MAMACITA est un documentaire intimiste qui dresse le portrait haut en couleur d’une reine aussi touchante qu’extravagante.

Dans la séquence d’ouverture, le jeune José Pablo, alors âgé de 13 ans, est totalement intimidé face à la présence charismatique de sa grand-mère. C’est la première image que l’on a de Mamacita, matriarche extravagante et autoritaire, qui modèle son monde à son image et exerce sur son entourage une influence inflexible. Maria del Carmen Torrescano est une ancienne reine de beauté qui a fondé un empire industriel du cosmétique. Mère de huit filles et vingt-trois fois grand-mère, elle règne d’une main de fer, dans son château kitsch, sur une fidèle brigade d’employés de maison.

José Pablo Estrada Torrescano revient au Mexique pour réaliser un documentaire sur cette étonnante grand-mère dans le but de retracer avec elle une vie hors du commun et peut être éclaircir les zones laissées dans l’ombre. Car l’incroyable assurance qu’affiche en permanence Mamacita semble cacher les failles dans lesquelles le jeune réalisateur s’engouffre avec malice. Et tandis qu’il remonte dans la vie intime de sa grand-mère, José Pablo lève le voile sur une histoire familiale construite sur des traumatismes et des secrets.

Mamacita, Maria del Carmen Torrescano © 2019 Plátano Films

Le film est entrecoupé d’images d’archives de galas et bals de réceptions, clips promotionnels à l’iconographie kitsch baroque des années 1990. Des brushing peroxydés et des robes aux couleurs pastelles délavées par le filtre fantomatique des bandes magnétiques VHS. Le même décor rococo orne toujours le royaume de Mamacita, surcharge de boiseries et bibelots en tous genres comme seuls vestiges d’une gloire portée comme un talisman contre la honte et l’humiliation. La réussite sociale pour unique vengeance de l’enfance bafouée d’une petite fille en manque d’amour filial. Le documentaire est à l’image de ces archives, il avance toujours sur un fil, ballotté entre drôlerie loufoque et force de l’émotion. Pour finir totalement envoûté par les incantations divinatoires de l’ambivalente Mamacita qui passe de la cruelle tyrannie de l’amertume à l’extrême douceur de l’expiation.

José Pablo Estrada Torrescano et Mamacita © 2019 Plátano Films

La forme du documentaire intimiste rappelle par certains aspects le récent Je vois rouge de Bojina Panayotova ou encore Carré 35 d’Éric Caravaca, même si les ambitions sont ici plus modestes. On y retrouve la même figure du réalisateur/enquêteur qui se met en scène pour se confronter à son objet d’étude. Car ce n’est pas uniquement la vie de Mamacita qui est abordée, mais aussi celle de José Pablo Estrada Torrescano, dans un effet miroir qui reconnecte deux générations éloignées. Un processus de réconciliation se met alors en place à travers le dispositif de l’enquête. Cette recherche produit un événement cinématographique inattendu et profondément touchant.

Hadrien Salducci

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MAMACITA, portrait d'une reine de beauté - Critique
Titre original : Mamacita
Réalisation : José Pablo Estrada Torrescano
Scénario : José Pablo Estrada Torrescano
Acteurs principaux : Maria Del Carmen Torrescano, José Pablo Estrada Torrescano
Date de sortie : 12 février 2020
Durée : 1h15min
3.5touchant
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MAMACITA, portrait d’une reine de beauté – Critique

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