Avec ce premier film, Zoé Wittock s’inscrit dans cette nouvelle lignée de cinéastes désireux de redonner vie au film de genre. Projeté à Sundance et à la Berlinale, JUMBO intrigue et questionne les bases même du concept de l’amour.

Jeanne, une jeune femme timide qui habite toujours chez sa mère, travaille comme gardienne de nuit dans un parc d’attraction. Alors qu’aucun homme n’arrive à trouver sa place au sein du duo que tout oppose, Jeanne développe d’étranges sentiments envers Jumbo, l’attraction phare du parc.

Donner vie aux objets a toujours été source d’inspiration pour les cinéastes. Que ce soit les jouets de Toy Story (1995) chez Disney, la voiture Christine psychopathe et mortelle chez Carpenter (1983) ou plus récemment le frigo interactif Yves (2019), voir un objet capable de ressentir des émotions humaines a fait naitre des œuvres plus excitantes les unes que les autres. JUMBO en fait partie. Une sorte d’écho d’ailleurs, au maitre en la matière qu’est Quentin Dupieux. Lui qui a réussi à humaniser un pneu tueur ou même une veste en daim sur grand écran. C’est de cet univers que semble sortir Zoé Wittock, à quelques détails près, puisqu’elle décide d’emprunter la voie sentimentale et de lier une jeune femme et un attraction de fête foraine à travers une étrange relation amoureuse. Ou comment parler de la question de l’objectophilie au cinéma.

LE DAIM, une histoire loufoque par Quentin Dupieux

JUMBO ©REZO FILMS

Jeanne et sa mère sillonnent les routes au volant d’un cabriolet jaune flamboyant, dansant et chantant sur le tube incontournable Fly. Nous voilà directement plongés dans les années 80. La direction artistique du film, vintage et colorée, semble par moment nous plonger dans un épisode de la série Netflix des frères Duffer, Stranger Things. Noémie Merlant prend alors des allures d’Eleven, la goutte de sang dégoulinant de ses narines. C’est dans cet esprit de référencement que la réalisatrice semble puiser son inspiration pour donner vie à ses personnages et particulièrement celui de Jumbo, manège pour lequel l’héroïne va voir naitre des sentiments. Animé par les mouvements, les sons, les couleurs, le mécanisme de personnification de l’attraction pioche dans les œuvres de Spielberg et parvient à nous faire croire en son existence. La scène érotique renvoie, encore une fois à une œuvre majeure de science-fiction: Under The Skin (2013). Mélange de fluides et de nudité qui en fait peut-être la plus belle séquence du film.

JUMBO ©REZO FILMS / STRANGER THINGS ©NETFLIX

JUMBO c’est avant tout l’histoire d’un coming-out pas comme les autres, une vision différente de l’amour. Le lien qui lie le duo mère-fille incarné par Emmanuelle Bercot et Noémie Merlant est d’ailleurs une des choses qui enlève de la beauté au film de la réalisatrice Belge. Plutôt que de faire vivre une histoire sentimentale hors-normes et assumée à son personnage, le film pointe du doigt les problèmes mentaux de Jeanne et empêche ainsi au spectateur de plonger les yeux fermés dans cette relation inexplicable. Là où la prestation magistrale de Noémie Merlant impressionne, le scénario se gâte et n’ose pas pousser la frontière de l’absurde et de l’étrange. Frôlant à de très nombreuses reprises avec le fantastique, JUMBO n’en reste pas moins un premier film réussi qui tourmente le réel. Tomber amoureux oui, mais de qui ? Ou de quoi ? Telle est la question.

Robin G.

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CRITIQUE PUBLIÉE LE 11 JUIN 2020 LORS DE LA 9e EDITION DU CHAMPS-ELYSÉES FILM FESTIVAL.

JUMBO, l'audace poétique de Zoé Wittock - Critique
Titre original : Jumbo
Réalisation : Zoé Wittock Casting : Noémie Merlant, Emmanuelle Bercot, Bastien Bouillon
Date de sortie : 01 juillet 2020
Durée : 1h33
Genre : Drame • Nationalité: Belge, Français, Luxembourgeois
3.0INTRIGUANT
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JUMBO, l’audace poétique de Zoé Wittock – Critique

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