Pour son dernier film, NOTRE DAME, Valérie Donzelli revient aux propos profonds abordés avec fantaisie et c’est très réussi !

Ce qu’il y a de vivifiant dans la plupart des films de Valérie Donzelli, c’est la mise en scène fantaisiste et théâtrale de personnages en proie à des drames, des doutes ou des rencontres amoureuses qui bouleversent leur vie. Ainsi de La guerre est déclarée, qui abordait le combat d’un couple faisant face à la maladie de leur enfant, ou de Main dans la main qui approfondissait les raisons d’un amour improbable.

Ses héroïnes, qu’elle interprète parfois, sont souvent des femmes dotées d’une grande gentillesse et d’une certaine naïveté, un peu à côté de leurs pompes, telles un Jacques Tati féminin. Elles sont bien présentes physiquement mais jamais complètement présentes à elles-mêmes, comme si leur corps était dans une forme de résistance aux événements et leurs yeux en interrogation permanente à propos de ce qui leur arrive.

Photo du film NOTRE DAME

NOTRE DAME a ceci de particulier que le film propose de suivre le parcours d’une jeune mère de famille architecte débordée, Maud Crayon, dans la ville de Paris. Le film est ainsi une ode à la femme couplée d’une ode à la ville. Une ville qui, tout comme Maud, déborde d’idées et de projets, foisonne, inspire, fatigue, énerve, chamboule, mais ne laisse jamais indifférent.

Mais les parisiens, à l’image de leur ville, craquent : sans patience et devenus agressifs, ils giflent n’importe qui dans la rue. Sans repère de saison : ils ont chaud à Noël et froid en Avril. Sans logement : ils doivent s’organiser pour dormir dans la rue ou louer leurs appartements en Airbnb pour pouvoir survivre. Car Valérie Donzelli force volontiers le trait et prend le parti de rire, en fond de son film, de l’impact sur les parisiens de ces informations apocalyptiques et du réchauffement climatique anxiogène.

Notre interview de Valérie Donzelli

NOTRE DAME est une romcom jubilatoire et une véritable bulle d’air frais et de fantaisie indispensable dans ce monde de brutes.

Et dans ce monde fou, la réalisatrice dresse un portrait bien peu optimiste de la société française actuelle, avec ses excès de travail précaire et multi-métiers, et d’afflux de populations migrantes et mal logées. Et dans ce monde-ci, celui qui parle le plus fort ou qui prend le plus d’espace s’impose le plus souvent. Et celle qui ne sait pas dire non, même si elle sort peu de sa coquille, ne se fait jamais entendre.

C’est évidemment le cas de Maud, qui jamais ne se plaint. Elle est séparée de Martial (Thomas Scimeca) qui a pourtant refait sa vie mais revient régulièrement chez elle dès que sa nouvelle compagne le vire, comme un petit garçon viendrait se réfugier chez celle qui le connaît le mieux. L’appartement de Maud est petit, la salle de bain quasiment dans la cuisine et la promiscuité n’empêche pas Martial de continuer à se balader à poil devant Maud ou à dormir dans le lit avec elle car il n’aime tout simplement pas dormir dans le canapé. Ils font encore l’amour mais le regrettent le lendemain. Photo du film NOTRE DAME

Et pourtant Maud, qui se rend compte qu’elle est à nouveau enceinte, sait bien qu’elle ne peut jamais compter sur Martial pour récupérer les enfants alors qu’elle-même est surchargée de travail. Bien sûr, la démonstration des femmes accablées par la fameuse charge mentale, même après une séparation, n’échappera pas au spectateur. Et après tout, autant en rire et prendre exemple sur cette bonne poire, dont tout le monde profite allègrement. Non qu’elle soit naïve, elle a juste bon cœur. Car Maud est tellement inhibée qu’elle se fait également exploiter sans vergogne par son patron Fred (Samir Guesmi, pour une fois dans un rôle de mec pas sympa). Et tout cela sous le regard réprobateur de sa sœur Coco (Virginie Ledoyen).

Mais tout va changer lorsque Maud, par le fait du hasard et de l’air de Paris, gagne le concours de l’aménagement du parvis de Notre-Dame. NOTRE DAME se moque alors des grands projets fastueux menés par des incompétents. À cette occasion, elle retrouve Bacchus (Pierre Deladonchamps) un amour de jeunesse, devenu journaliste. Il va la suivre dans la mise en œuvre de ce projet, qui s’avérera désastreux, et la poursuivre de ses assiduités inassouvies. Et Maud fera face vaillamment, malgré tous les problèmes engendrés par ses deux bébés en cours, le personnel et le professionnel, sans jamais s’énerver. Car avec le sourire, la bonne foi, l’amour, quelques pas de danses et une chanson, tout s’arrange toujours. Romcom jubilatoire et véritable bulle d’air frais et de fantaisie indispensable dans ce monde de brutes, NOTRE DAME fait également subtilement réfléchir, dans un monde qui vit à cent à l’heure, à l’organisation entre famille, parentalité et vie professionnelle.

Sylvie-Noëlle

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NOTRE DAME, ode à la femme et à Paris - Critique
Titre original : Notre dame
Réalisation : Valérie Donzelli
Scénario : Valérie Donzelli, Benjamin Charbit
Acteurs principaux : Valérie Donzelli, Pierre Deladonchamps, Thoams Scimeca, Bouli Lanners
Date de sortie : 18 décembre 2019
Durée : 1h35 min
4.0Jubilatoire
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NOTRE DAME, ode à la femme et à Paris – Critique

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