LAMB ou le seigneur des agneaux – Critique

Présenté cette année au Festival de Cannes dans la catégorie Un Certain Regard, Lamb débarque sur nos écrans en cette fin 2021. Emmené par Noomi Rapace, il se situe dans les montagnes d’Islande et a tout d’un objet filmique inclassable et déstabilisant.

Des moutons en Islande

Une ferme isolée plantée dans les montagnes de l’Islande. Une menace invisible avance parmi les animaux, faisant fuir un troupeau de chevaux dont le vent et la neige fouettent leurs crinières. Une agitation qui parvient jusqu’à la bergerie abritant plusieurs moutons. Ils semblent pris d’une crise de panique qui se propage parmi eux. Par contraste, nous découvrons à l’intérieur du bâtiment un couple qui prépare son repas de Noël avant de passer à table. Ce couple, c’est Ingvar et Maria (Hilmir Snær Guðnason et Noomi Rapace).

©Koch Films

Le lendemain, ils s’adonnent à leurs tâches de fermiers, en s’occupant de leurs plantations et aident à mettre bas des animaux. Il y a une routine qui s’est installée entre eux et ils se parlent peu. Puis, lors d’une nouvelle naissance, ils assistent une brebis qui met au monde une agnelle. Par un simple regard, ils décident de l’emmener chez eux et de s’en occuper comme s’il s’agissait de leur propre enfant. Ils vont la nommer Ada. À cet instant, le couple ne se pose pas la question de savoir de quelle manière a été créée Ada, étant donné qu’elle présente une particularité importante ; elle est mi-agnelle, mi-humaine.

Un conte étrange et déstabilisant

LAMB a tout du prototype cannois par excellence, dans son écriture, sa conception et sa mise en scène. Faisant preuve d’un minimalisme certain, s’adonnant parfois à la contemplation, il ne s’embarrasse pas de dialogues superflus et est constitué d’une majorité de plans fixes. Son rythme lent nous déstabilise à mesure qu’il dévoile son véritable genre. On ne pourra pas vraiment parler d’intrusion dans le fantastique ici, dans le sens où le monde dépeint par le film est déjà constitué de ce fantastique et n’obéit à aucunes règles rationnelles. De par le traitement visuel d’Ada jusque dans son surprenant final, LAMB prend des allures de conte moderne fort étrange qui nous rappelle l’esthétique de Tale of Tales, passé lui aussi par Cannes il y a quelques années (2015).

LAMB revisite le mythe de la Loi du Talion sous la forme d’un conte moderne étrange et déstabilisant. Prix de l’originalité à Cannes.

L’arrivée inopinée d’un troisième personnage en la personne du frère de Ingvar, va mettre le doigt sur le caractère irrationnel de la situation. Il prend notre place de spectateur pour un temps seulement et tente de faire ouvrir les yeux aux deux parents sur le spécimen qu’ils élèvent comme un être humain. Mais Ingvar et Maria le voit comme un cadeau du ciel, venu apporter le bonheur au sein de leur quotidien routinier.

Un plan nous suggérait la probable incapacité du couple à obtenir un enfant, d’où le refus d’ouvrir les yeux sur la véritable nature de cette créature. En un peu plus d’une heure trente de métrage, le réalisateur brasse plusieurs thèmes centrés sur la famille et la figure de la parentalité qu’il effleure seulement, afin de mieux préparer son étonnante conclusion. Une conclusion que l’on pouvait prédire le temps d’une scène filmée assez cruellement.

©Koch Films

Œil pour œil

Le cinéaste Valdimar Jóhannsson va au bout de son idée de départ et surprend une dernière fois son monde lors d’une séquence finale revisitant habilement le mythe de la Loi du Talion. Faisant preuve d’une belle maîtrise formelle, il peut aussi agacer par ce que certains verront comme un maniérisme d’auteur qui peut étouffer ce genre d’œuvres. Sa proposition est toutefois pleine d’audace et ne devrait pas laisser indifférent.

Une proposition qui a d’ailleurs séduit le fameux réalisateur hongrois Béla Tarr dont le nom apparaît au générique de fin en tant que producteur exécutif. LAMB est reparti du Festival de Cannes avec un prix de l’originalité, une originalité que l’on peut volontiers lui reconnaître, à défaut d’avoir été totalement convaincus. Avis aux amateurs d’expériences nouvelles.

Loris Colecchia

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Titre original : Lamb
Réalisateur : Valdimar Jóhannsson
Scénario : Valdimar Jóhannsson et Sigurjón Birgir Sigurðsson
Acteurs principaux : Noomi Rapace, Hilmir Snær Guðnason, Björn Hlynur Haraldsson
Date de sortie : 29 Décembre 2021
Durée : 1h46min
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