Photo du film IMPARDONNABLE
Crédit : Netflix

IMPARDONNABLE, un drame prenant mais inégal – Critique

Paul Rédacteur

Thriller aux faux airs de drame social, casting alléchant et trame finissant par être à bout de souffle, IMPARDONNABLE de Nora Fingscheidt interpelle par la performance bluffante de Sandra Bullock, dans la peau d’une ex-détenue en réinsertion.

Après Bird Box, l’un des films à succès les plus retentissants de Netflix, le retour de Sandra Bullock, figure star et fier emblème de la plateforme, était extrêmement attendu. Mêmes producteurs et même actrice phare, les exigences étaient nombreuses pour IMPARDONNABLE, film sorti sur la plateforme le 10 décembre et imaginé auparavant sous forme de mini-série.

Dans IMPARDONNABLE, Sandra Bullock incarne Ruth, ex-détenue tout juste libérée après avoir purgé une vingtaine d’années de prison. Tenue responsable du meurtre d’un policier, elle va tenter de retrouver sa petite sœur, placée en famille d’accueil, qu’elle n’a pas revu depuis le drame. Bien que son acte irréparable la condamne à être une “tueuse de flic” à vie, sa rédemption est nécessaire pour avoir une chance de repartir de l’avant et de retrouver sa seule famille. Les conséquences d’un tel acte sont nombreuses, IMPARDONNABLE déroule son récit avec comme questionnement perpétuel : peut-on se faire pardonner par ses proches si toute la société n’est pas encline à le faire ?

© Netflix

Une puissance émotionnelle

Dès le début du film, Nora Fingscheidt parvient à mettre en scène des sujets forts avec beaucoup d’impact. Le personnage de Ruth est complexe : il est partagé entre son passé et sa quête de rédemption, déchiré également par le fardeau qu’il porte et qui l’enfonce encore plus bas dans sa reconstruction. Les flashbacks, qui permettent au spectateur de comprendre le passé du personnage, sont très bien intégrés au récit présent, sans en altérer la continuité. La culpabilité, le pardon, le sacrifice, la réintégration sociale, tous ces thèmes pèsent sur les épaules du personnage, et cela, dès le début du film, car son nouveau départ nous est dès lors présenté comme perdant. 

Ce personnage de Ruth est porté de bout en bout par une Sandra Bullock tout simplement bouleversante. L’actrice continue à prendre des risques et n’en reste pas moins crédible dans tous les genres, étant déjà passée par des comédies et des films romantiques (The Blind Side (2010), La Proposition (2009)). Ici, elle incarne à la perfection ce personnage déterminé et toujours digne dans la souffrance. Sa capacité à traduire cette douleur intérieure est d’autant plus impressionnante que l’actrice reste dans un jeu sobre, parfaitement dosé. Tout simplement habitée par ce rôle, elle donne une puissance d’autant plus importante à ce personnage d’ex-taularde.

Grâce à une écriture assez radicale, on devine qu’il y a une vraie volonté de créer un lien fort entre le spectateur et le personnage de Ruth. Et bien qu’il y ait cet effort pour créer cet attachement, il n’y a pourtant que très peu d’efforts pour rendre le personnage sympathique. On ne la voit finalement que comme une meurtrière favorisée qui ne fait rien pour embellir son statut. En prenant parti du côté d’un personnage qui ne cherche en aucun cas à se faire pardonner, le film alimente son côté dramatique mais perd quelque peu en rationalité.

Dans la forme, radical et peu subtil

Le problème avec IMPARDONNABLE, c’est que l’ensemble va trop vite. Beaucoup d’idées intéressantes pour un format trop court de film, on se retrouve avec beaucoup de sujets survolés, évoqués les uns après les autres avec une fluidité peu naturelle. Le rythme très soutenu ne colle pas avec le pathétique que devrait inspirer une histoire de rédemption. Le temps manque et les rebondissements arrivent trop vite, avant même qu’on comprenne pourquoi le personnage de Ruth a tout perdu. 

© Netflix

D’autre part, l’intrigue a la fâcheuse tendance à servir uniquement le personnage principal. Le manque de temps provoqué par le changement de format (mini-série à film) met les personnages secondaires en arrière-plan, alors que ceux-ci ont pour beaucoup un rôle qui devrait être beaucoup plus central. Ces personnages pourraient avoir des rôles forts avec un fort potentiel, ils sont portés à l’écran par des acteurs grandioses à l’image de Viola Davis ou Richard Thomas. La plupart d’entre eux ont une unique scène marquante où l’on constate l’étendue de leur talent, puis ils disparaissent progressivement au profit du récit. On a un rationnement maximal de l’intrigue, on supprime tous les détails pour ne laisser que la trame principale..

Les intrigues secondaires sont insignifiantes à l’image de certains personnages qui devraient avoir une place beaucoup plus importante dans l’histoire (Aisling Franciosi, personnage clé, apparaît comme une caricature d’une adolescente échappée d’un téléfilm). Ces péripéties annexes sont souvent clichées et ne servent finalement que d’éléments déclencheurs pour la suite. En bref, un gâchis problématique et un manque de profondeur.

Le récit tient tout de même la route car la volonté de développer un côté social, dramatique, axé sur l’humain et sa quête pour à nouveau se faire accepter, dépasse les fragilités des intrigues peu captivantes. En revanche, rien ne pourra excuser la fin décevante tant elle est bâclée. 

Une mise en scène restreinte

Visuellement, les décors sont assez banals et peu subtils et n’apportent rien au film, on devine une forme de retrait à ce niveau de la part de la réalisatrice. Si cette retenue dans les visuels peut fâcher, il est ici inutile de critiquer un manque de créativité, mais plutôt d’accepter un choix de sobriété dans ce registre.

Image du film IMPARDONNABLE
© Netflix

On devine également une forme de retenue, pour le coup réussie, dans le rapport à la violence qui est parfaitement mesuré de la part de Nora Fingscheidt. Sans en faire trop, la violence a toujours un but et gravite autour du personnage de Ruth, ce qui a la faculté d’être d’autant plus impactant car il touche ce lien rapproché que le spectateur se crée avec elle. Finalement, dans l’ensemble, tout est cadré et mesuré, à l’image de l’existence du protagoniste principal. 

Malgré une narration qui ne crée pas vraiment de tension, IMPARDONNABLE est un film puissant qui sensibilise sur le sort des anciens détenus lors de leur réhabilitation. Maîtrisé et sobre par sa mise en scène, il souffre cependant de son format trop court qui limite l’intrigue à son strict minimum, relevant beaucoup de thèmes souvent avec un manque de profondeur. D’un point de vue émotionnel, l’œuvre de Nora Fingscheidt vaut tout de même le détour grâce à Sandra Bullock, qui s’érige peu à peu comme l’une des rares actrices à avoir la capacité de magnifier un film à elle seule. 

Paul GRÉARD

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Titre original : The Unforgivable
Réalisation : Nora Fingscheidt
Scénario : Peter Craig, Hillary Seitz
Acteurs principaux : Sandra Bullock, Vincent D'Onofrio, Jon Bernthal
Date de sortie : 10 décembre 2021
Durée : 1h52min
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