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Crédits : Apple

NAPOLÉON, l’étrange pamphlet de Ridley Scott – Critique

Le tant attendu Napoléon de Ridley Scott ! Un biopic maîtrisé, mais inabouti, en attendant la version longue chez Apple, promise dans les mois à venir.

Difficile de savoir à quoi s’attendre ces derniers temps avec Ridley Scott. Entre stratégie narrative décousue dans Le Dernier Duel et récit paresseux de faits divers vus et revus (House of Gucci), le cinéaste égraine de drôles de films, sans lien apparent, pour des résultats plus que mitigés. D’où la question posée ouvertement à la rédaction : a-t-il réalisé un grand film depuis son âge d’or dans les années 80-90 ? Les éternelles résurrections d’Alien ou les retours perpétuels vers la fresque épique nous poussent délibérément vers une réponse négative.

Arrive donc NAPOLÉON, écrit par David Scarpa, scénariste attitré du metteur en scène depuis peu, à qui l’on ne doit pas grand chose. Et ce n’est d’ailleurs pas par ses qualités narratives que le film se distingue. Alors qu’il aurait pu proposer un apologue simple et calqué sur une actualité brûlante, NAPOLÉON se perd dans les réminiscences de l’histoire d’amour unissant l’empereur à Joséphine de Beauharnais. De politique ne reste que cette fulgurante séquence de coup d’état, rare instant décisif de l’ascension du Corse qui ne soit pas éludée par d’incompréhensibles ellipses.

Photo du film NAPOLÉON
Crédits : Apple

Long de presque trois heures, NAPOLÉON n’est jamais ennuyeux mais perd considérablement en intensité lorsqu’il interroge trop longuement les méandres amoureux subis par son personnage éponyme. Comme empreint de la léthargie du jeu de Vanessa Kirby (bien plus convaincante dans le récent Mission Impossible : Dead Reckoning), l’histoire se traîne en longueur lors de séquences grotesques où se mêlent ébats sexuels et disputes puériles. Jamais le récit n’atteindra la grandeur escomptée, la faute à un montage épileptique et indicible.

Que ce soit le récit de la vie de l’empereur, ses motivations ou son ascension politique, on ne comprend pas grand-chose à ce récit qui paraît pourtant bien schématique, du fait de sa linéarité. Mais alors, qu’est-ce qui ne va pas ? On essaye bien de s’accrocher mais la confusion règne. Comment expliquer dans le dernier tiers, que le chef des rebelles à la reconquête du pouvoir se mue subitement en général de guerre à Waterloo, et ce en l’espace de trois ellipses et dix minutes de temps ? Reste donc un cafouillage ambiant, là où il aurait fallu savoir être didactique.

Photo du film NAPOLÉON
Crédits : Apple

Alors, est-ce un pied de nez assumé aux producteurs ou autres studios ayant imposé ce montage haché, qui prive le spectateur de la version promise longue de quatre heures ? Peut-être. Plutôt que d’être un cheminement spirituel et physique reflet des velléités de l’empereur, cet exposé bien trop segmenté a au moins le mérite d’offrir quelques instants de grâce. On parlait tout à l’heure du premier coup d’état, on peut aussi citer les batailles, réel aboutissement du film. Austerlitz, pour commencer et ses flocons. La maestria de Scott n’est plus à prouver quand il s’agit de scruter l’action et d’en tirer une substance visuelle convaincante. Le plaisir est toutefois coupable quand surgissent soudainement ces contre-plongées, sous la glace, fixant les corps tombants des soldats prussiens. Accompagné des seuls thèmes marquants de la bande originale, ces courtes séquences figées rendraient presque le film attachant.

NAPOLÉON laisse ainsi sur la sensation d’un programme qui s’effectuerait de la part de son auteur presque à contrecœur. On le ressent aussi dans l’interprétation peu marquante de Joaquin Phoenix. Un casting met autant en jeu l’acteur que le metteur en scène qui le reçoit. La direction d’acteur de Scott est malheureusement aux abonnés absents. Si vous avez vu Beau is Afraid sorti la même année, il vous sera difficile de voir autre chose chez Phoenix que le personnage imaginé par Ari Aster, notamment lorsqu’il clame qu’il va « rendre grosse » son épouse (!). La bataille est donc perdue, pas la guerre. Le montage original est attendu avec impatience, pour jauger si l’on est plus à Austerlitz qu’à Waterloo.

Emeric Lavoine

Note des lecteurs1 Note
2.5
Déconcertant.

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