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LE JOUR DU DAUPHIN, quand Patton rencontrait Flipper – Critique

Nous sommes en 1973, le monde est en crise. Le socialisme chilien est assassiné par Pinochet, le Proche-Orient s’embrase pendant la guerre du kippour, le premier choc pétrolier fait trembler le reste du monde. Le monde de l’art perd Anna Magnani, Pablo Neruda, Jean-Pierre Melville ou John Ford. Il est difficile de tirer du bon de cette période trouble de la Guerre froide où l’insouciance et l’espoir babacool des années 60 semble définitivement avoir disparu même si les US se retirent enfin du Vietnam. Sur la scène ciné de l’autre côté de l’Atlantique Coppola triomphe évidemment avec son Parrain quand en France l’irrévérence post-68 marque la croisette avec La Maman et la Putain d’Eustache et La Grande Bouffe de Ferreri. C’est dans ce contexte qu’un cinéaste de renom sort de sa zone de confort en proposant le pari osé d’un Thriller delphinien.

Il y a des réalisateurs stars, phares mêmes de leur époque, de leur pays, de leur genre même en particulier. Des cinéastes qui ont marqué de leur empreinte l’Histoire du cinéma avec un film ou deux ou plus et c’est toujours un plaisir de chiner dans ces filmographies aussi denses qu’insolites. C’est dans le cadre de la ressortie ce 20 juillet de plusieurs de ses œuvres moins connues que Who’s afraid of Viriginia Woolf et The Graduate, que nous nous sommes penchés sur certains des films méconnus du grand Mike Nichols.

Un film presque oublié de Nichols, sorti uniquement en salle en 1973, adapté d’un roman de l’auteur français Robert Merle1Il est notamment lauréat du prix Goncourt en 1949, avec dans le rôle principal George C. Scott connu pour son interprétation phénoménale de Patton dans le film éponyme, en sidekick l’incroyable Paul Sorvino dans film avec une intrigue tournant autour de multinationales qui cherchent à mettre la main sur des dauphins qui parlent, comment ne pas être hypé !

Rien à dire, le pitch de base est incroyable, c’est ce genre de films qui nous font croire qu’un soir un producteur, un réal’ et un scénariste ont embarqué deux/trois comédiens pour se lancer dans un projet complètement allumé qui n’avait comme fin que de disparaître dans les abîmes hallucinées des années 70. Pour autant, même si le film a nombre de défauts, on sent une véritable implication de tout le monde pour rendre cette folie la plus vraisemblable possible quitte à mouiller le maillot. Et que dire du jeu avec les dauphins qui est remarquable, comment l’équipe a-t-elle réussi à créer un véritable attachement à un dauphin qui n’est pas – malgré sa capacité incroyable au langage – n’est pas forcément agréable.

Photo du film LE JOUR DU DAUPHIN de Mike Nichols
Crédits : Lost Films

Le dauphin qui parle comme ton pote qui ne tient pas l’alcool quand il a 3 grammes n’a pas grand chose pour lui surtout quand il se comporte comme un pré-adolescent découvrant son corps et la rébellion contre ses parents. Mais force est de constater que se noue quelque chose entre le héros, le dauphin et le spectateur, quelque chose de finalement assez léger tant la trame scénaristique paraît irréelle. Ce n’est pas un mal en soi, on peut se laisser porter par ce film d’un bonne heure quarante bien ficelé avec une vibe qui fleure bon les années 70 et une forme d’insouciance. Il est agréable de se laisser porter par la trame du film et le jeu parfois un peu cabotin des acteurs notamment les méchants archetypés au possible qui sont un régal de capsule temporelle.

Le film n’a pas la maîtrise d’un Who’s afraid of Virginia Woolf ou l’universalité de The Graduate, il n’a même pas la prétention d’être un grand film. Il n’empêche qu’il est impossible de ne pas se sentir complaisant avec un film bienveillant qui se donne pour raconter une histoire originale au bon goût de LSD de bureau hollywoodien. Comment ne pas esquisser un sourire à ce film qui s’il pouvait parler se qualifierait lui-même d’attachiant ?

Il est rare d’être transporté par un film qui se veut thriller dans une ambiance balnéaire et légère qui préfigure l’arrivée de Jaws deux ans plus tard et la frénésie d’une époque. Servi par un plateau de comédiens convaincants et une réalisation sans grand fait d’arme mais efficace, LE JOUR DU DAUPHIN est l’incarnation d’une époque qu’il est somme toute agréable de (re)vivre à travers un film qui vaut la peine d’être vu ne serait-ce que pour voir le Général Patton discuter avec son fils dauphin.

Etienne Cherchour

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Titre original : The Day of the Dolphin
Réalisation : Mike Nichols
Scénario : Buck Henry d’après Robert Merle
Acteurs principaux : George C. Scott, Trish Van Devere, Paul Sorvino
Date de sortie : 20 juillet 2022 (ressortie)
Durée : 1h44min
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Insolite
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    Il est notamment lauréat du prix Goncourt en 1949

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