Photo du film LE CHASSEUR DE BALEINES
Crédits : Singularis Films

LE CHASSEUR DE BALEINES, critique d’un premier amour à l’ère d’Internet

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3.5

Au village, Internet vient tout juste d’arriver. Ce ne sont pas tant les réseaux sociaux ou Wikipédia qui intéressent Leshka. Depuis son bout de terre paumé, il y voit un fabuleux moyen de rencontrer… des filles. Derrière son écran, son intérêt a été piqué par une jolie blonde. « L’Américaine », comme on l’appelle. En réalité, une simple cam girl courtisée par de nombreux internautes. Mais du haut de ses 15 ans, Leshka en est persuadé : c’est son amoureuse.

LE CHASSEUR DE BALEINES et l’illusion du premier amour

Caméra à l’épaule, Philipp Yuryev nous emmène à la découverte de ce lieu d’un autre temps, perdu entre la Russie et l’Amérique. À travers les yeux de Leshka, le cinéaste nous narre ce quotidien rythmé par la chasse à la baleine et les pannes de courant. L’immersion est totale. Il faut dire que le réalisateur s’est entiché de ce lieu après le visionnage d’un documentaire. Cette passion est perceptible jusqu’à l’image, multipliant les scènes au drone ou tentant des plans renversés.

Toutefois, la Tchoukotka n’est que le théâtre d’un éveil amoureux. Le cœur du film, c’est bien l’émoi de Leshka. Ce garçon peu bavard, dont les yeux brillent d’émerveillement face à cette cam girl. Pourquoi ne lui répond-elle pas quand il lui déclare sa flamme ? Ce doit être la barrière de la langue. Alors l’adolescent se met à apprendre l’anglais, juste pour pouvoir lui glisser un « I love you ».

Une naïveté touchante face au monde

De son isolement résulte une touchante naïveté. L’Amérique ? « Des McDonald’s et des filles sexy partout. » Même Arieh Worthalter (Comme le feu) en garde-frontière, est ahuri face à une telle candeur. Vladimir Onokhov donne corps à ce touchant garçon. Il faut dire que Philipp Yuryev l’a bien trouvé : le jeune acteur, originaire de la région, a été débusqué dans un orphelinat local.

Le choix du plan long et du temps suspendu

Un coming of age pittoresque, raconté à coups de plans fixes. Philipp Yuryev aime faire durer ses séquences. Dans le sillage de Werner Herzog, il impose un rythme contemplatif où chaque plan étiré souligne la rudesse de l’environnement.

Les personnages sont placés au centre de l’image, face aux spectateurs. Un sentiment immédiat de proximité. Ces visions surprenantes renouvellent l’attention tout au long du film, malgré un récit volontairement calme. Autre idée pour dynamiter cette langueur : l’usage d’une bande originale résolument pop.

Un film plus drôle qu’il n’y paraît

Par ailleurs, LE CHASSEUR DE BALEINES se révèle étonnamment drôle. Il y a les essais maladroits de Leshka, bien sûr. Mais aussi la maîtrise des transitions, toujours surprenantes. Comme ce passage de la chambre de l’Américaine à cette pièce entourée d’hommes mûrs en Tchoukotka, manifestement passionnés. On ne peut réprimer un sourire.

Un premier amour universel

Au final, qu’importe l’endroit. Que ce soit au bout du monde ou au pied d’un gratte-ciel, le premier amour reste le même : aussi désarmant que sublime.

— Lisa FAROU

Auteur·rice

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