Aussi bien connu des petits que des grands, Hayao Miyazaki continue d’annoncer inlassablement sa « retraite » à chacun de ses long-métrages… Mais s’arrêtera-t-il vraiment un jour ?
Le documentaire s’ouvre sur l’image d’un Japon enneigé. Calme et vide, le paysage l’est autant que les locaux de Ghibli que le maître Hayao Miyazaki semble avoir abandonné. Pourtant, c’est bien à l’occasion de la confection d’un nouveau court-métrage que Kaku Arakawa a tourné NEVER-ENDING MAN – HAYAO MIYAZAKI. Depuis la première annonce de sa retraite en 1998 à la sortie de Princesse Mononoké, le réalisateur n’a jamais cessé de créer, d’innover et de faire rêver des générations toutes entières. À l’occasion de la création de Boro La Chenille, un court diffusé dans le Musée Ghibli, le senseï a accepté de se laisser filmer au plus près de son art pour un résultat aussi intime que révélateur.
« Je ne devais pas être là pour travailler mais pour discuter et si je voulais prendre des images, il fallait que ce soit fait discrètement. » Kaku Arakawa
Malgré les premières appréhensions, cette démarche permet une approche intime du réalisateur, qui se révèle au public comme il se révèle à son ami, Kaku Arakawa. La caméra n’est pas celle d’un documentariste qui cherche à décortiquer et à analyser son sujet sous tous les angles. Elle est celle d’un proche et confident qui se laisse aller à capturer quelques moments de la vie d’un homme. C’est donc cette proximité qui explique le rythme calme et latent de NEVER-ENDING MAN – HAYAO MIYAZAKI. Avec des plans installant une sensation d’apaisement, Miyazaki confie ses pensées sur la mort, la vie et son héritage.
C’est donc pour cela qu’après plus de quarante ans dans le monde de l’animation, Hayao Miyazaki s’interroge sur les utilisations des nouvelles technologies et notamment du deep learning. Mais après la démonstration de jeunes professionnels lui montrant un mort-vivant, pour lui tout ceci n’est qu’une « insulte à la vie. » Une injure lourde de sens d’un homme qui n’a cessé de dénoncer l’inutilité de la violence et de la bêtise humaine. De Princesse Mononoké où les lépreux et les prostitués avaient un rôle central, à Nausicaä où encore une fois l’honneur et la valeur des personnes âgés ne cessaient d’être illustrés, la vie humaine a toujours été représentée sous toutes ses formes et ses « défauts. »
C’est ce respect pour la vie qui caractérise l’ensemble de l’œuvre d’Hayao Miyazaki ainsi que sa personne. Si l’écologie ou le pacifisme sont des thèmes récurrents dans son œuvre, c’est l’humilité qu’il exprime à l’égard de ses personnages qui se retrouve dans tous ses films. Et c’est pour cela que le réalisateur attache autant d’importance aux détails. Après avoir passé des heures à observer des jupes voler pour Kiki le petite sorcière, c’est désormais une chenille qu’il observe inlassablement au microscope. L’essentiel réside toujours dans les détails. Cette obsession de la perfection s’illustre aussi dans la tristesse et la déception qu’exprime le réalisateur vis-à-vis de son entourage, tel un génie créateur ayant le sentiment d’être entouré d’idiots et d’incompétents.
Sarah Cerange
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• Réalisation : Kaku Arakawa
• Production : NHK
• Acteurs principaux : Hayao Miyazaki
• Date de sortie : 2 janvier 2019
• Durée : 70 min



