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poulet frites 2
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POULET FRITES, la police fait son strip-tease – Critique

Elle a sûrement bercé votre adolescence ou le début de votre âge adulte soyons fou, cette patte là. Cette façon de faire du documentaire en s’effaçant complètement derrière la caméra et laisser les sujets vivre et évoluer devant un objectif qui se veut soit familier soit invisible. Striptease c’est un style, c’est une dernière innovation qu’a apporté la télé au cinéma. Striptease c’est aussi et surtout un ton, quelque chose de profondément absurde ou insolite, en s’immisçant dans la vie secrète de ces anonymes ou de figures iconoclastes comme feu Jean-Pierre Mocky. Personne n’aura oublié Docteur Lulu ou bien La Soucoupe et le Perroquet, sûrement le plus marquant encore aujourd’hui.

Dans ce programme, il y avait bien sûr la recherche d’auteurs pour donner envie de regarder, de trouver une histoire intéressante. Les créateurs eux-mêmes admettent faire passer des sortes de castings pour trouver celles et ceux qui seront les plus à même de donner une plus value devant la caméra.

Après avoir occupé nos nuits de 1985 à 2012, Striptease a migré vers le septième art et les salles obscures. D’abord, avec le superbe Ni Juge ni soumise en 2017 qui suit Anne Gruwez juge d’instruction belge fantasque au volant de sa 2CV qui cherche à élucider un cold case des années 1990. À la réalisation, Jean Libon, le créateur de l’émission télévisée mais aussi Yves Hinant l’un des réalisateurs historiques de striptease, de même les équipes autour du film n’ont pas vraiment changé.

Remarquons que les cinéastes cherchent à capter une image de la société dans ce qu’elle a de loufoque ou de décalé malgré la position très sérieuse en théorie du synopsis, nous parlons ici du système judiciaire, de meurtre, de souffrance en somme. Mais les réalisateurs arrivent à couvrir cette histoire avec une légèreté déconcertante sans tomber dans la dédramatisation forcée, finalement on rentre dans le quotidien de ces femmes et hommes qui traitent ce genre d’affaires chaque jour et y sont donc habitués.

C’est fort de la très bonne réception de leur premier long-métrage notamment récompensé du César du meilleur documentaire – excusez-moi du peu – que les deux réalisateurs se lancent dans un nouveau film. Ce n’est pas une histoire originale telle que l’on peut le penser, c’est en réalité le remontage de trois épisodes Le flic, la juge et l’assassin. On retrouve dans ce film les bureaux de la criminelle de Bruxelles avec le commissaire Lemoine et déjà la truculente juge Gruwez qui forme un duo de choc entre humour, amour et malice.

Photo du documentaire POULET FRITES
Crédits : Apollo films

Un meurtre a été commis dans une banlieue un peu craignos de Bruxelles et Alain, le compagnon de Kalima la victime est soupçonné, en 37 ans de vie il est en passé presque 17 au trou, il est toxicomane, se défend si mal qu’il en fait marrer les condé, il faut le dire il y a franchement quelque chose de surréaliste déjà dans le film. Mais peu à peu s’insinue un doute, et si ce n’était pas aussi simple ? Et si Alain n’était pas coupable ? Le commissaire Lemoine et son équipe souffrant du manque de moyens inhérent à la profession, font comme ils peuvent pour mener leur enquête. Entre comparaison de tailles de frites, autodérision hilarante, procédures kafkaïennes et discussions lunaires, il semble que rien ne tourne rond dans la police bruxelloise.

La réalisation est au plus proche de l’enquête, jour et nuit au poste, hommes et femmes du service sont filmés, enregistrés, eux comme les suspects, on en vient à s’attacher aux personnages qui ne jouent pourtant pas la comédie.

On vit l’enquête, on est habité par les doutes, on s’insurge de la lenteur de la procédure, on rit aussi beaucoup de l’absurdité des situations, des réponses de gens qui planent à dix mille. La capacité unique que les réalisateurs ont c’est de mettre en valeurs les sujets qu’ils captent, que ce soit le rebut de la société ou celle qui a réussi, devant la caméra de Hinant et Lebon personne n’est vraiment gentil ou vraiment méchant. Il y a une empathie pour tous et toutes. Il y a une bienveillance qui transpire à travers la caméra quelque chose de fondamentalement bon et qui s’éloigne avec un plaisir non retenu des pseudos docu d’enquête de la télé d’aujourd’hui. POULET FRITES, car tel est le nom du nouveau film des réalisateurs, est un film qui change, qui donne une bouffée d’air frais dans le paysage ciné actuel en montrant qu’on peut rire de choses graves tout en restant bienveillant, on rit par compassion, on rit avec les personnages on rit aussi d’eux. Le film est tellement bien fait qu’on ne sait jamais vraiment si ce qui nous est donné à regarder est vraiment un documentaire, ce qui est la marque d’un grand Striptease.

Etienne Cherchour

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Titre original : Poulet frites
Réalisation : Jean Libon, Yves Hinant
Date de sortie : 28 septembre 2022
Durée : 1h43min
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