L’EXTRAVAGANT VOYAGE DU JEUNE ET PRODIGIEUX T.S. SPIVET – Critique

Romain Rédacteur depuis le 16.02.2011

Il avait conquis la France (et le monde) avec LE FABULEUX DESTIN D’AMÉLIE POULAIN. Il avait confirmé son talent de virtuose de la caméra, de raconteur d’histoires et son potentiel commercial avec UN LONG DIMANCHE DE FIANÇAILLES. Puis il avait saoulé tout le monde avec MICMACS À TIRE-LARIGOT. A trop répéter la même formule, il avait fini par se faire démasquer : trop de style Jeunet (image jaune, bricolage, parisianisme, ambiance générale bon enfant…) tue le style Jeunet. Pris la main dans le sac, l’intéressé avoua qu’il changerait de style, quitterait Paris et adapterait un roman au lieu d’écrire toujours les mêmes histoires.

Après avoir perdu deux ans sur L’ODYSSÉE DE PI, qui échoua finalement entre les mains d’Ang Lee, le revoilà donc avec un film Canada Dry : ça a des décors américains, une histoire américaine, un accent américain mais c’est canadien. Jeunet a en effet produit son film majoritairement en France avant de trouver des associés au Canada pour pouvoir ancrer son film en territoire nord-américain tout en évitant les ogres d’Hollywood qui lui auraient croqué son final cut. Il avait payé pour apprendre en faisant ALIEN – LA RÉSURRECTION il y a plus de quinze ans.

Jeunet, si virtuose qu’il soit, fige le film en carte postale et en partage les limites : c’est joli mais ça n’a pas l’émotion du vrai.

Rayon casting, on retrouve l’inséparable compagnon de route Dominique Pinon dans le rôle d’un hobo plus vrai que nature, si bien qu’on pourrait croire qu’il a vraiment été trouvé dans un train, si on ne l’avait pas déjà vu mille fois ailleurs. Quant au « jeune prodigieux », il a l’immense mérite de rester sobre, d’être cinégénique et de ne pas être Freddie Highmore (le chien savant incontournable il y a quelque temps dès qu’il fallait un gamin de 10 ans, de ARTHUR ET LES MINIMOYS à CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE). Il est bien secondé par ses inventions, un trait qu’il partage avec son réalisateur (auto-portrait, es-tu là?), qui nous sautent littéralement à la gueule avec cette 3D « pop-up » à faire pâlir la pub Haribo, qui était malheureusement bien souvent le moment le plus excitant des projections 3D au cinéma, jusqu’à peu (voir ce film et surtout GRAVITY dans le même mois devraient vous faire changer d’avis).

Si Dupontel fait de plus en plus du Jeunet en devenant moins trash pour élargir son public, en multipliant les anecdotes visuelles et en rendant une image de plus en plus jaune (c’est flagrant dans les premières minutes de 9 MOIS FERME), Jeunet ferait bien de se duponteliser aussi. J’entends par là mettre un peu plus de « méchanceté », de dialogues qu’on peut entendre dans la vraie vie. Parce que le système Jeunet, si virtuose qu’il soit, fige le film en carte postale et en partage les limites: c’est joli mais ça n’a pas l’émotion du vrai.

Romain

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