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Sous ses airs de balade initiatique, RANDONNEURS AMATEURS s’essouffle vite : Robert Redford et Nick Nolte marchent dans de beaux paysages, mais sur un sentier bien trop balisé pour surprendre.
À soixante-dix ans passés, Bill Bryson (Robert Redford), écrivain de voyage en panne d’inspiration, contemple sa vie comme un chemin déjà tout tracé. Une femme aimante (Emma Thompson), une belle maison, des enfants : le portrait type d’une réussite conforme à l’idéal américain. Mais derrière cette façade paisible, Bryson s’étiole. Le décès d’une connaissance agit comme un électrochoc : il décide soudain d’entreprendre la traversée du mythique Sentier des Appalaches, plus de 3 000 kilomètres de nature brute censés lui redonner le goût de la vie.
À la demande de son épouse, il accepte toutefois de ne pas partir seul – et c’est ainsi qu’il se retrouve flanqué de Stephen Katz (Nick Nolte), un ancien camarade aussi usé que truculent, dont la santé et les manières contrastent violemment avec sa propre rigueur.
Un duo bancal, moteur fragile du récit
Le film repose presque entièrement sur cette opposition de tempéraments. D’un côté, le gentleman érudit et méthodique ; de l’autre, l’ancien débauché au souffle court. Leurs échanges, souvent fondés sur la gêne et la maladresse, forment les rares moments où RANDONNEURS AMATEURS parvient à sortir de son sentier balisé.
On rit parfois de la crispation de Robert Redford, forcé d’endurer ce compagnon improbable ; on y perçoit aussi, par éclats, la fragilité de deux hommes face à la vieillesse et au temps qui passe. Mais ces promesses d’humanité sont vite étouffées par une mise en scène sans audace et un montage trop sage pour laisser respirer la marche.
De la route à la carte postale
Kwapis, qu’on connaît pour ses succès télévisuels (The Office, Malcolm, The Bernie Mac Show), peine à transposer son sens du rythme et de la comédie sur grand écran. Le Sentier des Appalaches, pourtant écrin naturel spectaculaire, devient simple décor : la photographie, certes soignée, reste illustrative, et la bande originale de Nathan Larson, générique au possible, accentue encore cette impression d’un film qui avance sans élan.
Le projet d’adaptation du roman autobiographique de Bill Bryson a longtemps tenu à cœur à Robert Redford, qui en avait acquis les droits peu après la parution du livre. Il souhaitait initialement partager l’affiche avec Paul Newman, mais la mort de ce dernier a repoussé puis transformé le film, jusqu’à ce que Nick Nolte (Les Nerfs à vif, 1991 ; La Ligne rouge, 1998) reprenne le rôle. Avec un tel duo, on pouvait espérer une marche moins balisée, au sens propre comme au figuré.
Qu’on soit amateur de buddy movies entre seniors comme RED (Robert Schwentke, 2010) ou de récits initiatiques en pleine nature à la Into The Wild (Sean Penn, 2007), RANDONNEURS AMATEURS déçoit sur les deux tableaux. La faute à une accumulation de bons sentiments hollywoodiens et à une morale simpliste rappelant celle de The Bucket List (Rob Reiner, 2007).
Quand la marche piétine
Malgré la présence d’acteurs majeurs, le film ne parvient jamais à leur offrir autre chose que des figures figées dans un rôle. Robert Redford et Nick Nolte incarnent des archétypes plus que des hommes : l’intellectuel aisé en quête de sens et le compagnon un peu brut et pataud mais sensible.
Quant à Emma Thompson, elle se voit confinée au rôle stéréotypé de l’épouse raisonnable, gardienne du foyer et obstacle à l’aventure. Derrière cette galerie figée, difficile de ressentir autre chose qu’une promenade convenue, où l’émotion et la réflexion restent au point de départ.
— Nathan DALLEAU




