Photo du film LE RAYON VERT
Crédits : D.R.

LE RAYON VERT, rayon de soleil dans le cinéma français – Critique

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“Ah ! que le temps vienne / Où les cœurs s’éprennent.” – Arthur Rimbaud.
Ainsi s’introduit Le Rayon vert, monument de la filmographie d’Eric Rohmer, quatre ans avant son cycle de quatre films, les « contes des quatre saisons ».

Quelle drôle de façon d’introduire son film par les vers d’un poète aussi névrosé qu’Arthur Rimbaud, c’est d’ailleurs une réflexion que Le Pelletier – journaliste et poète apparenté à Paul Verlaine – appuie en 1897 : « C’est un névrosé, un hystérique ». Si l’on prend tout le poème dont sont issus les deux vers cités plus haut (Chanson de la plus haute Tour), l’ensemble déplore un certain temps perdu, une nature folle, pourtant néfaste pour l’auteur puisqu’il ne trouve pas autre chose que l’abandon dans cet ensemble de fleurs et d’encens

Cet abandon est justement une des bases du film de Rohmer lorsqu’une amie à Delphine annule le voyage en Grèce qu’elles devaient faire toutes deux. De cette base découle un défilement de solitude, qui s’expose à nous : Delphine se renferme sur elle-même et ne souhaite pas écouter les conseils – certes quelque peu mauvais – de ses amies. Personne ne semble comprendre l’état d’esprit de Delphine qui finalement ne semble se comprendre qu’elle-même. L’amour semble être pour elle une solution à cette solitude et à ce malheur, le film devient alors une quête de l’amour dans laquelle le spectateur est invité à prendre sa place. Delphine semble plaire à différents hommes dans le film et pourtant elle n’en tiendra pas compte. 

Rohmer filme une femme livrée à la pression et à la méchanceté du monde, essayant tant bien que mal de briser sa vulnérabilité. Delphine fuit et ne sait pas réellement ce qu’elle veut. Un homme l’accoste – certes lourdement – et elle détourne le regard, part. Elle fait des constants allers-retours… Est-ce qu’elle suit réellement le cours de sa vie ou bien est-ce qu’elle “perd son temps” 1Christophe Honoré à propos de « Le Rayon vert » d’Eric Rohmer, vidéo YouTube de LaCinetek? Ce dernier raisonnement tient en effet puisque Delphine ne semble pas réellement avoir de but, sa vie – dans le film en tout cas – tourne autour de ses allers-retours, de ses incertitudes et de ses chagrins. Elle paraît fuir son appartement dans lequel Rohmer la filme très peu : elle part en voyage, sort dans Paris pour lire. Elle vit au milieu de cet environnement naturel sublimé par la caméra du cinéaste. 

La voix de Delphine elle-même est incertaine : elle semble même parfois gênée de parler, comme si elle ne s’accordait pas assez de confiance pour se permettre d’occuper un temps de parole. C’est le cas par exemple dans la scène où elle explique son choix d’être végétarienne auprès de la famille de son amie, une scène sublime qui illustre totalement le profil de Delphine. Dans une autre scène, elle est même capable de se contredire elle-même : “Non non, je te dis des bêtises là. Je ne sais pas du tout ce que je vais faire. Je me sens vraiment ailleurs.”, puis la femme pleure. 

Les moments de bonheur arrivent pour Delphine vers la fin du film lorsqu’elle se “projette” vers un homme – pour reprendre ses dires. C’est un moment de revivification que même le spectateur pourrait ressentir, tant la scène, et plutôt la fin du film dans son entièreté, est forte. Cette fin est la preuve que Delphine a réussi à survivre à tout ce à quoi elle a été confrontée jusqu’alors. Delphine retrouve sa vie, contrairement au poème de Rimbaud qui écrit “J’ai perdu ma vie.” 

Delphine, à force de refuser l’amour qu’ont à lui offrir certains hommes – tant elle se daigne à rejeter ces amours aux allures simples, ces amours de plage, pourrait-on dire – finit par tomber sur cet homme dans la gare. La gare représente alors un moment de départ : le départ de cette ville, et le départ d’une nouvelle vie semble-t-il.

Erwan MAS

Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
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