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LE DEFI DU CHAMPION, surprenante plongée dans les abîmes du foot italien – Critique

En racontant l’improbable amitié qui unit un footballeur en quête du baccalauréat et son professeur, LE DÉFI DU CHAMPION est une fable surprenante et rythmée qui vise juste lorsqu’elle explore les risques du succès et de la gloire.

Christian, nouvelle égérie de l’AS Roma et plus généralement de la série A, a cédé aux chants de toutes les sirènes, ou presque. Son succès coïncide avec un enfermement progressif dans un microcosme malsain et une asociabilité nocive. Les premières séquences du film dans la villa de Christian reflètent habilement cet aspect, en insistant sur le mercantilisme caché derrière ce paradis édulcoré dont profite surtout la petite amie instagrameuse et le père, vautour vénal. C’est lorsque le joueur s’amuse à cambrioler un magasin que son président lui impose d’obtenir un diplôme de fin d’étude, tentant ainsi d’annihiler son indiscipline.

Sa rencontre avec Valerio, professeur fauché et solitaire, est la meilleure idée du film. Les échanges entre les deux hommes sont habilement pensés et l’amitié naissante reste crédible. Valerio ignore tout du foot et Christian se révèle être un étonnant formateur technique calquant sa vision du jeu sur ses nouvelles méthodes d’apprentissage. L’apport mutuel et l’empathie réciproque donnent une réelle profondeur à ces deux protagonistes porteurs de lourdes séquelles. Christian soigne les plaies causées par la bêtise de son entourage ayant profité de son succès ; Valerio voit en Christian le fils qu’il n’a pas pu avoir.

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Pas de surprises par la suite et grand bien en prend à Léonardo D’Agostino : le metteur en scène italien suit avec rigueur les étapes scénaristiques classiques du feel-good movie. Les deux acteurs principaux excellent, aidés par la finesse du scénario, et le film s’avère être étonnamment juste lorsqu’il aborde les coulisses d’un club de foot. Christian, sorte de Balotelli moderne, comprend qu’il n’a pas sa place au sein de cette industrie mais ne parvient pas à exprimer ses envies de fuite, optant pour un mutisme faussement salvateur. Valerio, en plus d’être une porte de sortie, lui permet de renouer le contact avec le monde réel en enseignant éloquence et rhétorique. Si le dernier tiers du film présente quelques longueurs, il est toutefois fortement recommandé de se rendre au cinéma pour découvrir l’un des rares films réussi lorsqu’il traite du foot et de ses vices.

En marge de la sortie du film, nous avons eu la chance d’échanger quelques mots avec Andrea Carpenzano, qui joue Christian dans le film. L’occasion de lui poser quelques questions sur le cinéma et le foot.

Vous êtes au début de votre carrière. Qu’est-ce qui vous a amené vers le monde du cinéma ? 

C’était ma dernière année au lycée, une copine avec ma prof d’italien m’avaient convaincu de me présenter à un casting sauvage où beaucoup de jeunes se rendaient. Je n’avais aucune envie d’y aller étant donné que je n’aime pas me mettre en avant en général dans la vie. Le metteur en scène Francesco Bruni (réalisateur de Tutto Quello Che Vuoi 2017) m’a d’abord choisi pour un rôle secondaire puis ensuite il a décidé de me confier le premier rôle. Cela a été un pur hasard, une belle folie. Je n’avais aucun background.

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Quelles ont été vos sources d’inspiration pour le rôle ? Etes-vous un passionné de foot ou avez-vous découvert cet univers si particulier à l’occasion de ce rôle ? 

J’avais lu des choses sur Ibrahimovic, Cassano et Balotelli, mais je ne me suis inspiré d’aucun des trois. J’ai simplement essayé de reprendre l’attitude et les regards que j’avais assimilé pendant des années à regarder les matchs de football et qui m’avais touché, tout simplement. Je suis « romanista » fan de la Roma depuis toujours. Je crois que c’est un milieu plein de fiction et donc inévitablement ça le fait devenir peu réel et grotesque. Parfois nous risquions tous d’être la caricature de nous mêmes. Dans le cas de Christian Ferro tout est plus amplifié.

Aimeriez-vous travailler avec d’autres metteurs en scène en dehors d’Italie ? Quels sont vos futurs projets ? 

Bien sûr j’aimerais beaucoup, quand j’étais plus jeune j’ai vu tous les films réalisés par Harmony Korine qui m’ont marqué vie. Mais mon film préféré reste pour toujours Les Triplettes de Belleville de Sylvain Chomet. Un chef-d’œuvre absolu. Un film parfait. En ce moment il est difficile d’envisager de futurs projets ; j’attends, confiant.

Emeric

Note lecteurs2 Notes
Titre original : Il Campione
Réalisation : Leonardo D'Agostino
Scénario : Leonardo D'Agostino, Antonella Lattanzi, Giulia-Louise Steigerwalt
Acteurs principaux : Andrea Carpezano, Stefano Accorsi, Ludovica Martino
Date de sortie : 05 Août 2020
Durée : 1h45min
3.5
surprenant

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