États-Unis, 2020 : la prison attend des citoyens Noirs parfois accusés à tort. Dans les années 1980 déjà, l’avocat Bryan Stevenson tentait de rétablir la justice dans un pays où elle n’existait pas pour les afro-américains. Une quête de vérité portée à l’écran par Destin Daniel Cretton.

Que faire quand les preuves d’une innocence sont jugées caduques ? Quand le racisme a raison de tout et que l’ensemble du système semble corrompu ? Que faire quand même la justice est bafouée ?
Garder espoir et continuer de lutter envers et contre tous. Ce qu’a fait l’avocat américain Bryan Stevenson. Ses mémoires, intitulées « Just Mercy », ont inspiré Destin Daniel Cretton (State of Grace), qui en a fait un film, LA VOIE DE LA JUSTICE.

Dans les années 1980, tout juste diplômé d’Harvard, l’afro-américain Bryan Stevenson (interprété par Michael B. Jordan) décide de s’installer en Alabama, état rongé par le racisme, pour « aider, être utile et se battre pour les plus démunis ». Avec la vivacité d’un étudiant et l’optimisme des débuts, le jeune homme arrive dans le centre juridique de condamnés à mort de Wolman pour assurer la défense des prisonniers. Mais se heurte à la réalité. Mépris des Blancs, maltraitance et humiliation par les policiers, détresse et désespoir des innocents incarcérés. Pire, les règles essentielles du droit ne sont pas respectées : subornation de témoins, déni des avocats, arrangements entre les institutions, condamnations sans preuve et procès basés sur des mensonges. Le droit, en réalité, n’existe pas.

Décontenancé par ces injustices et bouleversé par Walter McMillian, fabricant Noir de pâte à papier condamné sans fondement au couloir de la mort pour le meurtre d’une jeune fille blanche, Bryan Stevenson créé l’Equal Justice Initiative, un centre d’assistance juridique gratuit. Il entre dans une lutte acharnée pour la justice. Jour et nuit, quitte à en oublier la prise de distance nécessaire avec ses clients, il enquête, trouve des témoins qui apportent l’innocence de l’ouvrier et de nombreuses preuves. Il mène le combat d’une vie, jusqu’à constater que, quoi qu’il arrive, « la vérité est déformée par les puissants ».

Photo du film LA VOIE DE LA JUSTICE

L’avocat Bryan Stevenson (à gauche, interpreté par Michael B Jordan), va mener un combat acharné pour prouver l’innocence de Walter McMillian (à droite), afro-américain condamné au couloir de la mort sans preuve et sur fond de racisme ambiant. Photo : Jake Giles Netter © 2020 Warner bros

La Voie de la Justice est non seulement un film nécessaire pour comprendre le racisme des années 1980, mais il est aussi une ode à la justice, de l’apport de preuves à l’importance des témoins en passant par une plaidoirie subtile contre la peine de mort.

Parfois long, parfois cliché, dont les rebondissements sont prévisibles, le film de Destin Daniel Cretton aurait pu manquer sa voie. Mais l’adaptation est plutôt réussie. Impossible de rester indifférent à cette histoire où réalité et fiction se confondent par un pêle-mêle d’images d’archives et de tournage ainsi que par des chiffres actuels frissonnants sur les erreurs d’arrestations aux Etats-Unis. Impossible de rester indifférent à une telle injustice, un tel racisme, à la destruction de plusieurs vies dans un passé si récent.

LA VOIE DE LA JUSTICE parvient à émouvoir. D’abord, grâce à la qualité des plans. Un halo d’arbres sur un ciel bleu. Un profil agrippé aux barreaux dans un jeu d’ombres et de lumières. Un gros plan sur un visage meurtri par le chagrin et l’impuissance, détruit par la prison. Ensuite, par la qualité des dialogues, notamment des plaidoiries bien ficelées. Enfin, par une parfaite utilisation du son, en adéquation avec les moments vécus. Un claquement de tasse contre du fer, comme la colère; des silences qui signifient tout quand il n’y a plus besoin de mot.

Dessin du film LA VOIE DE LA JUSTICE

C’est l’histoire vraie de l’avocat Bryan Stevenson (ci-dessus), arrivé en Alabama pour aider juridiquement les pauvres et les afro-américains injustement condamnés au couloir de la mort, qui a inspiré le réalisateur Destin Daniel Cretton.

Si le jeu de Michael B. Jordan (Black Panther), dans les traits de Bryan Stevenson est bon, empli d’humanité, c‘est surtout celui de Jamie Foxx dans le rôle de Walter McMillian qui est notable. De l’indifférence à l’explosion, en passant par la déception et le soulagement, les sentiments sont vrais. Sans compter une scène indescriptible au tribunal, mains qui tremblent, larmes qui coulent, débordante de sensations.

LA VOIE DE LA JUSTICE n’échappe pas au typique scénario américain, assez prévisible. Mais c’est un film nécessaire, dans la lignée de BlackKklansman de Spike Lee. Nécessaire pour comprendre les ressorts de la justice, la surpuissance infondée de certains et l’oppression des pauvres et des Noirs américains, mentionnés dans le long-métrage comme « coupables dès la naissance ».

Marylou CZAPLICKI

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LA VOIE DE LA JUSTICE, le combat d’un homme pour la vérité - Critique
Titre original : Just Mercy
Réalisation : Destin Daniel Cretton
Scénario : Destin Daniel Cretton et Andrew Lanham
Acteurs principaux : Michael B Jordan, Jamie Foxx, Brie Larson
Date de sortie : 29 janvier 2020
Durée :2h17min
3.0Note finale
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LA VOIE DE LA JUSTICE, le combat d’un homme pour la vérité – Critique

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