Dans sa dernière comédie, LA BONNE ÉTOILE, Pascal Elbé revisite avec brio les stéréotypes véhiculés pendant la Seconde Guerre mondiale, à travers un héros menteur, lâche, opportuniste et gaffeur. Avec Benoît Poelvoorde, Audrey Lamy et Pascal Elbé.
Une comédie historique pour réfléchir sur l’actualité
Peut-on devenir un mec bien, un « Mensch », quand on est un menteur invétéré, un imposteur, un profiteur, un mythomane et un lâche ? C’est ce que suggère Pascal Elbé dans sa dernière comédie, LA BONNE ÉTOILE, qui déconstruit les clichés antisémites durant la Seconde Guerre mondiale.
Rencontré lors du Festival du film francophone d’Angoulême, le réalisateur dit avoir « pensé que ce serait drôle de montrer un mec assez con pour imaginer qu’être juif en 1940 est une opportunité dans la vie, malgré tout ce qu’on a appris comme enseignements de cette période terrible. »
Benoît Poelvoorde en lâche malgré tout sympathique
Il a ainsi offert le rôle de Jean Chevalin à Benoît Poelvoorde, parce que « cet acteur singulier a un visage qui porte beaucoup de blessures et de fragilité, en même temps qu’une espèce d’ironie. » Il a trouvé « son clown magnifique, son Bourvil, son Fernandel » en celui qui rêvait, ailleurs, de jouer un lâche pendant la Grande Guerre.
Et en effet, quel lâche que ce bonhomme qui n’a aucun scrupule, en cette période si douloureuse, à mentir sur tout ! Sur l’origine de ses larcins à sa femme Paulette (Audrey Lamy), sur son soi-disant rôle de passeur à Samuel Goldstein (Pascal Elbé), mais aussi sur sa prétendue identité israélite et son passé de résistant auprès de la baronne (Zabou Breitman) et de L’Anguille (Hugo Becker). Sans parler du métier de dentiste qu’il s’invente face à de vrais patients.
Que de malentendus et de catastrophes dont est à l’origine ce nigaud à côté de la plaque, jamais au bon endroit ! Et même si Pascal Elbé a veillé à « ne pas mettre le spectateur en chantage affectif mémoriel dans cette tragi-comédie à l’italienne », le fait est que le public se retrouve parfois complice, à son corps défendant, de l’enfermement de Jean dans ses mensonges.
Le réalisateur pousse volontiers le bouchon aussi loin que possible dans l’humour grinçant et malaisant, et dans le raisonnement absurde de Jean — devenu Jacob — et de Paulette — devenue Sarah.
Je voulais être à hauteur d’homme, ne pas le juger dans son parcours initiatique.
Pascal Elbé
Pour le scénariste, « la Seconde Guerre mondiale est un laboratoire humain d’une richesse absolue, mais elle n’a pas beaucoup été racontée en comédies. »
Si les horreurs commises contre les Juifs pendant la guerre sont hors champ, elles sont subtilement évoquées à travers les choix des Français : ceux qui ont pris des risques, auxquels l’auteur rend hommage — les faussaires ou les « aristocrates très courageux » qui cachaient et sauvaient des familles —,
et ceux qui ont profité de la situation en se livrant à des dénonciations et des arrestations, tels ceux à qui la Gestapo a donné des galons et du pouvoir, comme le glaçant Faurillon (David Talbot) ou le benêt Bouvier (Philippe Uchan).
Mais le réalisateur, grâce au jeu de Benoît Poelvoorde — et peut-être aussi à son accent belge qui n’a pas complètement disparu —, réussit à rendre Jacob malgré tout sympathique, toujours prêt à rebondir. Car c’est un magicien, au sens propre comme au sens figuré, qui va redonner le sourire au petit Salomon et retrouver l’admiration de Paulette.
Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis
Pascal Elbé donne ainsi à voir la douce transformation de cet homme qui va finalement à la rencontre de ceux envers lesquels il était pétri de préjugés, et se rachète. Une transformation pleine d’espérance, en ces temps troublés. Car LA BONNE ÉTOILE, « écrit avec tristesse et colère pour répondre au plus juste à la vague d’antisémitisme et à la peur qu’elle engendre », est un film qui résonne inévitablement avec l’actualité.
LA BONNE ÉTOILE se révèle donc être une bonne comédie, avec des punchlines très drôles qui « laissent souffler le spectateur et le ramènent dans le divertissement », et dont on ne doute pas qu’elles traverseront allègrement les années, au même titre que La Traversée de Paris, La Grande Vadrouille ou Papy fait de la Résistance.
Sylvie-Noëlle




