Photo du film NUIT ET BROUILLARD
Crédits : D.R.

NUIT ET BROUILLARD, mémoire d’une horreur – Critique

Nous souhaitons recueillir votre avis sur votre façon de nous lire. Merci de prendre 2 minutes de votre temps en cliquant ici !


Note des lecteurs0 Note
5

La première image du film nous présente un paysage banal : des champs à perte de vue. Puis la caméra descend pour nous laisser découvrir petit à petit des filés de barbelés. Les premiers mots prononcés indiquent une atmosphère calme si nous fermons les yeux. Pourtant, si nous les ouvrons, l’horreur apparaît : la prairie devient prison et l’herbe devient sang ; et l’évocation si soudaine des camps de concentration assène le spectateur d’un premier coup de poing. 

Ce coup de poing deviendra fréquent par les images d’archives ou les images prises par Alain Resnais dix ans après la guerre, ces images d’un camp abandonné où règne pourtant une atmosphère morbide. Ce film est un combat de boxe dans lequel le spectateur n’a aucune emprise sur son adversaire. Cette image paraît tout de même trop ironique pour parler d’un film d’une telle violence. Les images de cadavres, d’humiliations, de déshumanisation n’ont pas pour but de nous rassurer sur cet évènement passé, bien au contraire, puisqu’elles viennent nous rappeler justement que l’homme mauvais existe, l’homme répugnant, l’homme inhumain, capable des pires actes pour servir d’uniques fantasmes politiques. 

La vie n’est qu’un minuteur qui ne cesse de s’accélérer pour les déportés. Les juifs qui ne sont pas encore arrêtés ne sont que des noms écrits dans les plannings nazis. C’est dans ce processus que règne la véritable horreur de cet évènement. La vie des juifs n’a aucune importance pour les allemands du Troisième Reich : seule leur mort les intéresse puisqu’ils réutiliseront leur cadavre pour recréer du savon, les cheveux pour le tissu, et les os pour l’engrais. La déshumanisation se poursuit alors au-delà de l’humiliation subie à l’arrivée des camps – les déportés sont dénudés, rasés, marqués, tatoués, numérotés – puisqu’ils deviennent un objet pris dans un système de production massive. La productivité est revue par Heinrich Himmler, haut dignitaire SS, qui analyse les plans et maquettes des camps pour améliorer le rendement. Une réorganisation mortuaire voit le jour. La disparition des corps doit être plus rapide, l’entrée dans les camps et les massacres de même. 

Les juifs servent aussi de cobayes aux cliniques allemandes puisqu’ils sont mutilés pour une raison expérimentale, dit-on, ils sont amputés, opérés inutilement. On teste sur eux des produits toxiques en tout genre, ils sont castrés et brûlés au phosphore. Cette énonciation de faits morbides est narrée dans le film comme un uppercut en pleine mâchoire, un coup dans le foie : la réalité des camps nous apparaît, nous redécouvrons l’Histoire comme nous ne l’avons jamais connue. NUIT ET BROUILLARD est un coup de massue qui nous assomme par sa réalité brusque. La présence d’images d’archives prouve d’autant plus cet aspect réel. 

La musique, la narration et les images sont de véritables armes qu’utilisent Alain Resnais pour faire de son film un outil d’Histoire.

Erwan MAS

Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
Si vous souhaitez écrire une actualité, une critique ou une analyse pour le site, n’hésitez pas à nous envoyer votre papier !

Auteur·rice

Nos dernières bandes-annonces

S’abonner
Notifier de
guest

0 Commentaires
Commentaires en ligne
Voir tous les commentaires
0
Un avis sur cet article ?x