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Crédits : Universal Studios

M3GAN, faille technologique et film raté – Critique

Symptomatique d’un cinéma d’horreur qui peine à se renouveler, M3GAN se laisse porter par un scénario ultra prévisible, où l’impact de la technologie résonne comme un vulgaire cliché à peine inquiétant tant il paraît exagéré.

La relation entre l’homme et la machine est un sujet autant fantasmé que controversé. De Her à Black Mirror, le cinéma tend à pointer du doigt les dangers d’une révolution technologique plus proche qu’on ne peut l’imaginer. M3GAN, deuxième long-métrage de Gerard Johnstone, a tenté de prendre la même trajectoire. Malheureusement, le film bascule rapidement dans l’absurde, tant au niveau du scénario (vu et revu) que des personnages clichés et sans saveurs.

Un pseudo hommage à Chucky et Annabelle dont on se serait bien passé. M3GAN manque de charisme et ne marquera pas les esprits.

Photo du film M3GAN
Crédits : Universal Studios

Gemma, roboticienne dans une usine de jouets, recueille sa nièce Cady suite à un accident de voiture qui coûtera la vie à ses parents. Prise de court et n’ayant pas le temps de s’occuper d’elle à cause de son travail, Gemma décide de mettre en route M3GAN, un prototype d’une cyber-poupée aux fonctions très développées, qui, une fois liée à un enfant, fera office de maîtresse, d’amie, de confidente, un parent de substitution en quelque sorte. Encore en phase de développement, Gemma va perdre totalement le contrôle de son invention, ce qui aura de lourdes conséquences.

M3GAN relève beaucoup plus du thriller que de l’épouvante / horreur. Avec l’annonce de James Wan en tant que producteur, on s’attendait à quelque chose de marquant, à l’image de la majorité de ses réalisations, brillante lorsqu’il s’agit de sublimer l’horreur. Mais force est de constater que le flop qu’a été Malignant, son dernier film, ne l’a pas inspiré, ni lui, ni Gerard Johnstone. La pseudo-horreur à laquelle ont fait face ne fera pas frémir les plus peureux d’entre nous, tant elle réside dans des codes dépassés, à base de screamers douteux et de pauvres scènes sanglantes. Le côté « horrifique » réside principalement dans le scénario catastrophe plus que dans les actes en eux-mêmes. On sent une certaine retenue dans la réalisation. Les acteurs, plus clichés les uns que les autres (un patron imbu de lui-même, un assistant looser, une enfant perturbée, une voisine hystérique…) n’aident pas à croire un minimum à ce qu’on regarde. On ne s’attache à aucun des personnages et leur développement est prévisible et peu intéressant. Les situations vécues par les personnages sont bâclées, autant sur le fond que sur la forme.

Photo du film M3GAN
Crédits : Universal Studios

Le film tente davantage de s’attarder sur l’horreur que pourrait provoquer une technologie démesurée sur l’être humain. Une intelligence artificielle incontrôlable pour son créateur. Mais là encore, on assiste plus à un épisode raté de Black Mirror qu’à un véritable questionnement sur l’évolution vers laquelle tant notre société. Et c’est la toute la différence entre une œuvre réussie et une œuvre ratée. La force de Black Mirror réside dans sa subtilité et dans l’intelligence du discours très révélateur sans pour autant tomber dans le ridicule. La morale est mise en lumière par un contexte sociétal, par des personnalités, des ressentis, des situations qui nous accaparent par leur réalisme. M3GAN se contente seulement de tirer sur des grosses ficelles qu’on voit venir à des kilomètres.

Avec un sujet comme celui-ci, le champ des possibles est immense dans la façon de raconter une histoire, de développer une morale visant à une prise de conscience collective. Quelle place allons-nous laisser à l’intelligence artificielle et à la robotisation du monde ? On est en droit de se poser la question tant elle est d’actualité. D’autres ont d’ailleurs réussi à le faire, comme Spike Jonze avec Her, qui interpelle sur la relation émotionnelle qui se crée entre l’Homme et la machine, dans un monde ultra connecté où paradoxalement, on se sent très seul. Le rôle de cinéma est aussi de nous faire prendre conscience du monde dans lequel nous vivons et des risques que l’on encourt. Mais ce long-métrage mise uniquement sur le sensationnalisme d’une poupée ultra connectée, consciente d’elle-même, quitte à faire du mal autour de soi pour protéger l’humain auquel elle est reliée.

Si le cinéma d’horreur peut compter sur des nouveaux talents comme Ari AsterM3GAN ne restera pas dans nos mémoires. Ce Chucky 2.0 est à oublier, même si son potentiel succès commercial pourrait donner des idées d’un crossover douteux qui trouvera certainement son public, ce film ne fait pas du bien au genre de l’horreur, déjà bien trop souvent critiqué.

Amaury Dumontet

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0189590 - M3GAN, faille technologique et film raté - Critique
Titre original : M3GAN
Réalisation : Gerard Johnstone
Scénario : Akela Cooper
Acteurs principaux : Allison Williams, Violet McGraw, Ronny Chiengy
Date de sortie : 28 Decembre 2022
Durée : 1h41min
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Raté

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