Photo du film MALIGNANT
Crédit : Warner Bros

MALIGNANT, génie parodique ou nanar absolu ? – Critique

Coup de génie ou escroquerie totale ? Un peu dissimulé et mal assumé, le dernier film du maître de l’horreur, James Wan, nous a laissé des sentiments confus.

Depuis sa sortie en catimini la semaine passée, MALIGNANT entraîne avec lui une vague de perplexité. En effet, le film de James Wan, créateur des franchises cultes Saw, Conjuring et Insidious, se révèle tout autant hué qu’apprécié. Pourtant, Dieu sait que l’histoire de cette jeune femme, capable de visionner les crimes d’un tueur en série en temps réel, paraissait prometteuse ! Après s’être risqué au blockbuster avec Fast & Furious 7 et Aquaman, James Wan serait-il à bout de souffle ? Ou sa tentative d’horreur parodique serait-elle simplement mal perçue ? Difficile de trancher…

Photo du film MALIGNANT
Crédit : Warner Bros

Un James Wan fatigué ?

Qu’on se le dise, avec MALIGNANT, James Wan ne révolutionne pas la soupe. Encore une fois, le réalisateur écume ses poncifs favoris. La grande demeure a priori hantée, une cellule familiale passablement malmenée et d’innombrables mouvements de caméra. Partout, tout le temps. À en donner la nausée, à se perdre dans le décor. Là où dans Conjuring ou Insidious, James Wan avait développé une certaine capacité à offrir beaucoup avec peu d’effets, ici le réalisateur se perd dans une débauche de moyens. Aussi, dans l’usage du numérique. Rarement un film signé du maître n’aura vomi autant de CGI à l’écran. Quitte à en devenir ridicule.

D’autant que cette heure cinquante paraît parfois une éternité, tant le scénario se perd dans des tunnels d’explications complexes. Alors qu’à bien y réfléchir, la résolution n’est pas si surprenante, au vu des pistes égrainées. De plus, si l’on apprécie d’ordinaire le penchant du réalisateur pour la pop-culture et ses références, dans MALIGNANT, les clins d’œil aux Sœurs de sang de DePalma relèvent presque de la parodie et la bande son choisie flirte passablement avec le mauvais goût. Le jeu d’acteurs sonne, lui aussi, aux abonnés absents et les dialogues n’ont rien à envier aux épisodes les plus intenses de Plus belle la vie. James Wan n’a-t-il donc plus rien à offrir dans le domaine de l’épouvante ? A-t-il accouché de son premier nanar ? Bonne question.

Photo du film MALIGNANT
Crédit : Warner Bros

Ou un génie de l’auto-parodie ?

Après l’immense succès commercial de la saga CONJURING et de ses dérivés, James Wan a pu obtenir plus ou moins carte blanche de la Warner pour réaliser ce film écrit par Akela Cooper et J.T. Petty, sur la base d’une idée de l’actrice Ingrid Bișu – Winnie à l’écran. Le réalisateur s’est maintes fois exprimé sur la dimension personnelle qu’il alloue au projet. Et, en effet, MALIGNANT s’avère viscéralement imprégné de sa patte. Trop imprégné de sa patte. Plan-séquences, jumpascares sur rythme ternaire, retournements scénaristiques datés… Tous les curseurs sont poussés à pleine puissance. Au point qu’on pourrait se demander si cette démarche n’est pas consciente, dans une volonté autoparodique.

Durant l’étrange spectacle titré MALIGNANT, le fieffé farceur paraît, en effet, nous rire sciemment au nez et à la barbe. Car tout dans le film inspire cette parodie. Du duo d’enquêteurs, qui n’est pas sans rappeler celui formé par Danny Pino et Tracie Thoms dans Cold Case – jusqu’au développement du scénario, semblable à un Saw complètement en roue libre. Certains angles de caméra mettent également la puce à l’oreille, comme ce plan débullé au-dessus de la glaçante demeure hantée – too much as fuck. Difficile de s’imaginer qu’un cerveau capable de concevoir un film d’épouvante aussi adroit qu’Insidious puisse produire des images si grotesques sans arrière-pensée.

Photo du film MALIGNANT
Crédit : Warner Bros

Aussi, certaines scènes se révèlent effectivement drôles, comme lorsque notre boogeyman s’en prend à ses consœurs de garde à vue, toutes droit sorties des pires clichés du genre. S’il ne s’agit pas là d’une intention volontaire de faire rire… Dans ce cas, la boîte crânienne James Wan a dû heurter violemment un mur. Et ce, à plusieurs reprises. Dès lors, nous émettons un doute. D’autant qu’en termes d’épouvante pure, MALIGNANT ne manque pas de bonnes idées de mise en scène. Notamment dans cet usage des mouvements de caméra, qui nous perdent bel et bien dans le décor. Mais à dessein. James Wan n’a pas non plus perdu son talent pour les plans subjectifs, lesquels nous enferment dans une réelle sensation de malaise. Alors, MALIGNANT, nanar purulent ou parodie inavouée ? La question reste ouverte. Jusqu’à postérité.

Lily Nelson

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Titre original : Malignant
Réalisation : James Wan
Scénario : Akela Cooper, Ingrid Bisu
Acteurs principaux : Ashleigh Cummings, Emma Booth, Stephen Curry
Date de sortie : 1er septembre 2021
Durée : 1h51min
2.5
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