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Qui a peur de Pauline Kael,avis,critique,documentaire
Crédits : Dean Medias

QUI A PEUR DE PAULINE KAEL ?, portrait de la plus influente critique de l’histoire du cinéma – Critique

QUI A PEUR DE PAULINE KAEL ?, documentaire réalisé par Rob Garver, est notamment intéressant pour deux choses : premièrement, il s’intéresse au métier de critique de cinéma, deuxièmement, il s’intéresse à une critique de cinéma, et à celle qui fut considérée comme majeure pour le métier et l’art en question. S’appuyant sur nombre d’interventions de personnalités différentes, il est l’occasion de découvrir la vie, le travail et l’influence d’une femme qui écrivait à l’instinct, sans mâcher ses mots et qui en a soulevé, des remarques.

Sortit en 2018 aux Etats-Unis, QUI A PEUR DE PAULINE KAEL ?, (titre original: What She Said: The Art of Pauline Kael), est le premier documentaire de Rob Garver, qui a travaillé dessus pendant plusieurs années, et sort chez nous ce mercredi 16 novembre 2022. S’appuyant sur les témoignages de nombreuses personnalités (réalisateurs, acteurs, journalistes, dramaturges, écrivains, etc) dont la fille de Pauline Kael, sur des images de films servant d’illustration ainsi qu’à l’interprétation de Sarah Jessica Parker dans le rôle de Kael (pour les voix off), le documentaire d’1h34 présente un véritable intérêt car il s’intéresse donc à celle qui est considérée comme une des meilleures et plus importantes critiques de cinéma qui ait existé. Née en 1919 en Californie et décédée en 2001 dans le Massachusets à 82 ans, Pauline Kael écrivit d’abord notamment des pièces de théâtre et effectua plusieurs boulots alimentaires avant de commencer à rédiger des critiques de films en 1953. Plusieurs années plus tard, en 1967, elle défend Bonnie and Clyde (Arthur Penn, 1967) et joue un rôle dans le succès du film jusque-là décrié notamment pour sa violence. Ce qui la résume bien les deux caractéristiques qui la représentent bien: sa subjectivité et son importance pour le cinéma.

Le fait d’être payée pour réfléchir et savoir qu’on fait quelque chose qui peut avoir une certaine valeur et qui peut être appréciée par d’autres qui la partageront avec vous, c’est une façon de vivre merveilleuse.

Pauline Kael
Photo du documentaire QUI A PEUR DE PAULINE KAEL ?
Crédits : Dean Medias

Car Pauline Kael avait pour particularité d’assumer de dire ce qu’elle pensait, déclarant qu’elle a travaillé pour assouplir son style, pour avoir des phrases qui respirent, et avoir « une voix humaine », loin du style « pompeux qu’on apprenait à l’université ». Elle se reposait d’ailleurs en bonne partie sur son instinct pour écrire ses longs textes. Ayant notamment accompagné les travaux des cinéastes du Nouvel Hollywood et de la Nouvelle Vague, elle aimait aussi défendre les films et les réalisateurs dans lesquels elle croyait, mais était également parfois particulièrement dure (David Lean déclare par exemple s’être senti mal après qu’elle lui ai dit des paroles difficiles). En somme, un personnage passionnant qui vient avec ses grandes qualités et ses défauts dont l’importance est indéniable. Elle faisait tellement réagir qu’elle recevait toutes sortes de lettres. Des menaces et des insultes, mais aussi – on les voit d’ailleurs dans le documentaire –, des remerciements (Spielberg la remerciant pour être la seule à comprendre Les Dents de la mer) ou des invitations à se rencontrer (Woody Allen l’invitant à déjeuner).

L’important, c’est de développer son style d’écriture et de développer son courage, car c’est ce qui vous donne une meilleure position.

Pauline Kael

Cigarette à la bouche et stylo à la main (sa fille, Gina, nous apprenant que sa mère n’avait jamais appris à taper à la machine), Pauline Kael adorait Mean Streets, défendait Bonnie and Clyde ou détestait Eastwood et Kubrick. Une personnalité féminine forte qui a bien sûr du se battre dans un monde d’hommes, qui nous fait aussi nous questionner sur l’exercice de la critique cinématographique, complètement bouleversé aujourd’hui où un vidéaste chez lui peut développer un propos tout aussi intéressant qu’un journaliste professionnel (l’auteur de ces lignes en profite d’ailleurs pour recommander, dans des formats différents, le très connu et excellent Fossoyeur de Films, le passionnant Guillaume Cassar, les pertinents et drôles Seb et Fred du Bazar du Grenier, ou encore les merveilleuses chroniques malheureusement finies de Karim Debbache).

Comme le fait remarquer cet article de Culture aux trousses, le documentaire aurait peut-être mérité de mettre en perspectives et de remettre en question la façon de faire de Pauline Kael, mais en même temps son objectif est d’être un portrait et c’est ce qu’il est. C’est donc l’occasion de découvrir la vie d’une femme qui aura su faire de sa voix une voix importante pour le cinéma, au point parfois d’influer le succès de certains films, ou de faire trembler des genoux certains grands réalisateurs. D’ailleurs, chez nous, on peut découvrir deux ouvrages qui regroupent ses critiques: Chroniques américaines et Chroniques européennes, tous les deux édités chez Sonatine Editions en 2010. Histoire de reprendre une bonne dose de textes aussi subjectifs qu’uniques, écris avec passion.

Simon Beauchamps

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Titre original: What She Said : The Art of Pauline Kael
Réalisation: Rob Garver
Scénario : Rob Garver
Acteurs principaux: Pauline Kael, Sarah Jessica Parker
Date de sortie: 16 Novembre 2022
Durée: 1h34min.
3.5
Intéressant

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