérabilisme ni de définir le film comme une simple comédie sociale. On est d’ailleurs loin de Moi, Daniel Blake de Ken Loach, qui reçu la Palme d’or à Cannes cette année.

La vision de l’âme de Michel qui continue à accompagner Willy en parallèle et à veiller sur lui est une jolie trouvaille, qui renforce ce sentiment de douceur et de mélancolie. Le film n’est pas linéaire et amène le spectateur par surprise sur un chemin insoupçonné, à la lisière de la tragédie et du drame. WILLY 1ER oscille entre plusieurs genres et maintient le spectateur sur le qui vive. C’est suffisamment rare pour être souligné. Pour une première œuvre, WILLY 1ER est un coup de maître.

Sylvie-Noëlle
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Le festival international du film de La Rochelle

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